XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS
Le même historien observe avec raison, à propos des ordres institués depuis la Réforme, que si leur esprit « est identique, pour le fond, à celui qui avait inspiré les grands ordres des premiers siècles de l'Église et du moyen âge, il est impossible de n'y point observer des différences notables. Autre est le moine de saint Basile, de saint Augustin, de saint Benoît, de saint François et de saint Dominique, autre est le clerc régulier du xvie siècle. Une moins large place est donnée, dans les nouvelles congrégations, à l'office du chœur, au travail manuel, à la vie contemplative ; mais une part plus grande y est faite aux œuvres d'apostolat par l'enseignement et par l'assistance des pauvres (1). » Cette remarque s'applique aux Oratoriens (saint Philippe de Néri, cardinal de Bérulle), aux Eudistes (vénérable Eudes), aux Prêtres de la Mission ou Lazaristes et aux Filles de la Charité (saint Vincent de Paul, vénérable Louise de Marillac), aux Visitandines (saint François de Sales, sainte Jeanne de Chantai), aux Prêtres de Saint-Sulpice (Olier), aux Frères des Écoles chrétiennes (saint Jean-Baptiste de la Salle), aux Rédemptoristes (saint Alphonse de Liguori), aux Dames du Sacré-Cœur (bienheureuse Barat), aux Petites-Sœurs des Pauvres (abbé Le Pailleur), etc. C'est que l'Église a toujours su adapter son action aux besoins des temps, et se prêter aux légitimes désirs de ses enfants. « A la différence de la plupart des créateurs d'ordres nouveaux, tels que le fondateur de l'Oratoire, qui accentuent l'organisation démocratique, le fondateur de la Compagnie de Jésus marque sa congrégation d'un caractère essentiellement monarchique et aristocratique (2) : » l'Église bénit également celui-ci et ceux-là.
Qui pourrait dire le bien immense que, depuis trois ou quatre siècles comme toujours, les ordres religieux ont procuré à l'Église et à la société ? Et c'est cela qui précisément leur a toujours valu tant de haine. On ne leur pardonne pas d'être un exemple vivant des vertus héroïques que peut produire et de l'utilité sociale que peut avoir la religion chrétienne, généreusement pratiquée. Et c'est
(1) F. Mourret, op. cit., p.
;2) Ibid., p. 547.
pourquoi, ne sachant rivaliser avec eux de zèle et de dévouement, on trouve plus aisé de les traquer et de les dissoudre. Vains efforts ! Les moines, disait Lacordaire, sont éternels comme les chênes.
39. La vie religieuse des fidèles s'est réchauffée au contact de ces âmes d'élite. De nouvelles dévotions ou de nouvelles pratiques ont avivé leur piété. Encouragé par Pie IX et par Léon XIII, le culte du Sacré-Cœur de Jésus, si facile à comprendre et si conforme au plus pur esprit de l'Évangile, a excité les chrétiens à aimer davantage Dieu et les hommes que Dieu a tant aimés. Le culte de la sainte Vierge, toujours florissant, toujours cher aux âmes pieuses, continue de consoler les cœurs affligés, de rendre l'espoir aux pécheurs, d'affermir dans le bien les justes épris d'idéal. Les prières pour les âmes du purgatoire, ces pauvres de l'au-delà, se multiplient, ainsi que les confréries et les pèlerinages. La communion fréquente et quotidienne, si vivement recommandée par Pie X, est de plus en plus en honneur, et voici que les petits enfants eux-mêmes sont conduits à la Table sainte. Vraiment, la piété n'est pas éteinte parmi les fidèles, et elle ne cesse de produire en eux ses fruits ordinaires de consolation et de force morale. Les incroyants, qui n'y comprennent Tien, ont vite fait de taxer de superstition les pratiques de la dévotion catholique : des abus sont possibles sans doute ; mais l'Église veille à les écarter, et finalement c'est à Dieu lui-même que nous conduisent les saints, c'est Dieu, Dieu seul, que nous adorons. Au'surplus, d'excellents ouvrages de spiritualité — Y Introduction à la vie dévote de saint François de Sales, par exemple, Y Année liturgique de dom Guéranger ouïes ouvrages du P. Faber, si justement appréciés des fidèles et de leurs directeurs — ne laissent ignorer à personne que la véritable piété doit, dans la vie de chaque jour, se traduire en actes de vertu, de support mutuel et de dévouement.
40. Notre action religieuse a franchi les frontières du monde déjà chrétien pour aller, dans les pays récemment découverts ou explorés, convertir des âmes à Jésus-Christ.
A peine Christophe Colomb a-t-il débarqué dans le Nouveau-Monde, l'Église se préoccupe d'y gagner de