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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

nistes et les premiers réformateurs. Voilà pourquoi, aussi les humanistes, ici comme en Italie, quoique crime manière moins directe et moins brutale, ont été des précurseurs du rationalisme moderne.

20. Au moyen-âge, les incrédules étaient peu nombreux, isolés. Si, à partir du xvme siècle, il n'en est plus ainsi, c'est avant tout au protestantisme qu'il faut l'attribuer. Les apparentes contradictions qui avaient surgi entre l'enseignement de l'Église et les récentes découvertes des explorateurs ou des savants, se fussent vite dissipées. Le système moderne du rationalisme est né du système protestant, comme le fruit naît de la fleur.

Dès les premiers temps de la Réforme, les apologistes catholiques prédirent à leurs adversaires que, après avoir nié l'autorité de l'Église, ils seraient fatalement entraînés à rejeter la révélation tout entière. « Dès que vos auteurs ont paru, disait Bossuet aux protestants, on leur a prédit qu'en ébranlant la foi des articles déjà reçus et l'autorité de l'Église et de ses. décrets, tout, jusqu'aux articles les plus importants, jusqu'à celui de la Trinité, viendraient l'un après l'autre en question ; et la chose était évidente... La méthode dont on se servait contre quelques points, comme, par exemple, contre celui de la présence réelle, de recevoir la raison et le sens humain à expliquer l'Écriture, portait plus loin que cet article, et allait généralement à tous les mystères. » Puis, comme toutes les sectes invoquaient des textes de l'Écriture et que toutes les querelles portaient sur son interprétation, on finit par douter du livre lui-même. Et ainsi la Bible, qui, pour les Pères de la Réforme, était le livre sacré, le livre dont toutes les paroles avaient Dieu pour auteur, dont l'origine divine, l'inspiration était évidente, ne fut plus qu'un livre d'origine humaine, un peu supérieur seulement aux livres sacrés des mahométans ou des hindous. La Bible ne fut plus considérée comme « la source unique et complète de la vérité » ; mais la vérité y apparut mêlée soiwent à des conjectures ou même à des erreurs.

« Personne n'ignore, déclare le concile du Vatican, que, après avoir réjeté le divin magistère de l'Église et laissé les choses de la religion au jugement de chacun, les hérésies

proscrites par les Pères de Trente se sont peu à peu divisées en sectes multiples, séparées de doctrines et se combattant entre elles, de telle sorte qu'un grand nombre ont perdu toute foi en Jésus-Christ. Elles en sont venues à ne plus tenir pour divine la sainte Bible elle-même, qu'elles affirmaient autrefois être la source unique et le seul juge de la doctrine chrétienne, et même à l'assimiler aux fables mythiques (1). » Les premiers réformateurs avaient dit : « Point d'autorité, en dehors de la Bible ; la Bible et la raison seule.)) Leurs disciples disent : « La raison seule ; point d'Église, point de Bible. » Le rationalisme est né.

Aussi bien les rationalistes se plaisent-ils souvent à revendiquer pour ancêtres les réformateurs du xvie siècle. Il ne fallut pas longtemps, du reste, au protestantisme pour enfanter le rationalisme : dès le xvie siècle, on l'a vu, les sociniens étaient en effet de véritables rationalistes.

21. Les « esprits forts », les « libertins », les « incrédules » se multiplient au xvne siècle ; Bossuet, Pascal, La Bruyère n'ont pas cru inutile de les combattre. Toutefois, ils étaient assez rares encore et peu considérés. Mais les déplorables querelles entre catholiques qui remplissent toute notre histoire des xvne et xvme siècles favorisent les progrès du rationalisme. Courage ! écrivait Voltaire à d'Alembert le 13 novembre 1756, « pendant la guerre des parlements et des évêques, les philosophes auront beau jeu. Vous aurez loisir de farcir Y Encyclopédie de vérités qu'on n'aurait pas osé dire il y a vingt ans. » D'Alembert comparait malicieusement la philosophie d'alors au chat de La Fontaine, que le lapin et la belette supplient de trancher leur différend et qui,

Jetant des deux côtés la griffe en même temps, Met les plaideurs d'accord en croquant l'u n et l'autre.

On l'a dit avec raison : « Tout, dans le jansénisme, préparait le règne de l'incrédulité. Des folies sans nom, des jongleries misérables se passent au cimetière Saint- Médard ou dans des maisons privées ; et voilà que les hommes les plus graves, des prêtres, des magistrats tombent à genoux devant de prétendues manifestations miséri-

(1) De fide catholica, Proœm.

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