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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

France, et qui nous a valu déjà de solides travaux, où la tradition chrétienne s'allie à la science contemporaine la plus avertie et la plus exigeante (Liberatore, Mercier, Peillaube, etc.) ; le mouvement littéraire et artistique, si fécond, si large, tout à la fois ancien et moderne, qui a illustré notre xvne siècle classique et a suscité la renaissance chrétienne du siècle dernier. Ici comme ailleurs, se manifestent avec éclat la sagesse de l'Église, ennemie de tous les excès, et aussi la grande liberté qu'elle accorde à ses membres en tout ce qui n'est pas un danger pour leur foi ou leur vertu.

43. Ce mouvement intellectuel, si fécond, est entretenu, parmi les fidèles ou au sein du clergé, par de nombreux périodiques, universellement appréciés. Surtout, il est à croire que nos universités libres ou nos facultés de théologie catholique, formant l'élite intellectuelle aux méthodes scientifiques, en assureront la bonne direction en même temps qu'elles y donneront une impulsion toujours nouvelle.

L'Église sait que l'enseignement supérieur joue un rôle décisif : c'est lui qui façonne les maîtres, et c'est souvent de lui que viennent les idées qui mènent le monde. C'est pourquoi, partout où elle l'a pu, partout où la puissance civile lui en a laissé la liberté (en 1875 seulement pour la France), elle a fondé des universités dont elle garde la direction suprême et qu'elle anime de son esprit. Il en est sorti des milliers d'hommes cultivés, prêtres et laïques, qui ont rendu les plus grands services à la société et qui ont honoré la religion chrétienne.

L'Église n'a cessé de revendiquer également la liberté de l'enseignement primaire et secondaire. Sous l'ancien régime, ses collèges, très florissants, étaient pour la plupart entre les mains des Jésuites et des Oratoriens, et les «petites écoles », gratuites souvent, établies dans la plupart des paroisses, trouvaient des maîtres dévoués dans les Frères de saint Jean-Baptiste de la Salle et bien d'autres congrégations enseignantes. Leurs ennemis réussirent à les disperser et à créer le monopole de l'enseignement. Il fallut, en France, presque un demi-siècle de luttes, toute l'éloquence de Montalembert, toute l'activité des évêques et des journalistes catholiques pour

arracher à l'Université la liberté qu'elle s'obstinait à nous refuser. Enfin, le 14 janvier 1850, la loi Falloux était votée. Les représentants du clergé prenaient place dans le Conseil supérieur de l'Instruction publique et dans les Conseils d'Académie; les particuliers, sous certaines conditions, obtenaient le droit d'ouvrir des écoles libres, secondaires aussi bien que primaires. La liberté de l'enseignement primaire existait déjà depuis le vote de la loi Guizot (1833).

L'Église sut trop bien profiter de ces libertés précieuses : ses élèves avaient trop de succès dans les examens, trop de chrétiens convaincus sortaient de ses écoles, pour que nos ennemis, pris de peur, ne cherchassent pas les moyens de mettre fin à une telle situation. Se déclarant incapables de soutenir la concurrence de l'Église, ils recoururent à leur arme préférée, la violence. En 1879, on enlève aux universités libres le droit de participer à la collation des grades ; en 1880, on s'attaque aux maîtres de l'enseignement secondaire, aux membres des congrégations non autorisées; en 1882, le programme de l'enseignement primaire est laïcisé ; en 1886, l'enseignement primaire public est interdit aux religieux; en 1901 et 1904, tous les congréganistes enseignants sont dispersés et la porte des écoles libres elles-mêmes leur est fermée^ L'enseignement libre a souffert de ces lois persécutrices; mais, comme il subsiste encore et que Dieu et l'Église continuent d'y recruter des serviteurs dévoués, les sectaires qui détiennent le pouvoir et la francmaçonnerie qui les dirige méditent de rétablir, brutalement ou hypocritement, le monopole.

Plus d'écoles privées ; rien que des écoles laïques, neutres. Leur programme de déchristianisation de la France le veut ainsi. Les catholiques l'ont compris. Aussi ouvrent-ils des écoles libres partout où ils le peuvent. Ils demandent, au surplus, que les écoles publiques n'abusent pas d'une neutralité funeste et mensongère pour ruiner la foi dans l'âme des enfants qui les fréquentent. A l'exemple des papes qui, maintes fois, ont condamné l'école neutre et n'en ont toléré la fréquentation qu'à contrecœur, les évêques de France, dans une lettre collective, en date du 14 septembre 1909, ont rappelé aux parents chrétiens leurs droits et leurs devoirs et dénoncé un certain

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