XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS
nouveaux fidèles qui compensent les pertes occasionnées en Europe par la révolution du xvie siècle. « Rome, a écrit à ce propos un historien protestant, Rome apparut de nouveau comme une puissance conquérante, elle forma des projets de propagation, elle commença l'exécution de vastes entreprises, semblables à celles qui descendaient du haut des Sept Collines dans l'antiquité et le moyen âge » (Ranke). Las Cases et saint Pierre Claver se dévouent aux nègres qu'ils évangélisent et qu'ils défendent contre la cupidité barbare des Européens. Les Jésuites sont au Paraguay et, bientôt, avant même les Sulpiciens, au Canada et dans la Louisiane. Ils sont aussi en Asie, où saint François- Xavier, l'un des premiers compagnons de saint Ignace, obtient de merveilleux succès aux Indes et au Japon ; où le P. Nobili tente d'écarter les difficultés que suscitent les castes indiennes et certains rites nationaux ; où le P. Ricci essaie également d'accommoder au christianisme les rites chinois du culte des ancêtres et réussit à se concilier la faveur du gouvernement et des lettrés par la culture des mathématiques et sa science de la langue chinoise.
41. Au xixe siècle, l'expansion du catholicisme est facilitée par les merveilleuses découvertes de la vapeur ou de l'électricité qui permettent une plus large « circulation de l'Évangile » (de Lapparent) ; elle est assurée par l'héroïsme, toujours admirable, des missionnaires du monde entier, de la France surtout, comme par la multiplicité des œuvres fondées pour les soutenir (Œuvres de la Propagation de la foi, de la Sainte-Enfance, des Écoles d'Orient, Société de Saint-Boniface, etc.).
L'Amérique entière est devenue une terre chrétienne, où le catholicisme compte quarante millions de fidèles et plus de deux cents diocèses. L'Église y jouit, presque partout, de la liberté. — Les Missions africaines ont repris Févangélisation de l'Afrique occidentale, et les religieux de Mgr Augouard ont fondé, au Congo, une chrétienté déjà florissante. Dans l'Afrique orientale, la mission de l'Ethiopie est très prospère. Malgré l'anticléricalisme des représentants de la France, Madagascar s'ouvre au catholicisme. L'Algérie et la Tunisie comptent plusieurs évêchés, et la société des Pères Blancs, créée par l'intelligent et
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vaillant cardinal Lavigerie, a pénétré jusqu'au centre de l'Afrique. — En Asie, dans FHindoustan, l'Empire britannique, qui avait presque entièrement ruiné l'œuvre de saint François-Xavier, se montre aujourd'hui libéral à l'égard des missionnaires. L'expédition du Tonkin a établi la paix religieuse en Indo-Chine. Un décret impérial, vient, il y a douze ans, de reconnaître officiellement, en Chine, l'existence légale de la religion catholique. Le Japon, enfin rouvert aux missionnaires, compte déjà un groupe important de catholiques ; le catholicisme y est pleinement libre et le gouvernement japonais lui témoigne une bienveillance qui est de bon augure. — L'Australie, depuis que les Anglais y ont renoncé au monopole du protestantisme, a vu l'Église établir chez elle sa forte hiérarchie et multiplier ses fidèles. Les îles nombreuses dont se compose l'Océanie, sont évangélisées par diverses sociétés de missionnaires : le nom du P. Damien, Picpucien, y est justement célèbre pour son héroïque dévouement aux lépreux de l'île Molokaï.
Quels efforts et quels succès ! Qu'on se rappelle aussi les progrès du catholicisme (liberté, influence, nombre) parmi les protestants d'Europe, en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, dans les États Scandinaves, en Suisse ; ses progrès, lents mais continus, dans l'Orient grec ou musulman. « Plus de deux cent cinquante nouveaux sièges épiscopaux, près de deux cents nouveaux vicariats ou préfectures apostoliques ; le continent noir, l'Asie centrale, les îles perdues de l'Océanie s'ouvrant pour la première fois à la prédication des apôtres du Christ ; et pour dire le mot qui résume tout, plus de vingt-cinq millions de nouveaux chrétiens devenus les sujets de la Propagande, qui en comptait à peine cinq millions il y a un siècle : voilà des résultats acquis, palpables, indéniables, qui montrent qu'au cours de ce siècle, l'apostolat catholique n'a pas perdu tout à fait son temps (1). » Le feu du zèle n'a pas cessé de dévorer les cœurs chrétiens, ni Dieu, de bénir leurs travaux. Si la prévention des indigènes contre les étrangers, qui reste un des principaux obstacles au succès
(1) Louvet, Les missions catholiques au xixe siècle, 1898, fin.