‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 245 sur 306 · XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS · texte numérisé non relu

XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

religieuse qu'ils déchaînaient ; mais le principe du libre examen qu'ils avaient invoqué et leur exemple devaient l'emporter. L'histoire du protestantisme ne pouvait être et n'est que l'histoire de ses « variations », de son émiettement. La multiplication des sectes est, en effet, le «résultat fatal du libre examen, partout où quelque autorité civile ou religieuse ne vient pas contrecarrer sa force centrifuge (1). » Inutile de les énumérer toutes : elles pullulent, aux États-Unis notamment. On ne fera qu'en indiquer ici les principales, celles du moins qui ont aujourd'hui une réelle importance : ce n'est pas le cas des quakers, des mormons ou même des « scientistes chrétiens » et de l'Armée du Salut.

Des anabaptistes de Munster il ne subsiste rien ; mais, au début du xvne siècle, une secte analogue, les baptistes, acceptait pour rite distinctif l'immersion totale dans le baptême, administré seulement aux adultes. Depuis 1689,[ils jouissent de la tolérance. Les États-Unis en comptent près de quatre millions; l'Angleterre, presque quatre cent mille.

Le socinianisme, que Calvin persécuta à Genève, se rapproche plus du rationalisme que du christianisme traditionnel. Cette secte d'hommes du monde et de lettrés ne fut jamais populaire. Mais elle rappelle l'unitarisme moderne. Née en Angleterre à la fin du xvme siècle, la secte des unitaires se répandit d'abord aux États-Unis, où elle conquit le pasteur Channing, puis le poète et moraliste Ralph Emerson, de Boston ; elle était surtout représentée, en ces dernières années, par James Martineau. On a qualifié l'unitarisme de « religion des intellectuels » ; beaucoup de protestants ou d'israélites libéraux de nos jours en sont des adeptes avoués ou inconscients. Un déisme vague, bien plus que le christianisme révélé, en fait le fond. La secte des agnostiques, connue surtout en Amérique, paraît n'en être que l'aboutissement naturel.

Le piétisme, fondé en Allemagne par Spener, vers la fin du xvne siècle, fut une réaction contre la négation luthérienne du libre arbitre et la doctrine de la justification

(1) A. Tanquerey, art. Amérique, dans le Dictionnaire de théologie catholique, t. i, 1903, col. 1051.

sans les œuvres. Elle a gardé une assez intense vitalité audelà du Rhin.

Toutefois, la secte la plus puissante, parmi les dissidents ou les non-conformistes, est aujourd'hui celle des méthodistes. Les méthodistes, ainsi appelés de ce qu'ils prétendent enseigner une méthode pour ranimer la ferveur, se rattachent aux frères Wesley (milieu du xvme siècle). A la différence du piétisme allemand, avec lequel il offre quelques analogies, le méthodisme s'adresse surtout aux masses populaires. Sa rupture avec l'Église anglicane s'est accomplie progressivement vers la fin du xvme siècle. D'Angleterre, le méthodisme s'est surtout propagé en Amérique : il compterait près de trente millions de fidèles et dispose d'ahondantes ressources. Ses missionnaires se sont établis jusqu'en Italie et dans Rome, où ils combattent activement le catholicisme.

On voit que les sectes dissidentes ont dû leur naissance soit à un usage plus radical, plus anticatholique du libre examen, soit à une réaction contre la doctrine de la justification par la foi seule ou par la seule volonté arbitraire de Dieu. Ici ou là, c'est toujours l'un ou l'autre des deux principes essentiels du protestantisme qui est en cause.

15. Plus encore que réclusion des sectes dissidentes, le travail de dissolution, de décomposition, qui s'opère au sein même des Églises est à remarquer. On prétend que les sectes dissidentes, qui ne représentaient en 1700 que le vingtième de la population anglaise, en comptent actuellement presque la moitié. Mais qui dira d'une façon précise le nombre des incroyants qui font partie des grandes Églises protestantes, des Églises-mères ?

En Allemagne, Adolf Harnack lui-même est dépassé ; beaucoup de pasteurs nient publiquement toute révélation et jusqu'à l'existence d'un Dieu personnel. Les luthériens conservateurs voudraient arrêter pareil débordement, pareille audace de négation : mais de quel droit interdiraiton aux fils d'imiter leur père et restreindrait-on l'exercice du libre examen ?

L'Église anglicane se divise en haute, basse et large Église. Les ritualistes ou puseystes, ainsi appelés duprofesseur Pusey ou de leur attachement aux rites de l'Église romaine, appar-

Page 1