XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS
mystique ». Le jansénisme affirme en effet que la nature humaine a été complètement infectée parle péché originel, et que, par conséquent, le salut est en nous l'œuvre de la grâce seule, laquelle, au surplus, n'est donnée qu'aux élus et est irrésistible. Quant au quiétisme, celui du xvine siècle du moins, il« vient de deux idées : l'idée de la corruption intégrale de la nature déchue; l'idée d'une communication directe et permanente de l'âme avec Dieu (1).)) On reconnaît là les excès et les aberrations de Luther et de Calvin. Dans la distinction entre le « droit » et le « fait », comme dans l'appal au pape mieux informé ou au concile et l'attitude du « silence respectueux », apparaissait également, avec le gallicanisme des jansénistes, l'esprit de défiance, sinon de mépris, que les protestants manifestaient à l'égard de l'autorité romaine. Les papes condamnèrent toutes ces erreurs, comme ils désavouèrent la Déclaration des quatre articles qui, elle aussi, limitait injustement les droits de la papauté.
36. Les traditionalistes (de Bonald, Lamennais, Bautain, Bonnetty) avaient, dans leur désir de convaincre les incrédules, rabaissé la raison au profit de l'autorité et de la tradition. Rome les blâma. Elle frappa pareillement les systèmes, d'un esprit tout opposé, qui exagéraient, au détriment de l'autorité ou de la foi, les droits et la puissance de la raison (Hermès, Gùnther, Frohschammer). Traditionalistes français et semi-rationalistes allemands se faisaient une conception fausse et dangereuse des rapports entre la raison et la foi, la liberté et l'autorité, la nature et la grâce. Chez les derniers surtout, l'influence néfaste de la philosophie « moderne » paraît indéniable.
Lamennais ne fut pas seulement condamné pour son traditionalisme ; il le fut encore pour le libéralisme outré qu'il enseignait bruyamment. Il avait écrit : « On tremble devant le libéralisme ; catholicisez-le, et la société renaîtra. » \J Avenir fut fondé pour travailler à « catholiciser le libéralisme ». Lamennais et ses disciples, Lacordaire, Charles de Montalembert et d'autres jeunes gens, dont la vaillance était à l'égal de la foi, y préconisèrent hardiment
(1) J. Paquier, Qu est-ce que le quiétisme ? 1910, p. 122.
la séparation de l'Église et de l'État, la liberté des cultes. la liberté de renseignement et de la presse ; le prétendu droit de Terreur était proclamé par eux, une part excessive était faite à la liberté humaine et aux droits du peuple. Censuré par plusieurs évêques, Lamennais en appela au pape. L'encyclique Mirari vos (1832), sans le nommer, lui donna tort en réprouvant les erreurs de Tindifférentisme et du libéralisme. Il ne pouvait en être autrement : la doctrine catholique ne peut pas admettre, en «thèse» ou comme idéal, que Terreur ait ou obtienne du pouvoir les mêmes droits que la vérité.
Par certains côtés le sillonnisme, dont il sera bientôt question, se rapproche du libéralisme catholique de Lamennais avant sa révolte.
37. A propos de la Vie du P. Hecker, fondateur des Paulistes américains, de graves controverses s'étaient engagées entre catholiques. Léon XIII, dans une lettre au cardinal Gibbons, archevêque de Baltimore, condamna T« américanisme» (22 janvier 1899). Le principe de ces opinions nouvelles, d'après le souverain pontife, consistait à demander à l'Église, « pour ramener plus facilement les dissidents à la vérité catholique, » de s' « adapter davantage à la civilisation d'un monde parvenu à Tâge d'homme, de se relâcher de son ancienne rigueur, de se montrer favorable aux aspirations et aux théories des peuples modernes. » L'américanisme était déjà une sorte de « modernisme », mais de modernisme plutôt « pratique », s'appliquant de préférence à ce qui intéresse directement la vie chrétienne, la vie religieuse.
La dernière erreur contre laquelle le Saint-Siège ait eu à mettre en garde les fidèles, porte le nom de « modernisme ». Le Saint-Office, dans la proposition finale du décret Lamentabili (3 juillet 1907), l'assimile à un protestantisme non dogmatique, au protestantisme libéral ; et Pie X, dans l'encyclique Pascendi (8 septembre 1907) l'appelle « le rendez-vous de toutes les hérésies ». Par bien des routes, ajoute le pape, «le modernisme conduit à l'anéantissement de toute religion. Le premier pas fut fait par le protestantisme, le second est fait par le modernisme, le prochain précipitera dans l'athéisme. »