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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA RÉFORME A NOS JOURS

des missions, peut disparaître un jour ; si, conformément au vœu des papes et des missionnaires, un clergé indigène, un épiscopat indigène, peut être institué partout, les résultats déjà obtenus seront sans doute dépassés. L'action religieuse de l'Église, si féconde dans les pays chrétiens, ne le sera pas moins dans les missions étrangères.

42. Son action intellectuelle est aussi remarquable. Elle s'exerce dans chacune des sciences sacrées qui sont spécialelement de son domaine ; elle s'étend même aux sciences purement profanes.

La théologie n'est pas morte avec le moyen-âge ; mais elle fait une part plus grande aux textes bibliques et patristiques. Mentionnons, entre tant d'autres, Suarez, « en qui, dit Bossuet, on entend toute l'École », Gajétan, Bellarmin ; au xvne siècle, les savants Petau et Thomassin, Bossuet ; au xvme, Billuart, saint Alphonse de Liguori ; au xixe, Gousset, Perrone, Franzelin, Mœhler et Newman ont mis fortement en relief l'idée si féconde du développement dogmatique. L'apologétique, un peu négligée depuis Pascal mais prospère depuis cent ans (Chateaubriand, Lamennais, de Bonald, Lacordaire, Dechamps, Didiot, Weiss, etc.), tend à se constituer en science distincte de la théologie ; sans sacrifier les preuves externes, elle s'attache volontiers, de nos jours, à montrer comment le catholicisme, seul, répond merveilleusement aux aspirations de l'âme humaine et aux besoins de la société, (Maurice Blondel, Brunetière). De savants dictionnaires : Dictionnaire de théologie catholique (Vacant, Mangenot), Dictionnaire apologétique de la foi catholique (d'Alès) sont en voie de publication.

L'exégèse catholique a produit d'excellents travaux avec Maldonat, Cornélius a Lapide, Richard Simon, qui fut, on l'a dit, un initiateur; et, de nos jours, avec le P.Lagrange, directeur de la Revue biblique, M. Vigouroux, directeur du Dictionnaire de la Bible, et la pléiade de travailleurs estimés qui collaborent à ces grandes œuvres. La méthode historique est de plus en plus employée par les exégètes catholiliques ; le Saint-Siège n'en condamne pas l'usage prudent, pourvu, toutefois, que l'autorité de l'Église et ses interprétations scripturaires soient respectées. L'encyclique Provi-

de ntiss imus Deus (1893) de Léon XIII et les décisions de la Commission biblique préserveront les croyants d'erreurs qui seraient très préjudiciables à la foi chrétienne.

Les historiens ecclésiastiques de grande valeur ne sont pas moins nombreux, et leurs ouvrages, autant que ceux des exégètes catholiques, ont victorieusement lavé l'Église des accusations portées contre elle par les protestants et les rationalistes. Il suffira de rappeler les noms, particulièrement illustres, de Mabillon, de Le Nain de Tillemont, de Hefele, de H ergenrœther, de Kraus, de Funk, des Bollandistes, de Mgr Duchesne. « Dieu n'a pas besoin de nos mensonges, » aimait à répéter le pape Léon XIII, tandis qu'il encourageait l'étude impartiale et sincère de l'histoire et qu'il ouvrait à tous les archives inexplorées du Vatican. Le passé, loyalement interrogé, a prouvé que l'Église n'est pas une corruption de l'Évangile et que nulle institution ne lui est comparable. — A l'histoire se rattachent l'hagiographie, l'archéologie, et, par quelque côté, le droit canon et la liturgie. Toutes ces sciences ont fait de grands progrès : les collections, les recueils très estimables se sont multipliés ; de Rossi, le P. Delattre, le P. Scheil sont justement célèbres ; le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (Cabrol et Leelercq) et le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques- (Baudrillart, Vogt et Rouziès), si richement documentés, comptent de nombreux lecteurs. L'histoire des religions, longtemps négligée, est, elle aussi, cultivée avec ardeur : le public s'y intéresse et les bons travailleurs ne manquent pas. De nos rangs, enfin, sont sortis ces hommes éminents, ces inventeurs, qui s'appellent de Lapparent, Branly, l'abbé Rousselot, etc. Leurs découvertes ne prouvent-elles pas au monde que l'Église ne se désintéresse aucunement des sciences profanes elles-mêmes et que la science et la foi peuvent fort bien vivre ensemble dans le même esprit, bans qu'il y soit besoin de « cloisons étanches > ?

Pour n'être pas trop incomplet, je dois mentionner encore les vastes recueils que l'Allemagne ou l'Amérique ont publiés : Kirchenlexicon, Catholic Encyclopœdia ; la renaissance philosophique, néo-thomiste, qui, sous l'impulsion de Léon XIII, s'est produite en Italie, en Belgique, en

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