‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 36 sur 306 · XI. LA RELIGION D ISRAËL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D ISRAËL

Yaliweh reprendra vis-à-vis d'Israël les sentiments qui ranimaient aux origines. Son cœur se retournera en lui, ses entrailles s'émouvront ; il ne pourra donner cours à son ardente colère, car il est un Dieu et non pas un homme (Os., xi, 8, 9) : on pense déjà au Dieu est amour de saint Jean (I Joh., iv, 8). Dieu très juste, Dieu miséricordieux, Yahweh va nous apparaître sous un nouveau jour en Isaïe. La vision inaugurale (Is., vi), dans laquelle se trouvent synthétisés tous les enseignements du prophète, met surtout deux traits en relief. C'est d'abord la majesté de Yahweh : dans l'appareil magnifique qui l'environne et qui tient du temple et du palais, il siège avant tout comme un puissant monarque oriental. Il est le Seigneur par excellence, 'adônày (Is., vi, 1). Il est le souverain universel : en exprimant, depuis Michée fils de Yemla, la suprématie qu'il exerce sur les esprits célestes et les astres, l'antique locution Yahweh des armées (Is., vi, 3) servira désormais, dans la littérature prophétique, à formuler la toute-puissance divine ; les Septante n'hésiteront pas à la traduire bien souvent par Kupioç xavToxpaTwp. Mais, de plus, Yahweh est saint; il est très saint, comme l'indique la triple répétition du mot qàdôs (Is., vi, 3). C'est l'idée de transcendance et de séparation qui est d'abord affirmée : le trône élevé, le chœur des séraphins, la terreur du prophète qui craint de mourir pour avoir vu le Roi (Is., vi, 1-5) sont très significatifs en ce sens. Mais d'où vient cette transcendance même? Si Yahweh est inaccessible à Isaïe, c'est que celui-ci participe à la souillure du peuple (Is., vi, 5), à son iniquité, à son péché, (Is., vi, 7), à l'endurcissement funeste qui va être décrit dans la suite (Is., vi, 9, 10); en un mot. si Yahweh est ainsi inaccessible, c'est que sa transcendance s'affirme entre autres choses par sa perfection morale. Toute-puissance et sainteté, sans compter la sagesse dans le gouvernement (Is., xxxi, 1 ; xxxvii, 26-29) et les autres attributs qui se font jour ici ou là, concourent à faire rayonner ici-bas la gloire de celui qui les possède (Is.,vi, 3). C'est bien dans Amos, Osée et Isaïe qu'il faut chercher la partie la plus originale de l'enseignement prophétique à ce sujet. Jérémie revient sur toutes ces idées et les nuance parfois d'une façon très intéressante ; mais c'est

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surtout à mettre en relief le caractère éminemment personnel et vivant de Yahweh qu'il excelle ; nous le redirons ailleurs.

90. Une telle idée de Yahweh, de sa nature et de ses attributs, n'est pas compatible avec toute espèce de culte. Certes, le peuple est loin d'être irréligieux ; les prophètes rendent témoignage à son empressement pour les observances liturgiques (Am., iv, 4, 5). Or, c'est précisément sur ce point que les hommes de Dieu font porter leur condamnation. Amos déclare qu'on ne va à Béthel, à Galgala que pour pécher (Am., iv, 4). Osée, par un de ces jeux de mots qui lui sont familiers, échange le nom de Béthel, «maison de Dieu », contre celui de Béthawen,« maison de péché » (Os., iv, 15; x, 5, 8). Amos et Isaïe déclarent que Yahweh n'a aucun plaisir à l'encens qu'on lui offre (Am., v, 21 ; Is., i, 13), ni aux gestes de la prière (Is., i, 15), que les tueries d'animaux lui sont à charge (Am., v, 22; Os., vin, 13 ; Is., i, 11), les grandes fêtes en déplaisir (Am., v, 21 ; Is., i, 13, 14). Michée enveloppe dans un même anathème Jérusalem, le haut-lieu de Juda, et le péché de Samarie (Mi., i, 5). On peut se demander si les censures d'Amos ou d'Osée ne sont point motivées par le caractère schismatique des sanctuaires du Nord. Il est probable toutefois que d'autres raisons ont exercé plus d'influence sur leurs convictions. A en croire Osée, tous les désordres, superstitions (Os., iv, 12), orgies, obscénités (Os., iv, 13, 14), et jusqu'au culte de Baal (Os., xi, 2 ; xm, 1), trouvent asile à l'ombre des autels. Déjà, par des allusions voilées, Amos avait marqué l'ennui que causait à Yahweh l'emblème sous lequel on l'honorait à Samarie (Am., vin, 14). Le fils de Béeri dénonce sans ménagement la vile idole après laquelle va Ephraïm (Os., v, 11) et qu'il baise avec respect (Os., xm, 2) ; le veau de Samarie, fait d'or et d'argent, provoque le dégoût divin (Os., vin, 4, 5) ; fabriqué par les mains d'un ouvrier, en vain prétendrait-il être un dieu (Os., vin, 6; xm, 2); on verra ce qu'il en est quand il sera mis en pièces par l'ennemi (Os., vin, 6 ; x, 5, 6). Mais à côté de ces griefs spéciaux, il en est un qui s'applique à tout le culte de cette époque, et qui permet aux prophètes de Jérusalem de tenir le

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