‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 31 sur 306 · XI. LA RELIGION p'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION p'iSRAEL

II Sam., xi; xii); la pureté de la vierge est protégée (Ex., xxn, 16, 17); le Décalogue atteint jusqu'aux pensées et désirs mauvais (Ex., xx, 17) ; — le respect du bien d'autrui: les lois de la restitution sont sévères (Ex., xxi, 36 ; xxn, 1-3), et il faut souvent réparer les méfaits involontaires (Ex., xxi, 33, 34, 35; xxn, 5, 6, 7-15); — le respect de la vérité: le mensonge et le faux témoignage sont rigoureusement interdits (Ex., xx, 16 ; xxm, 1, 2 ; Deut., xix, 15-21) ; les juges surtout ne se doivent laisser guider que par la justice (Ex., xxm, 6-8). — Enfin le Gode de l'alliance prend en considération les éléments les plus faibles de la société, l'étranger (Ex., xxn, 21 ; xxm, 9), le pauvre (Ex., xxn, 25, 26, 27 ; xxm, 10, 11), la veuve et l'orphelin (Ex., xxn, 22-24) ; il sauvegarde jusqu'aux intérêts de l'ennemi (Ex., xxm, 4, 5). L'on ne saurait méconnaître la grandeur de ces exigences ; elles furent sans doute bien souvent méconnues, puisqu'au vme siècle les prophètes réformateurs reprochèrent si sévèrement à Israël d'avoir perdu de vue l'idéal moral que Yahweh lui imposait.

72. Lois écrites et coutumes, lois religieuses et lois civiles, se présentent avant tout comme des volontés de Yahweh (II Sam., xm, 13) sans que l'on songe à distinguer entre un droit naturel et un droit positif. Elles réclament l'obéissance, plus agréable à Dieu que les sacrifices (I Sam., xv, 22, 23). Le péché qui en est la violation apparaît comme une révolte (1). Fidélité et désobéissance sont objet d'une rémunération d'autant plus précise que l'idée de la justice rétributive de Dieu est plus affinée. Elle s'est exercée dans le déluge pour le châtiment de l'humanité tout entière (Gen., vi, 5-7) ; Sodome et Gomorrhe ont été détruites pour leurs crimes (Gen., xvm, 20-32 ; xix) ; les triomphes et les détresses d'Israël sont en rapport avec sa justice ou ses infidélités (Jud., n, 14, 15, 20-23 ; m, 7, 8, 12-14; etc.). Même le sort fait à Noé (Gen., vi, 8, 18) et à Lot (Gen., xix, 15-22), le dialogue de Yahweh avec Abraham (Gen., xvm, 22-32), témoignent

(1) Tel paraît être le sens des termes qui désignent le péché pêsa\ rêsa' et même haUà'àh, "àwôn.

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que Dieu ne veut pas envelopper l'innocent dans la punition du coupable. Mais c'est surtout la rétribution individuelle qui importe. Elle s'exerce pour ainsi dire à deux degrés. La société doit châtier la violation des lois qui assurent sa prospérité; le livre de l'alliance se présente sous la forme d'un code pénal (Exod., xxi, 12,14,15,16, 17, etc.). Mais Yahweh se réserve de compléter l'œuvre des hommes ou au besoin d'y suppléer. Au juste il accorde la richesse et la gloire (Ps. i, 3, ; xxxiv, 10, 11; cxn, 3; cxxvni, 2), la sécurité (Ps. xxxvn, 18, 25), une longue et heureuse vieillesse (Ps. xxxiv, 13-15; cxxvm, 6) ; il lui assure une postérité glorieuse pour perpétuer son souvenir (Ps. cxn, 2, 6; cxxvm, 3). Quant au méchant, il a pour sa part l'insuccès (Ps. i, 5), les catastrophes (Ps. xxxi, 18). ; sa fin est soudaine (Ps. xxxiv, 22 ; xxxvn, 1,2, 10) [et sa vie est courte (Ps. lv, 24; lxxiii, 19). Le repentir toutefois peut adoucir la rigueur du châtiment, ainsi que le prouve l'exemple de David pécheur (II Sam., xii, 13, 14). Ce que nous avons dit de la vie d'outre-tombe nous invite à placer plutôt sur la terre le lieu delà rétribution. Sans doute le repos du èe'ôl peut paraître une faveur désirable au juste que la souffrance exaspère (Job, ii, 20-22), tandis que la rapidité avec laquelle ils y descendent compte pour le châtiment des impies (Prov., v, 4, 5 ; vu, 27 ; Ps. lv, 16 ; xlix, 15) ; mais on n'insiste guère sur la différence que, prise en ellemême, la condition de la vie d'outre-tombe établit entre les bons et les méchants. Il semble toutefois qu'il y ait des profondeurs redoutables pour les grands criminels (Prov., ix, 18); quant à ses meilleurs serviteurs, — on ne parle que d'Hénoch et d'Élie — Yahweh les soustrait à la mort et les prend avec lui (Gen., v, 24 ; II Reg., n, 11-14).

