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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

Angleterre et de là, en moins de cent ans, se répandre dans le monde entier, surtout en Amérique. Les diverses obédiences ou puissances maçonniques sont indépendantes les unes des autres ; mais des traités les lient entre elles et un comité permanent paraît réunir leurs délégués. Depuis quelqus années, aiïirme-t-on, depuis que, en 1877, le Grand-Orient de France a supprimé de sa constitution le paragraphe où il déclarait avoir « pour base l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et l'amour de l'humanité », les loges d'Angleterre, des États-Unis et du Canada, restées spiritualistes, ont cessé d'avoir des relations avec lui. Ce qui paraît sûr, c'est que le culte du « grand Architecte de l'univers » est sensiblement en baisse dans la franc-maçonnerie.

L'autorité religieuse et, pendant quelque temps, la plupart des gouvernements tentèrent d'enrayer le mouvement maçonnique. La franc-maçonnerie continua de se propager surtout parmi ceux ou celles qui, par leur naissance, leur fortune ou leur profession, exercent une réelle influence. Les adeptes de toutes les religions y sont reçus, au moins pour les premiers grades ; d'ordinaire, à ce qu'on assure, les grands maîtres, les chefs sont des protestants ou des juifs.

Récemment encore, en 1884, le pape Léon XIII a renouvelé contre la franc-maçonnerie les condamnations de ses prédécesseurs. « Dans l'espace d'un siècle et demi, déclare-t-il dans son Encyclique Quod apostolici muneris, la secte des francs-maçons a fait d'incroyables progrès : envahissant, à force d'audace et de ruses, tous les rangs de la hiérarchie sociale, elle a pris, au sein des États modernes, une puissance qui ressemble presque à une domination. » Ces paroles n'ont rien d'excessif : comme la franc-maçonnerie semble bien avoir contribué à la Révolution française, de même elle a joué un rôle décisif dans la suppression du pouvoir temporel des papes et elle dirige, aujourd'hui encore, la persécution savante qui sévit contre l'Église, en France ou ailleurs. N'a-t-on pas dit avec raison que nous n'étions point en république, mais en franc-maçonnerie ? Léon XIII ajoute : « Le suprême dessein des francsmaçons est de ruiner de fond en comble toute la discipline

religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes et de lui en substituer une nouvelle façonnée à leurs idées et dont les principes fondamentaux et les lois sont empruntés au naturalisme, » au rationalisme. N'est-ce pas évident ? Sans doute, on a pu dire que, pour un certain nombre de ses adeptes, la franc-maçonnerie n'est qu'un « syndicat d'arrivistes » ; elle n'en est pas moins, par essence, une contrerÉglise, une institution créée pour combattre le christianisme et la révélation. « Contre la grande organisation de la théocratie (traduisez : l'Église romaine), il faut, lisait-on dans le Monde maçonnique (avril 1883), une autre puissante organisation : il n'y a que l'organisation séculaire de la Maçonnerie qui puisse combattre l'association également séculaire de la théocratie (1). » C'est peut-être exagérer la puissance de la franc-maçonnerie ; mais c'est exprimer nettement la fin qu'elle poursuit et le rationalisme qui l'inspire ou qu'elle sert.

31. Le rationalisme est devenu le plus redoutable adversaire de l'Église chrétienne, et l'on serait, à certaines heures, tenté de croire que l'avenir lui appartient. Il n'en sera rien, pourtant ; car l'expérience prouvera, elle prouve déjà, que, puissant pour détruire, il n'est pas capable d'édifier, et que ses fruits sont biens amers.

« Incrédules, les plus crédules », a-t-on dit : le mot est encore vrai. Il n'est pas rare de rencontrer, même parmi les gens cultivés, des superstitions grossières ou ridicules, et, comme à la fin du xvine siècle, le charlatanisme ou les folies de l'occultisme font de nombreuses dupes, comptent des milliers d'adeptes. Mais c'est trop peu pour étancher la soif du divin et le besoin de certitude qui travaillent les âmes. On sent, au surplus, que, pour mener une vie vraiment morale, Dieu n'est pas de trop : sans lui, sans les certitudes et le secours de la religion, la fièvre de l'or et du plaisir a si vite fait d'entasser victimes sur victimes ! Les suicides se multiplient et la criminalité augmente, jusque parmi l'enfance et la jeunesse.

La famille elle-même est en danger, menacée par l'union libre, le divorce, la restriction volontaire de la natalité,

(1) Gité dans D.-P. Benoît, La franc-maçonnerie, 1886, t. il, p. 214.

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