‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 266 sur 306 · XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS · texte numérisé non relu

XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

nombre de manuels, employés dans les écoles publiques, qui attaquent la doctrine chrétienne et dénaturent le rôle historique de l'Église. Des associations de chefs de famille se sont formées pour surveiller les écoles de l'État, et l'idée de la répartition proportionnelle scolaire commence à pénétrer dans les esprits.

L'histoire récente de l'enseignement libre en Belgique et en Hollande est faite pour inspirer confiance aux catholiques français. Grâce à l'énergique opposition des catholiques, la loi « de malheur » qui, en Belgique, supprimait l'enseignement du catéchisme dans les écoles officielles a été abrogée (1884), et il est question d'accorder à toutes les écoles des subventions publiques. La Hollande le fait déjà. Il semble bien que cette solution, si équitable, si libérale, ait chance de rallier, tôt ou tard, les suffrages de tous les esprits sincères et pacifiques. « L'école neutre est une exception dans le monde civilisé (1). » L'idéal à poursuivre actuellement est la séparation de l'école et de l'État, la liberté de l'enseignement à tous ses degrés, et la répartition proportionnelle des subsides publics : en travaillant à le réaliser, nous préparons pour tous un avenir de paix et de justice.

44. Pour obtenir les réformes désirables, les catholiques sont obligés, comme les autres citoyens, de « faire de la politique ». L'Église — Léon XIII l'a rappelé fortement (1892) — n'est pas inféodée à la monarchie, pas plus qu'à aucun autre régime, et ce n'est pas pour changer la forme du gouvernement de leur pays que les catholiques, comme tels, se mêleront aux luttes des partis. Mais s'ils sont maltraités à cause de leur religion, si leurs croyances, leurs prêtres, leurs religieux, leurs enfants, le pape sont mis hors la loi ou ont à subir des lois d'exception, dans ces cas ils useront de leurs droits politiques pour obtenir justice. Les Ligueurs étaient en droit de fermer la voie du trône à un prince hérétique; l'Association catholique, créée et dirigée par O'Connell, de préparer l'émancipation des catholiques d'Irlande et d'Angleterre ; le Centre allemand, sous la conduite de Windthorst, détenir tête

(1) L. Marion, op. cit., t. ni, p. 767.

à Bismarck et de l'amener à Canossa ; les catholiques belges, de renverser Frère-Orban du ministère ; les catholiques français, de combattre M. Combes ou M. Briand. Ils peuvent politiquement user de leur bulletin de vote pour assurer l'élection de représentants catholiques ou, du moins, respectueux des droits de leur conscience, comme aussi pour changer une législation inique que l'on proclame intangible en dehors de toute raison : ce n'est pas là s'attaquer à la constitution de leur pays ni faire acte de révolutionnaire. J'ajoute que tout citoyen catholique aie droit, comme quelque autre citoyen, de préférer une forme de gouvernement et, si des intérêts supérieurs ne l'en l'empêchent pas, de travailler honnêtement à l'établir dans son pays. — Il peut se faire aussi que le bien souverain de l'Église et l'obéissance qui lui est due, interdisent, ici ou là, aux catholiques de prendre part à la politique du royaume : c'est le cas en Italie où, depuis 1870, depuis que la spoliation des États de l'Église s'est achevée par la prise de Rome, la règle du non expedit a été imposée aux fidèles. On sait, du reste, que cette règle ne va pas sans quelques accommodements dont le Saint-Siège reste juge.

45. L'action sociale de l'Église, enfm, aux derniers siècles, ne s'est pas ralentie. Depuis que le Sauveur a laissé tomber de son cœur et de ses lèvres le Misereor super turbam et qu'il a ordonné aux chrétiens d'aimer leur prochain comme eux-mêmes, l'Église, qui n'a jamais accepté d'être une simple « gendarmerie religieuse », n'a cessé de travailler à améliorer le sort des petits et à rappeler à tous, sujets et princes, leurs devoirs de justice et de charité.

Sous l'ancien régime, le clergé fait, généralement, de ses biens le meilleur usage, car c'est à lui qu'incombent* les dépenses non seulement du culte, mais encore de l'instruction et de l'assistance publiques. Rien de ce qui peut améliorer la condition des humbles ne lui est étranger : les évêques créent et propagent les assurances contre l'incendie, établissent le prêt gratuit ; grâce à l'un d'entre eux, de Barrai, la pomme de terre est cultivée dans tout le pays de Castres plusieurs années avant que Parmentier en ait popularisé la culture en France. On sait avec quel désintéressement, dans la nuit du 4 août, le clergé

Page 1