XI. LA RELIGION D'iSRAEL
endroit qu'il fût érigé. Dans la campagne on choisissait volontiers le voisinage d'une source (1) et l'ombrage d'un bois sacré (Os., iv, 13). Pour les villes, Jérémie parle d'autels aussi nombreux que les rues elles-mêmes (Jer., xi, 13); mais, en plus de ces chapelles, il y avait un sanctuaire officiel, situé assez souvent en dehors delà ville elle-même, et rendezvous religieux de toute la population (I Sam., ix, 11-13). 64. Le haut-lieu constitue une enceinte sacrée, où l'on ne peut entrer sans certains titres particuliers, ou au moins sans avoir accompli diverses formalités. Les limites sont parfois naturelles ; une montagne tout entière ou une oasis peuvent être réservées à la divinité; en d'autres cas, on a recours à des barrières artificielles (cf. Ex., xix, 12). Au sanctuaire, Yahweh est représenté par des statues sculptées, en bois ou en pierre, pésél (Jud., xvii, 3, 4), ou par des emblèmes en métal fondu, massèkàh (Jud., xvin, 14 ; I Reg., xiv, 9) ; les prohibitions du Décalogue ont, à cet égard, été impuissantes contre les influences cananéennes. Tantôt ces statues représentent Dieu sous des traits humains, tantôt ils figurent ses attributs sous les traits d'un animal : les veaux d'or de Béthel et de Dan (I Reg., xn, 28-30) symbolisent Yahweh comme le principe de la fécondité qui se manifeste dans la nature. En certains cas au moins, Yèphôd, qui ailleurs désigne un vêtement sacré, apparaît certainement comme une statue (Jud., vin, 27 ; I Sam., xxi, 9); elle sert à la consultation divine et semble avoir, même alors, pour complément les objets mystérieux connus sous le nom d'ûrîm et de tummîn(lSdLm., xxn, 10; cf. xiv, 36-42 [texte à restituer]). Les teraphîm sont aussi des statues de la divinité, servant à la consulter (Jud., xvii, 5 ; I Sam., xix, 13, 16 ; Zach., x, 2). Plus central que les statues de formes diverses apparaît l'autel ou lieu du sacrifice (mizbèn/j). A l'origine, on répandait le sang de la victime sur la roche nue de la montagne sainte (Jud., vi, 20 ; xni, 19) ; mais dans le haut-lieu, l'autel se dresse en face de l'image divine ; il peut consister simplement en une grosse pierre (I Sam., xiv, 33), ou être
(1) Ainsi en était-il de Bersabée, Gen., xxvi, 33.
construit de blocs non taillés, de morceaux de tuf entassés (Ex., xx, 24, 25). On sait quelle sainteté est attachée aux cornes de l'autel (I Reg., i, 50, 51; n, 28), qui reçoivent les onctions faites avec le sang de la victime et peuvent protéger l'accusé qui vient les toucher. Près de l'autel. se dresse la stèle de pierre (massèbàh) ; très distincte du bétyle, auquel allaient les hommages des Cananéens, elle tient plutôt de l'ex-voto (Os., m, 4; x, 1, 2). Les patriarches en avaient érigé qu'ils avaient consacrées avec l'huile (Gen., xxvin, 18, 22); Moïse et Josué (Ex., xxiv, 4; Jos., n, 20) avaient suivi leur exemple. Mais, dans les hauts-lieux, elles prenaient le caractère d'un emprunt fait au culte de Baal (Deut., vu, 5 ; xn, 3; xvi, 22; Ex., xxm, 24) ou d'une imitation dangereuse; de là la défaveur avec laquelle les traita l'orthodoxie. Il en fut de même pour Yasèràh (Ex., xxxiv, 13; Deut., vu, 5, etc.), pieu sacré ou tronc grossièrement équarri et sculpté, lui aussi planté en terre près de l'autel; le danger d'un tel emblème, symbole héraldique du bois sacré, résultait du fait même que le terme qui le désignait était le nom propre de la déesse Astarté et de sa statue. 65. Tels étaient les hauts-lieux dont l'usage fut maintenu pendant de si longs siècles en Israël. Les fidèles y affluèrent au temps des Juges et aux premiers jours de la royauté, avant que le Temple ne fût bâti (I Sam., ix, 12 ; I Reg., in, 4) ; on ne voit pas d'ailleurs que Salomon ait jeté sur eux l'interdit (cf. I Reg., ni, 2, 3). Après le schisme, le culte des hauts-lieux fut organisé comme culte officiel dans le royaume du Nord (I Reg., xn, 25-33); mais même en Juda, les rois les plus pieux — tels Asaet Josaphat (I Reg., xv, 14; xxn, 44) — les laissèrent subsister. Il fallait que ces souverains ignorassent le Deutéronome; peut-être, ainsi qu'on l'a prétendu, n'avaient-ils pour orienter leur vie religieuse que le Code de l'alliance (1) qui pouvat paraître sanctionner ces sanctuaires locaux. Même alors toutefois, le séjour de l'arche avait une haute prépondérance. Le lieu de culte de Silo(Jud., xxi, 19; I Sam.,i, 3, 24;n, 14; etc.) était unpéleri-
(1) Une telle manière de voir les choses pourrait s'accorder sans difficulté avec l'interprétation que le P. Brucker donne du décret de la Commission Biblique sur l'authenticité du Pentateuque.