‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 252 sur 306 · XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS · texte numérisé non relu

XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

à les découvrir en usant des méthodes appropriées. Ceuxlà seuls — Hœckel, par exemple — pourront être considérés comme rationalistes parmi les naturalistes, physiciens, mathématiciens, qui se transforment indûment en philosophes matérialistes ou athées pour nier Dieu et prétendre tout expliquer par la matière et l'évolution.

Descartes, non plus, ne fut pas rationaliste, au sens où nous l'entendons ici : il vécut et mourut en chrétien. Plusieurs de ses opinions sont erronées, et son doute méthodique, mal compris, pourrait être dangereux ; on conçoit donc que Rome ait condamné (1663) la nouvelle philosophie jusqu'à correction. Le chrétien philosophe ne peut pas faire abstraction de sa foi et en appeler exclusivement à l'évidence personnelle ; il a cependant le droit de partir de principes rationnels, d'user d'une méthode rationnelle, et de choisir, s'il lui plaît, l'observation psychologique comme base et point de départ de son système. Ceux-là seuls, parmi les philosophes, pourront être apppelés rationalistes, qui, cartésiens ou non, ne tiendront aucun compte de la foi ou la combattront. Ce sera, malheureusement, le cas de la plupart des philosophes qui ont laissé un nom et fait école depuis le xvne siècle : Spinoza, Kant, Hegel, Auguste Comte, Herbert Spencer, et autres.

Dans la science des Écritures, Richard Simon a été un véritable initiateur. Bon nombre de ses ouvrages, il est vrai, furent mis à l'Index, et Bossuet eut raison d'en dénoncer les témérités. Un exégète catholique est à blâmer quand il dit ou laisse supposer que l'interprétation traditionnelle de la sainte Ecriture est radicalement différente de l'explication naturelle et littérale, et qu'il parait faire fi de l'autorité de l'Église en matière biblique. Mais anathématiser les erreurs ou les hardiesses d'un exégète n'est pas condamner la science de l'Écriture ni refuser aux critiques catholiques le libre usage, l'usage légitime de la méthode historique qui convient à cette science. Ceux-là seuls, parmi les biblistes, seront des rationalistes, qui, ne prétendant relever que d'eux-mêmes, que d'eux seuls dans l'étude des Livres saints, les traiteront comme de simples ouvrages profanes et n'auront nul égard pour leur caractère inspiré ou le magistère de l'Église divinement institué pour en

donner l'interprétation vraie. Ici encore, il faut reconnaître que, au xixe siècle surtout, les rationalistes ont pullulé : ne les a-t-on pas vus, d'étape en étape, en venir à nier jusqu'à l'existence même de Jésus-Christ ? Parmi beaucoup d'autres, les noms de Strauss, de Renan, de Loisy, de Drews sont tristement significatifs.

Le même esprit rationaliste a envahi tous les autres domaines de la science, profane ou sacrée, l'histoire de l'Église et des diverses religions ou de la civilisation aussi bien que l'histoire d'Israël et des origines chrétiennes, la science des phénomènes mystiques, la morale et la sociologie comme la psychologie. On prétend expliquer la vie intérieure des saints, les miracles d'hier et d'aujourd'hui, sans recourir au surnaturel ; et l'on veut fonder la morale sans Dieu, dût-on pour cela en éliminer les notions d'obligation et de sanction. On en vient même à prétendre imaginer une religion qui s'inspirera des seules données de la science et n'adorera que l'Inconnaissable ou encore l'Humanité en qui il se révèle de la façon la moins imparfaite.

24. Des esprits cultivés le rationalisme est aujourd'hui descendu jusque dans les masses populaires, grâce à l'école neutre ou à la presse impie, grâce aussi à l'hostilité que les meneurs de la démocratie et du socialisme, qui ont l'oreille du peuple, n'ont guère cessé de témoigner contre l'Église et le christianisme. Il semble vraiment que le rationalisme puisse se bercer de l'espoir d'étendre chaque jour ses conquêtes : la science, la libre science, ne jouitelle pas d'un prestige sans cesse grandissant, et le rationalisme n'a-t-il pas réussi à paraître s'identifier avec elle ?

25. La raison est l'unique source de la vérité à l'exclusion de la foi. De cette proposition théorique qui exprime l'essence du rationalisme, découle naturellement la conclusion pratique suivante : tout individu, toute société doit abjurer la foi et ne reconnaître d'autre maîtresse que la raison. — On entend ici par « raison » l'ensemble de nos facultés.

Nous avons vu comment dans le rationalisme, l'individu

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