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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

Le modernisme se réclame de l'agnosticisme, de la doctrine de l'immanence et de l'évolutionisme, comme aussi des prétendues conclusions de l'histoire et de la critique biblique ou encore des aspirations démocratiques de notre temps, pour faire subir à la notion du dogme en général et à chacun des dogmes en particulier, à la notion de l'Église en général et à chacun de ses droits en particulier, une transformation, une transposition, un changement assez profond pour réconcilier définitivement le catholicisme avec la science et la société modernes.

Il est évident que l'Église ne pouvait accepter un tel système : c'eût été trahir la mission qui lui a été imposée par Dieu, gaspiller le dépôt qui lui a été confié ; c'eût été se suicider elle-même. Le mal était grand, d'autant plus redoutable qu'il était répandu dans la catholicité entière et que les chefs du modernisme y jouissaient d'une puissante influence. Le remède fut appliqué avec énergie : des révoltes se produisirent (Loisy, Tyrrell, Murri, etc.), moins nombreuses pourtant qu'on ne l'avait craint d'abord; mais la guérison est certaine. Grâce à la clairvoyance et à la fermeté du pontife romain, l'Église échappera au danger le plus formidable peut-être qu'elle ait couru depuis l'éclat du protestantisme. Les confusions, qui embarrassaient le chemin des savants catholiques, sont dissipées, et ils peuvent maintenant y marcher sans craindre de s'égarer (1).

La papauté, qui a su défendre l'Église contre le protestantisme et le rationalisme irréligieux, n'a pas moins bien réussi à le préserver des compromis qui l'eussent affaiblie, des infiltrations qui l'eussent minée, des déviations qui l'eussent pervertie.

38. L'action de l'Église s'est parfois ralentie ou appauvrie, elle n'a jamais été nulle ni tout à fait stérile. Du xvie siècle à nos jours, elle a produit des fruits nombreux et éminemment salutaires.

S'agit-il de se réformer elle-même, elle suscite, au xvie

(1) Cf. J. Bricout, La vérité du catholicisme, 1910, chapitre final : Ce. qui nest pas du modernisme.

siècle, une pléiade d'âmes généreuses et de saints qui prouvent au monde étonné que sa vitalité n'est pas tarie (saint Pie V, saint Charles Borromée, etc.). Les ordres religieux sont réformés, ou de nouveaux sont institués.

Deux noms surtout sont à souligner ici : sainte Thérèse d'Avila et saint Ignace de Loyola, l'un et l'autre Espagnols de naissance, l'un et l'autre auteurs d'ouvrages de spiritualité et fondateurs d'ordres dont l'influence bienfaisante n'a pas cessé de se faire sentir. « On n'a peut-être pas assez remarqué, écrit un historien récent, comment les négations de Luther avaient trouvé leur meilleure réfutation dans l'œuvre positive de saint Ignace et de sainte Thérèse. D'après la thèse fondamentale de l'hérésiarque, l'homme ne se sanctifie ni par ses œuvres ni par ses efforts personnels, mais par la seule application des mérites du Christ, qui viennent recouvrir son âme souillée, comme d'un manteau, sans en changer l'intérieur. Les Exercices spirituels, par leur efficacité merveilleuse à convertir les âmes, montrèrent ce que pouvait faire l'effort de l'homme, sagement discipliné sous l'influence de la grâce divine ; et les écrits de sainte Thérèse firent resplendir et comme toucher du doigt cette action intérieure, transformante et déifiante, que toute la tradition avait affirmée à la suite de saint Paul et du Sauveur lui-même. Luther avait soutenu sa doctrine en opposant sa prétendue inspiration individuelle au sentiment de l'Église et du pape ; Ignace et Thérèse, favorisés des communications divines les plus authentiques, se prosternaient au contraire aux pieds du pontife romain : Ignace ajoutait, pour son ordre, aux trois vœux de religion, celui de se mettre à la disposition absolue du pape, et Thérèse, en mourant dans les ivresses de l'extase, ne savait que répéter cette parole : « Seigneur, je ne suis qu'une fille de l'Église. » C'est pourquoi leur œuvre sera féconde. Le protestantisme aura beau, dans le siècle suivant, trouver de puissants soutiens parmi les pouvoirs de ce monde ; il se heurtera désormais aux forces nouvelles créées dans l'Église par le fondateur de la Compagnie de Jésus et par la réformatrice du Carmel (1). »

(1) F. Mourret, La Renaissance et la Réforme, 1910, p. 571, 572.

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