‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 255 sur 306 · XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS · texte numérisé non relu

XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

pirent du même esprit que le Concordat de 1801; mais en est-il beaucoup qui fassent à l'Église dans l'État la place qu'elle devrait y tenir ?

28. Néanmoins le Concordat de 1801 valut à la France presque un siècle de paix religieuse, — paix relative, paix souvent troublée, mais paix bienfaisante et féconde tout de même. Les ennemis de l'Église ne pouvaient s'en consoler. Ils songèrent à refaire d'une façon définitive ce que la Révolution française n'avait pu qu'ébaucher, c'est-à-dire séparer l'Église d'avec l'État, tout en assurant la souveraineté du pouvoir civil sur son ancienne alliée. Ils y ont travaillé, de 1876 à 1905, avec une habileté et une ténacité admirables, laïcisant l'enseignement public, soumettant les ecclésiastiques au service militaire et dispersant les congrégations. « Ces mesures et d'autres encore, qui, peu à peu », et dans une persécution savamment graduée, « séparaient de fait l'Église et l'État, n'étaient rien autre chose que des jalons placés dans le but d'arriver à la séparation complète et officielle : leurs promoteurs euxmêmes n'ont pas hésité à le reconnaître hautement et maintes fois (1). » Tout en dénonçant le Concordat, sans même en dire un mot à la puissance avec laquelle il avait été signé, on aurait bien voulu continuer de s'immiscer dans nos affaires, peut-être même créer au sein de l'Église de France des divisions et des schismes. N'est-ce pas à cette fin que la loi de séparation (décembre 1905) imaginait les « associations cultuelles » ? Mais les catholiques français et l'Église avaient trop de raisons de se défier de l'apparent libéralisme de leurs ennemis. Aussi, après avoir, le 11 février 1906, condamné la loi de séparation dans une première encyclique, Pie X n'hésita pas à interdire, dans une seconde, le 10 août de la même année, la formation d'associations cultuelles, tant, du moins, qu' « il ne constera pas, d'une façon certaine et légale, que la divine constitution de l'Église, les droits immuables du pontife romain et des évêques, comme leur autorité sur les biens nécessaires à l'Église, particulièrement sur les édifices sacrés, seront irrévocablement,

(1) Pie X, Encyclique Yehementer nos, 11 février 1906. Hist. Rel. — II — 31

dans lesdites associations, en pleine sécurité (1). » L'Église de France y perdait ses biens, mais elle gardait fièrement sa liberté.

Depuis, le Portugal s'est mis en république et s'est empressé de voter, lui aussi, une loi de séparation, plus tyrannique encore et plus inique que la nôtre. Jamais — est-il besoin de le remarquer ? — Rome n'acceptera, dans ses rapports avec les gouvernements, un régime qui serait fondé sur la méconnaissance de sa liberté et de ses droits nécessaires. Si le régime de la séparation, tout regrettable qu'il est, doit, comme plusieurs aiment à le prophétiser, s'établir peu à peu, et pour longtemps, dans les divers pays du monde, il faudra que, s'inspirant davantage de l'esprit vraiment libéral du Nouveau-Monde, il dépouille tout ce qui tendrait à faire de lui un « instrument de règne entre les mains d'une puissance libérale.

29. Renouvier prétendait que, dans Y « état de guerre » où la civilisation moderne se trouve être nécessairement avec la vieille Église romaine, il fallait, en accordant la liberté à tous, la refuser impitoyablement aux catholiques. Il semble que cette théorie, si commode pour justifier toutes les lois d'exception, ait inspiré et inspire encore les législateurs modernes. Quel qu'ait été le régime préféré de leurs relations avec l'Église, persécution, concordat, séparation, presque tous, en effet, lui ont refusé la liberté, une liberté vraie. C'est avoir bien peu de confiance en la puissance de la raison, qu'on exalte pourtant si volontiers et dont on se réclame si exclusivement !

30. Faut-il croire que, pour diriger l'oeuvre de déchristianisation que le rationalisme a entreprise et qu'il poursuit avec tant de violence, il s'est en quelque sorte, comme le christianisme dans l'Église, incarné dans la société qui s'appelle la franc-maçonnerie ? Il est certain, du moins, que la franc-maçonnerie, toujours et partout, a travaillé à la destruction des religions positives, du catholicisme principalement.

Quels que soient la date précise et le lieu de ses origines, on la voit, dès le début du xvme siècle, apparaître en

(1) Pie X, Encyclique Gravissimo, 10 août 1906.

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