73. Nous n'aurions pas une idée juste de la religion d'Israël avant le vme siècle, si nous ne parlions des infiltrations des cultes étrangers dans le Yahwisme une fois constitué. Il ne s'agit pas seulement des tentatives faites pour assimiler à la religion nationale telles ou telles coutumes païennes : en plus de tout ce que nous avons déjà mentionné, le culte cananéen fournit ses superstitions, ses

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divinations, ses évocations et sa magie (Deut., xvm, 9-11 ; I Sam., xxvni, 7-20); il fournit le hideux cortège de ses courtisanes sacrées (Deut., xxm, 18) et de ses efféminés (Deut., xxm, 18 ; I Reg., xiv, 24 ; xv, 12 ; xxn, 47; II Reg., xxm, 7). Mais, en d'autres circonstances, il fournit bien davantage, et Ton put revoir le culte de Baal en honneur sur cette terre d'Israël de laquelle il avait été expulsé. Les deux principaux cas furent ceux des temps de Salomon et d'Achab. Ces monarques — le premier surtout (1) — ne songeaient pas à abandonner Yahweh ; mais, victimes de préjugés qui tenaient de ce que nous appelons Thénothéisme, ils tolérèrent que leurs alliés, et surtout leurs femmes, élevassent des sanctuaires à leurs dieux dans Jérusalem ou Samarie. Rien de plus que cette tolérance sympathique ne semble reproché à Salomon (I Reg., xi, 4-8). Achab poussa le relâchement beaucoup plus loin; il offrit lui-même ses hommages à Baal dans le temple qu'il lui avait fait bâtir en sa capitale (I Reg., xvi, 31-33); il fut même assez faible devant Jézabel pour la laisser détruire les autels de Yahweh (I Reg., xix, 10, 14), persécuter et mettre à mort les prophètes (I Reg., xvm, 13 ; xix, 10, 14).

74. En terminant cette esquisse, nous ne pouvons manquer de reconnaître tous les dangers que les imperfections inhérentes au culte officiel de Yahweh, tel qu'on le pratique en Israël et en Juda, les alliances grossières qu'on lui impose, font courir à la révélation du Sinaï. Mais voici qu'au nom d'Achab s'associe celui d'Élie et qu'avec celui-ci commence la série des grands prophètes réformateurs. Depuis Moïse jusqu'à eux, toute une série d'hommes de Dieu s'est plu à se détacher des influences néfastes pour vivre des souvenirs de l'Horeb, garder les enseignements que Dieu a confiés au fondateur de la nation et les faire fructifier; les noms de Samuel, de Nathan qui fit trembler David adultère, de Gad, d'Ahias, dominent cette tradition prophétique, dont beaucoup d'inconnus constituent

(1) On ne peut imaginer un tel abandon de la part de celui qui avait construit le temple ; quant à Achab, il donna à son fils un nom théophore, il l'appela Ochozias.

les chaînons. C'est par eux tous que la bonne nouvelle est parvenue à ces grands inspirés du vme siècle qui, sans prétendre rien innover, ont si vigoureusement lutté pour ramener leurs contemporains à un plus juste sentiment de la religion des ancêtres.

La réforme prophétique jusqu'à l'exil rarylonien

75. La période dans laquelle nous entrons commence, à proprement parler, avec la mission du prophète Amos, vers le milieu du vme siècle; elle se termine en même temps que la carrière du prophète Jérémie, quelques années après la prise de Jérusalem et la ruine de Juda en 586. Les documents qui permettent de retracer l'histoire religieuse de cette époque sont nombreux et féconds en renseignements précis. Ici encore il faut mentionner l'Hexateuque, ou mieux l'un des livres qui le composent : le Deutéronome, dont la découverte en 622 exerça une si grande influence sur la réforme exécutée par Josias. La partie des livres des Rois qui retrace l'histoire d'Israël depuis l'avènement de Jéhu, et celle de Juda depuis l'avénement de Joas, constitue une source de premier ordre. Toutefois les écrits de beaucoup les plus précieux sont les œuvres mêmes des prophètes réformateurs : au vme siècle, Amos et Osée en Israël, Isaïe (i-xxxix) et Michée en Juda; au vne siècle, Jérémie, Sophonie, Nahum et Habacuc. On a sans doute agité la question d'authenticité pour beaucoup de fragments de ces livres, en particulier de ceux d'Isaïe, de Michée, de Nahum et d'Habacuc ; mais, outre qu'il reste assez de prophéties d'origine incontestée pour reconstituer une histoire très sûre du mouvement religieux, la critique, même la plus indépendante, semble en voie de revenir à des conclusions de plus en plus modérées. A côté de ces documents bibliques, on ne saurait négliger les textes cunéiformes, au moins les annales des ro's, qui, à cette date, gouvernèrent l'Assyrie, Téglathpha-

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