XI. LA RELIGION D ISRAËL
même langage que ceux du royaume du Nord. Jérémie l'aura pareillement en vue lorsqu'après la découverte du Deutéronome, il dénoncera la fausse confiance que Ton placera dans ce Temple auquel la réforme de Josias aura donné tant de prestige (Jer., vu, 2-15 ; cf. xxvi, 6).
91. Or ce grief universel, c'est le formalisme sans portée morale dont le peuple se contente si volontiers. La religion exige tout autre chose que cela. Pour Amos, la vraie vie consiste à chercher son Dieu, ce que Ton ne fait pas dans les sanctuaires (Am., v, 4-6); au lieu de fête, il réclame, au nom de son Dieu, que le jugement coule comme l'eau et la justice comme un fleuve intarissable (Am., v, 24). Aux yeux d'Osée, il n'y a dans le pays ni vérité, ni pitié, ni connaissance de Yahweh (Os., iv, 1) ; le peuple périt par oubli de sa loi (Os., iv, 6) ; aussi déclare-t-il que Dieu prend plaisir à la piété et non au sacrifice, à l'obéissance plus qu'aux holocaustes (Os., vi, 6). Qu'avant de présenter ses offrandes, dit Isaïe, Juda se purifie, qu'il apprenne à bien faire, à respecter les droits de l'orphelin et de la veuve (ls., i, 15-17). Surtout Isaïe insiste sur la confiance que l'on doit au maître souverain : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas (ls., vu, 9) ! J'ai mis pour fondement en Sion une pierre éprouvée ; qui s'appuiera sur elle n'aura pas à fuir (ls., xxvin, 16). » Et les prophètes partent de là pour tracer au peuple ses devoirs politiques eux-mêmes. Osée (Os., v, 13 ; vu, 11), Isaïe (ls., xxix, 15, 16 ; xxx, 1-5, 6, 7 ; xxxi, 1-3) et plus tard Jérémie (Jer., n, 18), sont unanimes pour condamner les alliances que le peuple de Dieu contracte avec les puissances voisines, surtout avec l'Egypte. Ce n'est pas sur des raisons contingentes qu'ils fondent ce désaveu. Mais d'une part, le souvenir de Salomon, d'Achab et d'Achaz leur rappelle les dangers que de telles relations font courir à la pureté de la religion ; d'autre part, de tels recours à des auxiliaires humains constituent un acte de défiance visà-vis de celui-là qui seul peut sauver son peuple.
Non seulement Jérémie réclame, comme ses prédécesseurs, qu'à la base de la religion figure une juste connaissance de Yahweh, de ses attributs, de ses exigences; mais il nous fournit le plus bel exemple d'un culte intérieur ainsi
compris. Avec le sentiment si vif qu'il a du Dieu personnel, il sait élever la prière au plus haut niveau qu'elle ait atteint dans l'Ancien Testament. Son oraison est véritablement un entretien avec Yahweh. Il lui expose ses préoccupations, ses difficultés, ses angoisses (Jer., xvn, 14-18; xx, 7-9); il le fait confident des réflexions que lui suggèrent les complots formés contre lui (Jer., xi, 18, 19, 21 ; xvm, 19-23 ; xx, 10-12) ou les arrêts portés contre le peuple (Jer., iv, 10, 19 ; vin, 18-ix, 2 ; xiv, 13) ; il avoue jusqu'à ses murmures et ses commencements de désespoir (Jer., xn, 1, 2, 4 ; xx, 14-18). Puis il implore la souveraine bonté (Jer., vu, 16; xiv, 19-22 ; xvn, 14) et, après avoir attendu avec confiance, il recueille, au fond de son âme et de la bouche même de Yahweh, les consolations qui vont relever son courage (Jer., xi, 21-23 ; xn, 5, 6 ; xiv, 14, xv, 1-9). Il ne manque que l'amour des ennemis (Jer., xi, 20; xii, 3 ; xvn, 18; xvm, 21-23 ; xx, 12) pour que cette prière soit chrétienne.
92. On conçoit que les vrais prophètes n'aient point partagé l'enthousiasme des faux inspirés ; avec de telles conceptions de sa justice et de sa sainteté il est inadmissible que Yahweh puisse aveuglément favoriser son peuple coupable. C'est pourquoi, dès le premier instant, Amos découvre qu'Israël est dans une grande illusion. Grisé par la prospérité du règne de Jéroboam II et par la pompe de ses liturgies, se croyant très agréable à son Dieu, il en attend des bénédictions nouvelles ; il compte sur un jour, jour de Yahweh et jour d'Israël, dans lequel Yahweh lui assurera un triomphe éclatant et à jamais durable sur ses ennemis (Am., v, 18). Or Amos déclare bien haut que, pour lui, le jour de Yahweh ne peut être qu'un jour de détresse (Am., v, 18-20). Il y a trop de méchanceté dans le peuple (Am., m, 9, 10), trop de dénis de justice (Am., n, 6 sv. ; iv, 1 ; v, 7, 10, 11, 12, 15), trop de mollesse, trop de jouissances malsaines (Am., m, 12 ; vi, 3-6), pour qu'on puisse attendre la bénédiction. Aussi bien, qu'Israël y prête attention et, dans les fléaux qui si souvent le frappent, il reconnaîtra facilement les prodromes du châtiment suprême (Am., iv, 6-12 ; vu, 1-9). C'est pourquoi, au regard d'Amos, l'invasion