XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS
qui refusèrent d'abdiquer leur charge et de se prêter à la réorganisation ecclésiastique de la France.
Sous Pie IX, la souveraineté spirituelle et l'infaillibilité des pontifes romains devaient être définitivement établies. La ruine du pouvoir temporel, préparée par la francmaçonnerie, aura beau se consommer; le pape restera indépendant des puissances politiques et son autorité spirituelle, solennellement proclamée, sera plus forte que jamais.
La définition dogmatique de l'Immaculée-Conception (8 décembre 1854), en même temps qu'elle tranchait un point de la doctrine catholique longtemps débattu, était une affirmation renouvelée de la chute originelle, de la rédemption, de la maternité divine de Marie, de tout le surnaturel chrétien. Dix ans plus tard, en 1864, paraissait l'encyclique Quanta cura, à laquelle était adjoint le Syllabus, c'est-à-dire le résumé, le catalogue, la nomenclature des propositions entachées d'erreurs qui avaient été « notées » déjà par Pie IX et ses prédécesseurs. C'était l'anathème jeté, une fois de plus, au rationalisme moderne et à ses diverses applications dans le monde de la pensée, dans la famille, dans la société. Comme il fallait s'y attendre, le Syllabus fut violemment attaqué ; l'ignorance et la mauvaise foi en font, aujourd'hui encore, un épouvantail ou une machine de guerre. Mais il suffît d'entendre chacune de ces quatre-vingts propositions d'après le sens exact du document d'où elle est tirée et auquel elle se réfère, pour comprendre que la véritable civilisation, le véritable progrès, la véritable liberté ne sont pas en cause et qu'il n'y a de condamnable et de condamné par l'Église que les négations et les excès du rationalisme ou encore les concessions injustifiées d'un semi-rationalisme délétère.
Bientôt, le concile du Vatican réunissait plus de sept cents abbés, évêques et cardinaux. Il avait pour tâche de renouveler les condamnations portées par le Syllabus contre les aberrations de l'incrédulité contemporaine et de se prononcer sur la primauté et l'infaillibilité du pape. L'unanimité des Pères fut vite acquise à la constitution De fide catholica, qui exposait la nature de la foi chrétienne et les preuves de la vérité catholique. L'infaillibilité pontificale souleva des discussions beaucoup plus ardentes,relativement
surtout à l'opportunité de sa définition. Mais, au scrutin définitif (18 juillet 1870), la minorité s'étant abstenue de prendre part au vote, tous les Pères présents, deux exceptés, adhérèrent au décret. La constitution De Ecclesia établit officiellement la doctrine de l'infaillibilité : quand il parle ex cathedra, c'est-à-dire quand, en sa qualité de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit une doctrine concernant la foi ou les mœurs comme devant être admise par toute l'Église, le pontife romain est infaillible, et ses définitions sont irréformables par elles-mêmes et non par suite du consentement de l'Église. La même constitution, complétant la déclaration du concile de Florence, définissait que la primauté, ou le suprême office de pasteur qui appartient au pape, ne consiste pas en un simple droit de surveillance et de direction, mais en un pouvoir de juridiction proprement dit, comprenant par conséquent le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire ; que ce pouvoir lui appartient en vertu de sa charge, qu'il affecte immédiatement l'Égli&e entière et toutes ses parties, pasteurs et troupeau, qu'il n'a pas besoin d'être complété par celui des évêques, qu'il s'étend à toutes les personnes et à toutes les matières ecclésiastiques. Ces diverses définitions furent acceptées sans peine par la catholicité entière, à l'exception de quelques « vieux-catholiques ». qui s'efforcèrent vainement, même avec l'appui de Bismarck, de diviser l'Église.
Ainsi s'achevait le mouvement de concentration, annoncé déjà par le triomphe de la liturgie romaine (Guéranger), qui devait faire de Rome la capitale incontestée du monde catholique, et de la monarchie pontificale la citadelle e le cœur de l'universelle société chrétienne. Comme une armée rangée en bataille, le catholicisme opposerait désormais au rationalisme sa toute-puissante unité.
35. L'Église n'a pas à se défendre seulement contre les ennemis du dehors ; il faut que, au dedans, elle préserve ses fils contre les infiltrations de l'erreur. Elle y a veillé de tout temps, et sa vigilance s'est exercée à maintes reprises au cours des derniers siècles.
• On a appelé le jansénisme un « calvinisme rebouilli » ou un «cousin du calvinisme)), et le quiétisme un « luthéranisme