XI. LA RELIGION D ISRAËL
(Am., x, 13-14). Non seulement Osée tient le même langage (Os., h, 6, 7, 14-24 ; ni; xi, 8-11 ; xiv, 2-9) ; mais les prophètes du royaume du Sud sont unanimes pour faire participer Israël à la grande espérance (Is., xi, 13 ; Jer., xxxi, 14-22) ; Jérémie lui donne même à cet égard la préséance sur Juda (Jer., ni, 11-13). L'unanimité est pareille quand il s'agit de décrire la prospérité matérielle qui sera accordée à ce dernier. Isaïe nous parle des représailles que Juda exercera sur ses ennemis, lorsqu'il aura été ramené de tous les pays de sa dispersion (Is., xi, 11, 12, 14-16) ; il nous décrit les prodiges qui accompagneront ce retour (Is., xxix, 18), la productivité extraordinaire d'un pays prodigieusement transformé (Is., xxix, 17 ; xxx, 23-26 ; xxxn, 15).
100. Il ne faut pas croire toutefois que les promesses matérielles occupent la place la plus importante dans ces vues d'avenir. La résurrection de Juda n'a d'autre but que de préparer à Yahweh un royaume où son triomphe soit complet, où il soit parfaitement connu, honoré et obéi, où se réalise pleinement l'idéal religieux prêché par les prophètes. Alors, dit Isaïe, humbles et pauvres seront dans l'allégresse, parce que les oppresseurs et les méchants auront disparu (Is., xxix, 19-21), que les insensés et les fourbes n'auront plus leur prestige d'autrefois (Is., xxxn, 4-7). Conquis par les merveilles que Yahweh aura opérées à ses yeux, Israël sanctifiera son nom (Is., xxix, 22-24) et Yahweh fera miséricorde à son peuple (Is., xxx, 18). Témoin de son repentir (Jer., xxxi, 18, 19), il le purifiera de son iniquité, dit Jérémie, et lui pardonnera ses fautes (Jer., xxxi, 34 ; xxxin, 8); il donnera à tous ses enfants un même cœur et une même voie afin qu'ils le craignent toujours, pour leur bonheur et celui de leur postérité (Jer., xxxn, 39). Alors, reprend Isaïe, dans Jérusalem purifiée Yahweh fixera sa demeure et témoignera, par des signes éclatants, de la protection qu'il accorde à son peuple (Is., iv, 2-6). Celui-ci ne pleurera plus longtemps sans être consolé (Is., xxx, 19); il sera d'autre part perpétuellement docile à ceux que son Dieu lui enverra afin de l'instruire (Is., xxx, 20-22). Le principe de cette œuvre de salut sera l'amour de Yahweh pour son peuple ; Osée
(Os., xi, 8-11) et Jérémie (Jer., xxxi, 2, 3, 20) nous en assurent. Osée nous décrit même les procédés infiniment délicats des tendresses divines. Yahweh fera les premiers pas ; il dressera des obstacles pour qu'Israël ne retrouve pas ses amants, il lui en inspirera le dégoût (Os., n, 6, 7). Il l'attirera alors et, pour tout reprendre par la base, le conduira au désert (Os., n, 14) et contractera avec lui de nouvelles fiançailles, basées sur la justice et le jugement, sur la grâce et la tendresse (Os., n, 15-20). Jérémie à son tour parle d'une alliance nouvelle (Jer., xxxn, 40). C'est pour réfuter un proverbe qui sert comme de mot d'ordre pour répandre le découragement. « Les pères, dit-on, ont mangé du verjus, les dents des enfants en sont agacées (Jer., xxxi, 29) », et l'on en conclut qu'il n'y a pas à réagir contre la responsabilité du péché national qui pèse sur la génération présente. Erreur, dit le prophète; c'en est fait du temps des responsabilités collectives ; désormais chacun ne sera plus responsable que de ses œuvres (Jer., xxxi, 30). Aussi bien l'alliance future ne sera plus comme l'ancienne (Jer., xxxi, 31, 32) : Dieu la contractera avec tous les individus admis au royaume ; il écrira sa Loi au dedans du cœur de chacun, se faisant connaître à lui sans intermédiaire (Jer., xxxi, 33, 34).
101. Les perspectives de prospérité matérielle aboutissaient à des revanches sur les nations ; dans le cadre des promesses spirituelles, la conquête des nations se présente sous un tout autre aspect. Juda devient, selon la parole de Jérémie, une source do bénédiction pour les peuples (Jer., iv, 2). Isaïe nous les montre qui accourent à Jérusalem devenue la capitale du monde; ils se pressent à la montagne sainte pour demander à Yahweh de leur faire connaître sa Loi et de les instruire de ses voies (Is., n, 2, 3 ; Mi., iv, 1, 2). Le résultat de ce divin arbitrage est la paix universelle (Is., n, 4 ; Mi., iv, 3, 4).
102. Un royaume ne se conçoit pas sans un souverain. Le véritable roi, dans le nouvel Israël comme dans l'ancien, sera Yahweh ; mais il aura un représentant, pris au sein même du peuple. L'antique race royale ne perdra pas son privilège ; le roi futur sera, lui aussi, de la famille d'Isaïe
Is., xi, 1 ; Jer., xxm, 5; xxxiii, 15), et sa venue donnera