‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 39 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

en des circonstances très nettement déterminées. Il le fit d'abord en allant rassurer Achaz effrayé à l'approche des Israélites et des Syriens et le dissuader d'appeler à son secours Teglathphalazar (Is., vu, 5-25). Le roi était trop tiède pour croire à la parole prophétique et aux signes proposés (II Reg., xvi, 7-9). Repoussé par le monarque, parla cour et parle peuple, Isaïe se retira auprès d'un groupe de disciples fidèles qu'il s'appliqua à former selon ses principes (Is., vm, 16-18). Son âme était en proie à de sombres pressentiments (Is., vin, 19-22); ils persévèrent sous le règne d'Ézéchias tant que ce souverain, malgré sa droiture, ne sut pas réagir contre la situation religieuse et politique que son prédécesseur lui avait léguée. On le vit bien lorsque l'armée de Sennachérib arriva en Palestine pour réprimer la révolte du roi. Isaïe ne pensa d'abord qu'au châtiment divin, il parla de fuite, de défaite (Is., xxn, 2-4), de ville démantelée (Is., xxn, 5-8), d'iniquité inexpiable autrement que par. la ruine (Is., xxiii, 14); en même temps il déclarait vains les préparatifs de défense (Is., xxn, 8b-lla) et ne voyait de remède que dans les larmes et le repentir (Is., xxn, 12). Cette fois, Juda crut à Isaïe. Bientôt Yahweh parlait au sujet du roi d'Assur : il ne devait ni entrer dans la ville, ni y jeter une flèche, ni élever contre elle de retranchements (Is., xxxvn, 33). La réalisation de l'oracle acheva, dans l'âme du roi et du peuple, le mouvement de retour vers Yahweh. Ézéchias redoubla de zèle pour la réforme et mérita d'être mis au rang des meilleurs rois (II Reg., xvm, 3, 5, 6) ; il déclara la guerre aux idoles, aux hauts-lieux eux-mêmes; il alla jusqu'à détruire le serpent d'airain devenu l'objet d'un culte superstitieux (II Reg., xvm, 4). La cause si chère aux hommes de Dieu était en plein triomphe.

95. Ce ne devait pas être pour longtemps. Le successeur d'Ézéchias fut le pire des rois de Juda (II Reg., xxi, 1,2) ; il poussa la révolte si loin que sa faute pesa à jamais sur le peuple (II Reg., xxi, 10-15; Jer., xv, 4). Le syncrétisme religieux fut bientôt à son comble. Les hauts-lieux furent rétablis avec leurs emblèmes (II Reg., xxi, 3 ; xxiii, 5, 8) ; le culte de Yahweh fut ouvert aux influences délétères du paganisme, et il y eut place nonseu-

lement pour les ministres de la superstition (II Reg., xxi, 6), mais pour les courtisanes sacrées et les efféminés (II Reg., xxiii, 7). Le sacrifice des premiers-nés fut autorisé par l'exemple du roi lui-même (II Reg., xxi, 6 ; xxiii, 10), et le peuple en arriva à penser que des hommages si sanguinaires pouvaient plaire à Yahweh (Jer.,vn, 31;xix, 5). Bien plus, les cultes étrangers eurent de nouveau droit de cité : ceux de Baal et d'Astarté, (II Reg., xxi, 3, 7; xxiii, 6), puis les religions astrales de l'Assyrie (II Reg., xxi, 3. 5; xxiii, 5, 11). Bref, quand il débuta dans la carrière prophétique, Jérémie put déclarer que Juda avait fait ce qu'on ne voyait ni à Kittîm, ni à Kédar : il avait abandonné son Dieu et changé sa gloire pour ce qui n'est rien (Jer., n, 10-13). Qu'il prît soin de le dissimuler (Jer., n, 23) ou qu'il l'affichât avec bravade, (Jer., n, 25, 31), son adultère était connu de tous (Jer., ii, 20, 22, 23-25), à tel point qu'on ne pouvait croire qu'il pût revenir et rentrer en grâce (Jer., m, 1-5). Jérémie allait jusqu'à le déclarer: Juda n'avait pas su profiter des leçons que lui fournissait l'histoire d'Israël (Jer., m, 6-8), il était devenu plus coupable que lui (Jer., m, 11). Aussi le prophète était-il épouvanté à la vue de ces barbares qui envahissaient l'Asie (Jer., iv, 5, 6) : le fléau de Dieu arrivait en Palestine (Jer., iv, 7 ; v, 15-17); il s'engageait sur le chemin de Jérusalem (Jer., iv, 11-13, 15, 16 ; v, 10); il approchait!... Il n'y avait, cette fois-ci encore, qu'un seul remède, se purifier (Jer., iv, 14). Mais l'espérance était-elle possible en présence d'une prévarication aussi universelle (Jer., v, 1-9; vi, 10-21)? Le prophète était tout bouleversé (Jer., iv, 19) !... Lorsque, vers 628, Jérémie exprimait ces sentiments, ils n'étaient pas sans écho. Depuis 640, Josias (II Reg., xxn, 1, 2) avait remplacé sur le trône Amon (II Reg., xxn, 19-26), le digne fils de Manassé. Trop jeune à son avènement pour agir, — il n'était âgé que de huit ans — Josias se formait l'âme selon le plus pur esprit des prophètes ; il ne rêvait que de ramener son peuple à cet idéal; on s'en aperçut bien aux essais qu'il tenta dès la huitième année de son règne (II Chron., xxxiv, 3-7). Aussi ne perdait-il rien de ce que disait le prêtre d'Anatot. Toutefois un événement d'une impor-

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