XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS
l'égoïsme des parents, la passion de l'indépendance et le manque de respect des enfants.
La société est ébranlée jusque dans ses fondements. Le socialisme révolutionnaire prétend supprimer, avec Dieu et l'Église, la propriété privée et les patries. La haine des classes n'a jamais été plus étendue, plus vive, plus profonde.
De tous côtés, donc, le rationalisme, l'anticléricalisme, le triomphe scientifique ou politique de l'irréligion ou de la libre pensée aboutit au néant, à la « démission de la morale » elle-même. D'aucuns ont parlé de la faillite de la science. Ils ont eu tort. « La science va de progrès en progrès, mais dans son domaine... Elle a tenu au delà de ce qu'elle avait promis... Le failli, c'est le naturalisme (1), » c'est le rationalisme, qui s'est affublé du masque de la science mais qui, en réalité, n'est qu'une philosophie chétive et mensongère. On finira bien par s'apercevoir de la confusion, et, en face des ruines amoncelées par le rationalisme, l'on se demandera si réellement il est possible et utile d' « éteindre les étoiles du ciel, » s'il ne vaut pas mieux se laisser bercer à nouveau par la « douce chanson » dont l'Église charmait nos pères.
Le christianisme intégral : Catholicisme
32, Pour se défendre contre l'hérésie protestante et le rationalisme antichrétien, l'Église catholique n'a pas hésité à recourir au bras séculier. Les princes, on le sait, étaient du reste fort désireux, en exterminant ou en frappant les dissidents, de sauvegarder l'unité morale de leurs royaumes. N'est-ce pas le même esprit qui anime, de nos jours encore, tant de prétendus libéraux, si empressés à demander ou à voter contre les catholiques les lois d'exception les plus iniques ? L'Église, du moins, protesta souvent contre les excès de la répression. « Je suis le pasteur de ces peuples, écrivait l'évêque de Garpentras, Sadolet, après le cruel
(1) A. Eymieu, Le naturalisme devant la science, 1911, p. 352.
massacre des Vaudois. Ce n'est pas la terreur ou le supplice, c'est la vérité, c'est surtout la douceur qui leur fera reconnaître leurs erreurs. » Et Fénelon, après les dragonnades et la révocation de l'-édit de Nantes, disait au prétendant catholique d'Angleterre, Jacques II : « Sur toutes choses, ne forcez jamais vos sujets à changer de religion ; nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté du cœur. La force ne peut jamais persuader les hommes ; elle ne fait que des hypocrites. Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre et en tâchant de ramener les hommes par une douce persuasion. » L'Église, de fait, n'en a appelé au bras séculier que quand l'obstination ou les provocations violentes des hérétiques l'y ont obligée; jamais, pour se défendre elle-même, elle n'a manqué d'employer d'autres moyens que le glaive ou le feu, d'autres armes mieux en rapport avec l'esprit de l'Évangile.
33. A la révolution protestante elle opposa, avant tout, la réforme catholique : ce fut l'œuvre, principalement, du concile de Trente.
Depuis de longues années, les âmes les plus pieuses et les moins rebelles sentaient, disaient même qu'il était urgent de réformer l'Église « dans son chef et dans ses membres ». D'autre part, la doctrine traditionnelle avait été si violemment attaquée, si obscurcie, si ébranlée par les protestants qu'il était nécessaire de la définir d'une façon précise sur tous les points controversés. Un concile général était ou paraissait seul capable d'apporter le remède au double mal qui rongeait la chrétienté : dès 1518, Luther n'en avait-il pas appelé au concile des condamnations portées contre lui par Léon X, et, à chaque diète impériale, Charles- Quint n'avait-il pas cherché à concilier provisoirement ses sujets d'Allemagne, catholiques et protestants, par la promesse d'un concile universel qui examinerait en dernier ressort les contestations doctrinales et mettrait fin aux abus ?
Le 13 décembre 1545, s'ouvrait enfin la première session du concile de Trente. Le concile, plusieurs fois interrompu, n'acheva ses travaux que le 4 décembre 1563.
« Rome désirait sauvegarder le dogme catholique en