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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA RÉFORME A NOS JOURS

laïques et ecclésiastiques élus en nombre égal par chaque synode provincial, formait l'autorité suprême de l'Église réformée en France, et les décisions les plus graves devaient lui être portées, afin, est-il dit, que « tout fût maintenu en bon ordre et unité. » Calvin mourait cinq ans seulement après le synode de Paris (1564) : mais déjà plus de deux mille églises calvinistes, affirme-t-on, étaient constituées en France, et ces églises, grâce à leur forte constitution, pouvaient envisager l'avenir avec confiance.

9. L'édit de Nantes, en instituant des « villes de sûreté » pour les réformés, créait un véritable « État dans l'État » : Richelieu les leur enleva de force, mais en même temps il confirmait par l'édit de Nîmes (1629) les mesures libérales de l'édit de Nantes.

Louis XIV se montra moins avisé et moins tolérant. Pressé par le clergé et décidé à rétablir l'« unité morale » du royaume, il se proposa d'extirper l'hérésie et de ramener à l'Église catholique les douze cent mille protestants du royaume. On commença par interpréter fort strictement l'édit de Nantes et les « missionnaires bottés » entrèrent en campagne ; puis, quand le roi fut convaincu qu'il ne restait plus en France qu'une poignée d'hérétiques obstinés, la révocation de l'édit de Nantes (18 octobre 1685) fut prononcée, comme désormais dépourvue de toute raison d'être, et les églises réformées furent condamnées à disparaître. Cette déplorable mesure obtint l'approbation, presque unanime, des sujets catholiques du grand roi : on peut croire qu'ils y voyaient moins une question de principe, de doctrine absolue, qu'une question de fait, de défense sociale.

L'Église réformée de France, si fortement endommagée par Richelieu et Louis XIV, ne périt point pourtant. Dès 1715, la tradition synodale était reprise ; puis l'édit de tolérance de 1787, la Déclaration des droits de l'homme en 1789, enfin la loi du 18 germinal an X assurèrent aux protestants français le libre exercice et même la protection officielle de leur culte.

10. Le calvinisme fut porté en Ecosse par John Knox et propagé par trente prédicants arrivés de Genève dans les provinces septentrionales des Pays-Bas (Hollande). IJ

y dut son succès, ici à la haine de la domination espagnole, et là à la corruption du haut clergé, au désir d'indépendance des seigneurs et à l'appui de la protestante Angleterre.

11. Depuis Wiclefî, le germe de la révolte protestante existait en Angleterre. Mais c'est la seule volonté de son souverain Henri VIII qui la poussa au schisme d'abord, puis à l'hérésie. Ce monarque autoritaire et passionné entendait devenir le seul maître de son royaume, en être tout ensemble le souverain et le pape, réduire le clergé, dont la juridiction indépendante et les richesses le gênaient, à n'être plus qu'un corps de fonctionnaires ; il voulait surtout s'affranchir de la papauté. Aussi, comme Clément VII refusait d'annuler son mariage avec Catherine d'Aragon et de satisfaire son caprice amoureux, il fit voter par le Parlement l'acte de Suprématie (1534), proclamant, la souveraine autorité spirituelle du roi sur l'Angleterre. Puis, par le bill des six articles, il définit les croyances qu'il entendait imposer à ses sujets ; le dogme catholique y restait à peu près intact. Mais le credo royal déplaisait et aux catholiques dont le seul chef spirituel était le pape, et aussi aux protestants qui rejetaient la plupart des croyances de l'Église romaine : Henri VIII fit pendre les uns comme traîtres et les autres comme hérétiques. L'héroïque indépendance et la condamnation à mort de l'archi-grand-chancelier Thomas Morus et du cardinal Fisher ne sont pas moins connues que le servilisme de Cranmer, archevêque de Cantorbéry, et la cynique confiscation des biens du clergé.

Le bill des six articles est aboli par le roi Edouard VI, que les calvinistes dominent, et le Prayerbook, livre officiel de prières, est publié. Mais ce n'est qu'en 1562, qu'Elisabeth fait voter par le parlement le bill des trente-neuf articles, par lequel l'Église anglicane est définitivement organisée. Désormais l'hérésie se joignait au schisme. La liturgie était établie d'après le Prayerbook ; la hiérarchie romaine, conservée ; le dogme fut essentiellement calviniste.

12. Elisabeth, bien plus cruelle que la catholique Marie Tudor, avait poussé la fureur de la persécution jusqu'au meurtre de sa cousine Marie Stuart. Jacques Ier, le fils de Marie Stuart, succéda à Elisabeth, réunissant ainsi sous

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