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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA RÉFORME A NOS JOURS

faisant condamner par le concile les erreurs doctrinales des protestants, alors que les princes, redoutant pour la paix de leurs États les anathèmes portés contre les hérétiques, demandaient l'ajournement des questions de foi et la réforme de la discipline ecclésiastique. Pour tout concilier, on décida de travailler en même temps à la définition de la foi et à la réforme de la discipline : c'est pourquoi toutes les sessions virent promulguer en même temps des décrets dogmatiques (canones de fide) et des décrets disciplinaires (décréta de reformatione) (1). »

Les protestants faisaient de la Bible, interprétée par chaque fidèle, Tunique règle de la foi. Le concile déclare que les traditions orales remontant aux apôtres et directetement communiquées à ces derniers par Jésus-Christ ou parle Saint-Esprit ont la même autorité divine que l'Écriture sainte et doivent être accueillies avec la même vénération ; le texte reçu par l'Église et l'interprétation qu'elle en a toujours donnée, font autorité. — Les protestants prétendaient que le péché originel avait foncièrement corrompu la nature humaine et que la justification est réalisée par les seuls mérites du Christ, dont l'application est faite à l'homme par la foi seule, sans que les oeuvres servent au salut. Le concile déclare que le péché originel n'a pas vicié la nature humaine à ce point, que la justification pénètre jusque dans les profondeurs de l'âme et que, si la foi est le commencement et la racine du salut, les œuvres, surnaturalisées par la grâce de Dieu, y sont utiles aussi et servent à mériter la vie éternelle. — Conformément à la théorie de la justification par la foi seule, les protestants avaient accumulé les erreurs sur les sacrements, leur nature et leur nombre, et sur le culte. Le concile déclare que les sacrements produisent la grâce et qu'il y en a sept, tous institués par Jésus-Christ ; la présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie est affirmée et le mode de présence défini par le terme de transsubstantiation ; la doctrine traditionnelle des indulgences, du culte des saints et des reliques, du purgatoire est maintenue, ainsi que le culte en latin.

(1) L. David et P. Lorette, Histoire de V Église, 1910, p. 153, 154.

En matière de discipline, parmi cent autres mesures exigées par les circonstances et dictées par le plus vif amour de l'Église et des âmes, le concile interdit le cumul des bénéfices, impose aux évêques et aux curés la résidence dans leur diocèse ou dans leur paroisse, les oblige à porter le costume ecclésiastique, à enseigner le catéchisme, à prêcher la parole de Dieu, décrète l'ouverture d'écoles spéciales (séminaires ou pépinières) pour la formation des futurs prêtres.

Les papes complétèrent l'œuvre du concile soit en publiant un catéchisme officiel pour l'enseignement ou un nouveau bréviaire romain, soit en réorganisant l'Inquisition ou Congrégation du Saint-Office pour la condamnation des fausses doctrines et en faisant dresser le catalogue ou Index des livres interdits aux fidèles comme dangereux.

L'Église avait parlé : sa voix fut entendue. Les souverains pontifes et les évêques apportèrent le plus grand zèle à enseigner la vraie doctrine définie et à exécuter les décrets réformateurs ; certains ordres religieux nouvellement créés ou réformés, la Compagnie de Jésus notamment, rivalisèrent d'ardeur et de sainteté : si bien que le protestantisme fut contraint de s'arrêter et même de reculer çà et là devant la véritable réforme catholique. « Le concile, dit l'historien protestant Ranke, si impétueusement réclamé, si longtemps ajourné, divisé, deux fois dissous, ébranlé par tant d'orages soulevés par le monde..., se termina dans la concorde universelle du monde catholique... Le catholicisme se dressa désormais devant le monde protestant avec une force doublée et rajeunie. »

34. L'autorité souveraine du pape sur l'Église, que les discussions des conciles de Constance et de Bâle avaient entamée, sortait victorieuse des assauts du protestantisme. Après les chicanes et les obscurcissements du gallicanisme, elle allait, au lendemain de la Révolution, se dresser, invincible et redoutable, en face du rationalisme triomphant. La Constituante avait cherché à séparer l'Église de France d'avec Rome, et Pie VI était mort en exil, à Valence. Son successeur, Pie VII, deux ans après, signait le Concordat et, faisant acte d'autorité suprême, il destituait les évêques

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