XI. LA RELIGION D'iSRAEL
dévastatrice est proche (Am., ni, 11 ; vi, 14) ; les autels sont sur le point de tomber (Am., in, 14; ix, 1) à côté des palais (Am., ni, 15 ; vi, 11); le siège, compliqué de la peste, va décimer et réduire la capitale (Am., v, 3, 16, 17 ; vi, 8-10 ; vu, 17) ; ceux qui vont s'échapper par les brèches (Am., iv, 3) vont être emmenés captifs au-delà de Damas (Am., v, 27 ; vi, 7 ; ix, 4).
93. Israël ne sut pas comprendre le berger de Tékué et les vingt dernières années de sa vie nationale furent marquées par la plus désolante anarchie. Osée ne put que stigmatiser des désordres de jour en jour plus criants. Prévarications du culte de plus en plus envahi par les rites vains (Os., iv, 15, 17 ; v, 6, 11) et obscènes (Os., iv, 12-14), de nouveau ouvert aux dieux cananéens (Os., ii, 8) ; vices sociaux, parjure et mensonge, violences et homicides, vol, adultère (Os., iv, 2), luxure et ivresse (Os., iv, 11, 18); alliances néfastes contractées par les politiciens (Os., v, 13 ; vu, 8-12 ; vin, 9); corruption atteignant les classes les plus élevées : les rois de fortune (Os., vin, 4) et les princes que l'on entretient dans le mensonge, l'immoralité et l'orgie (Os., vu, 3-7) ; les prêtres, tour à tour assassins (Os., vi, 9) et voués à l'impureté (Os., iv, 14), vivant des fautes du peuple (Os., iv, 8) et incapables de lui enseigner les lois de Yahweh (Os., iv, 6) ; telles sont les formes de l'iniquité nationale ; aux yeux du prophète qui a célébré les fiançailles de Yahweh avec Israël, elles constituent un acte d'adultère (Os., i, 2-9). Osée l'explique par l'atavisme, par des traditions néfastes qui remontent jusqu'au temps des Juges (Os., ix, 9 ; x, 9), et même avant l'entrée en Terre Promise (Os., ix, 10). Elle est en tout cas arrivée à un tel point qu'elle ne permet plus à Israël de revenir à Dieu (Os., v, 4). Il a beau tenter des retours (Os., vi, 1-3 ; vin, 2) ; sa piété est comme la nuée du matin, comme la rosée qui passe de bonne heure (Os., vi, 4). Aussi est-il mûr pour le châtiment. L'instrument en apparaît d'abord imprécis, et Osée hésite entre l'Egypte et l'Assyrie (Os., vin, 13; ix, 3, 0); mais il n'est bientôt plus question que de cette dernière (Os., x, 6 ; xi, 5). Samarie est vouée à la ruine (Os., x, 7 ; xiv, 1),
après que toutes les forteresses auront été dévastées (Os., x, 14). Alors que déjà la stérilité aura châtié les fautes morales (Os., ix, 11, 12 14), il faudra mener les enfants àl'égorgeur (Os., ix, 13, 16) ; puis, lorsqu'on aura livré au roi vengeur l'idole de Béthel (Os., x, 5, 6), on la suivra sur la terre étrangère pour y manger des aliments impurs (Os., ix, 3) ; on y sera à jamais privé de ces rites si chers que sur la terre sainte on accomplissait en l'honneur de Yahweh (Os., ix, 3). Telles sont les annonces on ne peut plus claires de la catastrophe de 722.
94. Pendant qu'Amos et Osée tenaient ce langage en Israël, Isaïe et Michée parlaient à peu près de même en Juda. N'avaient-ils pas sensiblement les mêmes reproches à adresser ? En Juda aussi l'on pratiquait l'idolâtrie et la magie (Is., n, 6-8, 20), l'on opprimait le pauvre, l'affligé, la veuve et l'orphelin (Is., î, 17 ; ni, 14, 15 ; Mich., ii, 1, 2, 8, 9; ni, 1-4, 9-12); en Juda, les juges faisaient fléchir le droit (Is., v, 23), les riches se livraient à des orgies scandaleuses (Is., v, 11, 12, 22), les femmes développaient un luxe provocateur (Is., ni, 16-23), tandis que les esprits forts blasphémaient Yahweh (Is., v, 18-20). Aussi la vision de ruine se dressait-elle aux regards des prophètes. En vain eût-on essayé de toucher Yahweh par des tueries sans nombre, par le sacrifice même des premiers-nés (Mi., vi, 6, 7) ; Juda ne pouvait retirer son cou du désastre qui le menaçait, et il ne s'agissait rien moins que de la ruine totale et de l'aliénation du pays (Mi., n, 3, 4), Yahweh allait avoir son jour contre tout ce qu'il y avait de puissant dans le peuple (Is., n, 12-16), il allait le plonger dans l'anarchie la plus lamentable (Is., ni, 1-7), y répandre la pauvreté (Is,, v, 5, 6, 9, 10) et la mort (Is., v, 14), humilier l'orgueil et l'arrogance (Is., n, 10, 11, 17, 21 ; v, 25). Mais si le peuple était voué à l'endurcissement et à la ruine, (Is., vi, 9-12), si Yahweh avait répudié sa vigne (Is., v, 1-7), si déjà l'on se souvenait du châtiment de Sodome, (Is., ni, 9; i, 9, 10), néanmoins l'heure de Juda n'avait pas encore sonné. Isaïe le devait dire en une circonstance très solennelle. Il ne devait pas en effet lui suffire, comme aux autres prophètes, de porter des jugements sur l'état général du peuple. Il lui fallut intervenir au nom de Yahweh