XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS
son autorité la totalité des îles britanniques, et marcha sur ses traces. Jacques, qui naguère avait fait prévaloir le calvinisme en Ecosse, préférait maintenant l'épiscopalisme ou Fanglicanisme comme plus favorable à l'absolutisme royal. Son fils et successeur, Charles Ier, essaye même de Timposer à l'Ecosse presbytérienne : le puritain Cromwell le fait décapiter (1649) et proclame la république. Charles II, rappelé en France dix ans plus tard, doit accepter du Parlement le bill du test qui oblige tous les fonctionnaires à professer l'anglicanisme. Jacques II, son frère, qui était catholique, est détrôné par son gendre Guillaume III d'Orange, et la persécution religieuse continue en Angleterre jusqu'à la fin du xvine siècle. On sait que l'Irlande malgré la longue persécution, violente, systématique, légale, dont elle fut la martyre, est restée fidèlement attachée à l'Église romaine.
13. D'après ce rapide exposé des origines du protestantisme, on peut se faire une juste idée des causes de son succès, de sa nature et de ses conséquences immédiates.
Les causes de la révolution protestante sont nombreuses et d'ordre très divers. « Il y avait plusieurs siècles qu'on désirait la réformation de la discipline ecclésiastique » (Bossuet) : mais ce légitime désir n'explique que partiellement le succès de la Réforme. Bien plus que l'ardente religiosité ou le rigorisme moral des mystiques et des âmes pieuses, l'indépendance intellectuelle des humanistes et surtout la cupidité, l'ambition, la passion d'absolutisme des grands et des rois, le servilisme du clergé et du peuple, à qui on imposa de force la foi nouvelle, parfois aussi la volonté de s'affranchir de la domination étrangère ou les antipathies de race, tout cela habilement et fortement résumé, personnifié en quelques hommes éloquents, énergiques, voilà qui rend compte des premiers triomphes, si rapides, du protestantisme. Et c'est précisément parce que ces causes ne se rencontrèrent pas toutes ensemble dans la France du xvie siècle qu'elle voulut et sut rester catholique.
Le protestantisme ne fut donc pas une réforme de l'Église, il fut une révolution religieuse en même temps qu'un mouvement intellectuel, politique et social. En tant
que religion, il ne fut pas un retour au christianisme primitif, comme il prétendait l'être, mais bien une mutilation de l'Évangile et de l'Église. L'histoire impartiale le démontre, l'Église naissante connaissait une autre autorité que la Bible interprétée librement par chaque fidèle, et elle n'admit jamais, au sens luthérien, le dogme de la justification par la foi seule et sans les œuvres. Il faut en dire autant des autres négations ou affirmations qui constituent les diverses hérésies protestantes. C'est dans l'Église catholique seule que s'est gardé intact ce sage tempérament, dans lequel la raison et la foi, le libre arbitre et la grâce, la liberté individuelle et l'autorité s'équilibrent si heureusement, et qui a fait sa force à tous les siècles de son histoire.
Nous insisterons tout à l'heure sur les conséquences proprement religieuses qu'a produites le protestantisme. Il suffira de rappeler ici ses conséquences morales ou politiques. Les Réformateurs, Luther, Calvin, sont les premiers à gémir sur la corruption, le libertinage, la licence, l'esprit de révolte du plus grand nombre de leurs partisans : le double principe qui est à la base de leur doctrine ne pouvait, du reste, que porter de tels fruits de mort. D'autre part, les princes protestants n'ont pas manqué de maintenir à leur profit la vieille maxime païenne : Cujus regio ejusreligio. Ils supprimèrent la distinction des deux pouvoirs, religieux et civil, que le moyen-âge catholique, malgré leur union, avait enseignée et pratiquée. En Angleterre comme en Allemagne et dans les États Scandinaves, la suprématie spirituelle du souverain fut rigoureusement et cruellement imposée aux sujets. Non, ce ne sont pas eux qui ont donné au monde la tolérance, la liberté religieuse, l'affranchissement des consciences ; ils n'ont vu dans la Réforme qu'un moyen d'établir ou de renforcer leur absolutisme.
14. Déjà du vivant de Luther, de Calvin et d'Henri VIII, des dissidents avaient surgi, et nous savons que les fondateurs de la Réforme n'ont pas manqué de les combattre violemment. Ils auraient voulu endiguer la révolution