‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 34 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

tions religieuses : Tune toute de routine, de pratiques extérieures, souvent ouverte aux plus graves abus ; l'autre qui pose, à la base de toute religion agréable à Dieu, la réforme morale et la poursuite de l'idéal dont il exige la réalisation et donne l'exemple.

86. Notre but n'est pas d'esquisser l'histoire des prophètes qui se sont succédés au vme et au vne siècle, mais de tirer de leurs écrits les principales des données religieuses qui s'y pressent en si grand nombre.

Tout d'abord, la conception de Dieu nous y apparaît singulièrement agrandie. Déjà Élie, sur le Carmel, a revendiqué contre Baal les droits de Yahweh (I Reg., xvm, 21-39). Mais aussitôt qu'Amos arrive sur la scène, le monothéisme apparaît débarrassé de toutes les vues étroites qui jadis en avaient restreint la portée.

Ce n'est pas que les prophètes de cette période insistent beaucoup sur l'action de Dieu dans la nature ; les anciens Israélites avaient sur ce point des idées assez précises. A l'occasion toutefois, Amos nous montre Yahweh faisant les constellations (Am.,v,8), formant les montagnes, créant les vents (Am., iv, 13), dispensant les pluies (Am., iv, 7, 8) et suscitant les fléaux (Am., iv, 6,9, 10, 11 ; vu, 1-6). D'après Osée, c'est lui encore, et non Baal, qui donne à son peuple le froment et le vin nouveau, l'or et l'argent (Os., ii, 8, 9), qui se trouve au terme des supplications que la terre fait monter vers le ciel pour en obtenir les eaux bienfaisantes (Os.,n, 21, 22). Dans Isaïe, Yahweh apparaît comme le maître des secrets de la nature et les enseigne aux hommes (Is., xxvm, 23-29) ; il se charge, pour les temps messianiques, de changer le désert en verger et la steppe en forêt (Is., xxxn, 15). Enfin, il le déclare à Jérémie, c'est lui qui donne des lois au soleil pour éclairer pendant le jour, à la lune et aux étoiles pour éclairer pendant.la nuit, c'est lui qui soulève la mer et en fait mugir les flots (Jer., xxxi, 35 ; cf. v, 22). Alors que les religions polythéistes attribuent les divers phénomènes cosmiques à autant de dieux différents, de tels aveux sont précieux à retenir.

87. D'autre part, s'il est un lieu commun dans le paganisme, c'est que chaque peuple a ses dieux à lui; en dehors

des frontières de sa nation, chaque dieu n'a d'autre souveraineté que celle que la conquête lui assure. Or, voici que dès la première page d'Amos, Yahweh fait entendre sa voix de Sion (Am., i,2) pour juger les nations, revendiquant ainsi sur elles le plus absolu domaine. Et de fait, tous les peuples qui se meuvent dans l'horizon immédiat d'Israël sont mandés à la barre pour entendre l'arrêt qui les condamne (Am., i, 3-.ii, 3). Il y a plus : dès que la renommée des Assyriens vient à se répandre, jetant partout l'effroi, Amos n'hésite pas à les mettre au service de Yahweh pour le châtiment de son peuple (Am., n, 13-16 ; vi, 14). Toutefois, c'est à Isaïe qu'il appartient d'affirmer en termes précis l'autorité de son Dieu sur les rois de Ninive, et de donner ainsi au monothéisme sa plus magnifique expression. Il blâme Achaz de trembler devant Rasin de Damas et Phacée de Samarie (Is., vu, 4-9 ; vin, 1-4) et de songer à implorer l'appui d'Assur (Is., vu, 17-25) ; c'est de celui-ci, non de ceux-là, que tout est à redouter; un jour viendra où il se répandra dans le pays comme un fleuve débordant (Is., vin, 5-10). Ce jour arriva lorsque, égaré par les politiciens, Ézéchias refusa les tributs à Sennachérib (II Reg., xvm, 7) et se compromit dans la rébellion des Philistins (1). L'invasion assyrienne apparut d'abord comme le châtiment des fautes du peuple (Is., i). Mais le repentir de Juda toucha le cœur de Yahweh (Is., x, 20, 21), cependant que l'orgueil de l'ennemi provoquait sa vengeance (Is., x, 15-19) : au lieu de se regarder comme la verge de Yahweh et l'instrument de sa fureur, Assur ne s'attribuait-il pas à lui-même ses conquêtes et ses exploits (Is., x, 1-14)? Aussi quand, après un peu de temps, son courroux contre Juda sera passé (Is., x, 12, 25), Yahweh retournera sa colère contre Assur et lèvera le fouet contre lui (Is., x, 26, 27); il le laissera avancer triomphant et plein de confiance (Is., x, 28-32) ; puis soudain il l'arrêtera (Is., x, 33, 34) et le fera retourner par le chemin par lequel il était venu (Is., xxxvn, 29, 34). Près d'un siècle plus tard, en annonçant la ruine de Ninive (Nah., n, 1,

(1) Keilinschriftl. BibL, t. n, p. 92-93 : Inscription du Prisme de Sennachérib, col. 3, 1. 69-73.

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