‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 33 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

rection (Jer., xxv, 12 ; Is., xiv, 1, 2). Il y a surtout le magnifique ensemble des prophéties messianiques se rapportant au salut d'Israël et de l'humanité (Am., x, 11-15 ; Os., ii, 14-24; m ; xiv, 2-9; Is., n, 2-4 ; iv, 2-6 ; vi, 13b; xi, 10-16; etc.) ainsi qu'à la personne auguste de celui qui doit le procurer (Is., vin, 23-ix, 6 ; xi, 1-9, etc.).

84. Le moment venu de prononcer leurs oracles, les prophètes se contenteront rarement de répéter au peuple ce que Yahweh leur a dit; volontiers, ils y joindront leurs commentaires, leurs explications, leurs exhortations. Tantôt — et ce fut surtout le cas au vme siècle — la parole prophétique se développe en un récitatif très succinct (Is., i ; iv, 2-6), souvent en une petite poésie rhythmée (Is., ii, 2-4 ; xi, 1-9 ; Am., i, 2-n, 16 [poésie à refrain]; iv, 6-11 [item]), qui peut prendre la forme d'une malédiction (Is., v, 8-24), d'une chansonnette morale (Is.,v, 1-7), d'une lamentation, qlnàh (Am., v, 1, 2 ; Jer., ix, 10, 11, 19 ; Ez., xix, ; xxvi, 17 ; xxvn, 2, 3), parfois d'un dialogue (Mi., vi). Tantôt — et surtout dans Jérémie (et plus tard dans Ézéchiel) — on a des discours plus ou moins longs (Jer., ni, 6-iv, 2 ; iv, 5-31, etc.), ou des allégories magnifiquement développées (Ez., xvi; xx ; xxm). Mais certains prophètes ne se contentent pas de parler : au regard de ces Orientaux, si attentifs à tout ce qui est mouvement, ils exécutent des actions symboliques. Une fois Isaïe simplifie son costume et, trois années durant, se promène en cet état pour indiquer au peuple la misère à laquelle les Assyriens le réduiront sans que l'Egypte puisse le sauver (Is., xx). Jérémie usera plus souvent de ce moyen de piquer l'attention (Jer. xm, 1-11; xvm ; xix ; xliii, 8-13), qui sera spécialement cher à Ézéchiel (Ëz., iv, 1-v, 4 ; xn, 1-16 ; xxi, 11, 12, 23-28; xxiv, 1-14, 15-24). Quant à Osée, il tirera parti, dans un sens symbolique, des diverses phases de son mariage malheureux (Os., i, 1-9 ; in ; cf. Jer., xxxn).

85. L'épithète de réformateurs, par laquelle on caractérise fréquemment les prophètes du vme et du vne siècle, ne signifie en aucune manière qu'ils se soient présentés avec des procédés nouveaux pour faire valoir une doctrine nouvelle. Ils apparaissent bien plutôt comme des

tenants de cette tradition qui, de Moïse jusqu'à eux, s'est transmise dans la lignée des inspirés. Aussi n'ont-ils jamais la prétention d'apprendre au peuple quelque chose que jusque-là il eût ignoré ; ils parlent, au contraire, comme s'ils voulaient retirer d'un oubli temporaire des principes admis par tous. Mais, réformateurs, ils le sont en ce que leur action est en perpétuelle antithèse avec la mentalité et les préjugés de leurs contemporains. Or, au premier rang de leurs adversaires ils rencontrent, à côté des rois (Is., vu, 3-16; Jer., xxxvi, 20-26), des grands Jer., xxxvn, 10-14 ; xxxviii, 4-6 ; etc.) et des prêtres (Am., vu, 10-17; Os., iv, 6-10; v, 1-9), d'autres prophètes qui, comme eux, se réclament de Yahweh (Os., iv, 5 ; ix, 17 ; Mi., n, 6, 7 ; m, 5-7 ; Jer., xxm, 9-40, etc.), qui tâchent de frapper le peuple par des discours et des actes symboliques pareils aux leurs (I Reg., xxn, 11, 12). Que sont ces faux inspirés? On leur reproche, à l'occasion, des défauts peu en rapport avec la dignité de la mission qu'ils s'attribuent : Isaïe en a vu associés aux prêtres du Temple pour de honteuses orgies (Is., xxvm, 7-8); Michée en a rencontré qui faisaient de leur ministère un sordide gagne-pain (Mi., ni, 5, 11). Il y a toutefois des griefs dont la portée est beaucoup plus universelle : Michée (Mi., in, 5), Jérémie (Jer., xxm, 14, 16, 26, 32) et Ézéchiel (Ez., xiii, 3, 6, 7,8) accusent les faux prophètes de tromper le peuple en donnant comme parole de Yahweh les rêveries de leur esprit. Mais il est possible de préciser davantage : tandis que les représentants authentiques de la prophétie montrent, dans les malheurs qui frappent le peuple, le châtiment de ses fautes et le prélude de punitions plus douloureuses, les faux inspirés le rassurent ; ils l'entretiennent dans une paix illusoire (Jer., xxm, 17; Ez., xiii, 10, 16), lui annonçant tour à tour et malgré les démentis donnés par les faits (Jer., xxviii, 8, 9), la protection de Yahweh pour le maintenir dans la prospérité (Mi., ni, 11), son intervention pour le retirer au plus tôt du malheur (Jer., xxvn, 9, 14, 16;xxvin, 2-4, etc.). Bref, l'optimisme des uns, le pessimisme des autres, tels sont les deux termes apparents du conflit. Mais, par delà ces deux termes, il y a des différences essentielles qui séparent deux concep-

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