‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 248 sur 306 · XVI. LE CHRISTIANISME DE LA RÉFORME A NOS JOURS · texte numérisé non relu

XVI. LE CHRISTIANISME DE LA RÉFORME A NOS JOURS

entendre, mais c'est aussi la seule méthode qui peut réussir de notre côté. Il ne servirait de rien à la chose que j'entrasse dans les autres voies; ce serait faire le modéré mal à propos. » Il ajoutait dans la même lettre : « Quant aux avances que vous semblez attendre de notre part sur les dogmes de la foi, je vous ai répondu souvent que la constitution de l'Église romaine n'en souffre aucune que par voie expositoire et déclarât oire... La suppression que vous proposez nous y jette (dans un schisme) jusqu'au fond. »

De bonne heure les deux questions principales du dialogue entre Bossuet et Leibniz furent, comme il devait être, celles de la notion de l'Église catholique et de la règle de foi. Aucune concession n'y était possible, et Leibniz comprit que son illustre correspondant était trop « romaniste » pour entrer jamais dans ses sentiments. On en resta là.

Au xixe siècle, à la suite du mouvement d'Oxford, diverses tentatives pour amener l'union en corps, la corporate reunion de l'Église anglicane et de l'Église romaine furent ébauchées. L'idée en subsista même après le concile du Vatican et la promulgation du dogme de l'infaillibilité pontificale. Elle fut reprise par lord Halifax, président de YEnglish Church Union, puissante association, vieille déjà d'un demi-siècle, établie pour propager et défendre 1' « anglo-catholicisme ». Si une autorité centrale est bonne pour l'Église anglicane, aimait-il à redire, une autorité centrale doit être bonne pour l'Église entière (1). » L'abbé Portai, lazariste, professeur au grand séminaire de Gahors, épousait ses vues et ses espérances. On convint d'amener les catholiques et les anglicans à examiner de concert la question historique des ordres anglicans : ils apprendraient à se connaître, à s'estimer et, avec le temps, le rapprochement, puis la réunion, se ferait.

La question est posée, on s'y intéresse, en France et aussi en Angleterre. « Ne craignons pas de le dire franchement, proclame lord Halifax, l'union est possible, elle est désirable (2). » Léon XIII lui-même, en avril 1895, lance un solennel appel Ad Anglos. Qu'ils se mettent en chemin :

(1) Cité dans Paul Thureau-Dangin, Le cardinalVaughan, 1911 , \>. 67

(2) Ibid., p. 70.

« S'il se présente quelques difficultés, déclare le pape, elles ne sont pas de nature à arrêter notre zèle, ni à faire obstacle à notre énergie. » Une commission est nommée par lui pour étudier à nouveau la question de la validité des ordres. Lord Halifax redouble ses efforts, et de hauts dignitaires de l'Église anglicane semblent vouloir répondre à l'appel de Léon XIII. Mais certaines doctrines de l'Église romaine et la suprématie du pape devaient créer et créaient une opposition irréductible. Le cardinal Vaughan, archevêque de Westminster, s'en était rendu compte ; même il estimait que non seulement cette campagne était condamnée à échouer, mais — peut-être se trompait-il sur ce point — qu'elle était nuisible et perfide. Aussi crut-il de son devoir de tout faire pour la discréditer et l'empêcher d'aboutir heureusement. Finalement, Léon XIII se laissa gagner aux idées de l'archevêque de Westminster, et, le 13 septembre 1896, il promulgua la bulle fameuse où il concluait que « les ordinations conférées selon le rite anglican ont été et sont absolument vaines, entièrement nulles. » Cette bulle mit fin à la campagne d'union qui occupait, depuis deux ans, le monde religieux. Lord Halifax et ses amis n'en persistèrent pas moins à proclamer leur besoin d'une « religion qui ne fût plus limitée par les idées nationales et les préjugés du xvie siècle (1). »

Que nous réserve l'avenir ? Il semble bien que les âmes religieuses et assoiffées de certitude, qui sont nombreuses encore dans le protestantisme, viendront peu à peu à l'Église catholique. Se produira-t-il quelque union en corps, quelque retour collectif d'une Église ou fraction d'Église ? On n'ose l'espérer. Toujours est-il que le devoir des catholiques n'est pas douteux : ils continueront de prier pour le retour de leurs « frères séparés », et se rappelleront que, pour leur en ouvrir les voies, le mieux est encore, comme faisait Bossuet, de donner de leur croyance une exposition loyale et pacifique.

18. On peut prévoir aussi que les Églises protestantes, condamnées à perdre leurs membres les plus religieux, sont vouées finalement à la dissolution. Je ne sais si cette

(1) Paul Thureau-Dangin, op. cit., p. 99.

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