XI. LA RELIGION d'iSRAEL
nage préféré, celui des grandes occasions. Mais ce fut surtout le Temple métropolitain qui attira davantage l'attention. Il apparut, peut-on dire, comme la demeure la plus officielle de Yahweh. Sa magnificence ne pouvait que renforcer cette conviction. Une première enceinte séparait du terrain profane la demeure du roi et celle de Dieu ; une autre enceinte limitait la cour au fond de laquelle se dressait l'édifice sacré (I Reg., vi, 36). Le Temple proprement dit se composait, au-delà du portique (I Reg., vi, 3), de deux salles. La première (I Reg., vi, 17), appelée le Saint, renfermait, avec les dix grands chandeliers (I Reg., vu, 49), la Table des pains de proposition et l'autel des parfums (I Reg., vu, 48). Une porte donnait accès au Saint des saints (I Reg., vi, 31-33); là, derrière deux immenses chérubins (I Reg., vi, 23-28), reposait l'arche (I Reg., vi, 19, 20). Il était difficile do rendre plus sensible la sainteté, la transcendance inaccessible de Yahweh. En avant du bâtiment sacré, se trouvaient l'autel des holocaustes (II Sam., xxiv, 25), la mer d'airain pour les ablutions des prêtres (I Reg., vu, 23-26), des bassins pour le lavage des victimes (I Reg., vu, 27-39).
66. Les desservants des lieux de culte étaient les prêtres; on leur donnait le nom de kôhèn, terme d'étymologie assez incertaine, tendant peut-être à mettre en relief l'idée de l'officiant qui se tient debout devant la divinité (1). La fonction principale du prêtre est l'acte liturgique du sacrifice (I Sam., ii, 13-15); mais à lui aussi de consulter Dieu par Ycphcd (Deut., xxxm, 8), à lui d'instruire le peuple des observances qui lui incombent (Deut., xxxm, 10). En stricte rigueur, il semble qu'au temps des Juges, un laïque puisse sacrifier à Yahweh; Gédéon et Manué n'ont aucun scrupule à le faire (Jud., vi, 19 sv. ; xm, 19). Plus tard, David et Salomon (Il Sam., vi, 17-19 ; I Reg., m, 4 ; vin, 62, 63), puis Élie (I Reg., xvm, 30-38), agiront de même. Mais au temps les plus reculés du séjour en Canaan, on reconnaît ce privilège de la tribu de Lévi que nous avons signalé à propos des migrations du
(1) C'est du moins l'opinion de ceux qui rapprochent le mot kôhèn de la racine kûn.
désert. A Silo en particulier, le sanctuaire de l'arche est constamment desservi par des prêtres lévitiques (I Sam., i, 3, 9; ii, 12 sv.). A plus forte raison en est-il de même dans le Temple de Jérusalem ; au temps de Salomon, les plus hautes fonctions deviennent l'apanage de la famille de Sadoc (I Reg., n, 35). Même dans les sanctuaires locaux, on reconnaît souvent le privilège de la famille sacerdotale : à l'époque des Juges, Micas préfère un lévite à son propre fils pour desservir sa chapelle domestique (Jud., xvn, 7-13). Ici toutefois une distinction s'impose. Dans le royaume de Juda, il semble que l'on ait été assez strict à cet égard ; c'est ce qu'indiquent l'attitude de Josias vis-à-vis des prêtres des hauts-lieux qu'il incorpore au clergé métropolitain (II Reg., xxiii, 8, 9), et aussi la manière dont en parle Ézéchiel (Ez., xliv, 10-14). En Israël, la spécialisation des fonctions liturgiques fut beaucoup moins rigoureuse (I Reg., xn, 31) ; néanmoins on aimait à savoir que le sanctuaire de Dan était desservi par un clergé lévitique (Jud., xvm, 30). Au moins au temple de Jérusalem, on se trouve en présence d'une certaine organisation hiérarchique. Un prêtre, en chef, qu'on appelle simplement aussi « le prêtre » , est à la tête de tout le clergé ; Joiada au temps d'Athalie (II Reg., xi, 9), Urie dans les jours d'Isaïe (Is., vin, 2), Helcias sous Josias (II Reg. . xxn, 8) , étaient investis de cette haute dignité. Les livres des Rois renferment quelques textes qui paraissent consacrer cette répartition du sacerdoce en deux ordres — prêtres et lévites proprement dits (1) — sur laquelle le Chroniqueur se plaît à tant insister (I Chron., xv ; xvi, 4-6, 37-42 ; xxiii ; xxiv ; xxvi ; II Chron., xi, 13-17; xxiii, 2, 6, 7; xxiv, 5, etc.). Enfin, au clergé proprement dit sont adjoints des serviteurs, Natinéens (I Chron., ix,2; Esdr., vin, 17; etc.), et autres, dont un grand nombre, — tels les Gabaonites (Jos.,
(1) On peut hésiter à prendre pour des lévites les « prêtres de second rang » dont parle II Reg., xxiii, 4; xxv, 18; il y aurait peutêtre moins d'hésitations à avoir à propos des « gardiens du seuil » de II Reg., xn, 9; xxn, 4 ; xxiii, 4 ; xxv, 18 ; enfin il est question des prêtres et des lévites dans I Reg., vin, 4.