‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 43 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

un lustre nouveau à la ville, par ailleurs si chétive, de Bethléem (Mi., v, 1). Tantôt le prophète parle de toute une dynastie qui recouvrerait sa puissance après l'exil (Jer., xxxiii, 17) ; ailleurs et plus souvent, son attention se concentre sur le représentant de cette lignée auquel seul il sera donné de réaliser les espérances. Le Messie nous apparaît alors entièrement soumis à l'action de Dieu ; l'esprit de Yahweh repose sur lui dans toute sa plénitude, et lui confère sans mesure les dons qui font le juge intègre et le chef de peuple (Is., xi, 2-5 ; Jer., xxm, 5 ; xxxiii, 15) : dons de sagesse et d'intelligence, de force et de conseil, de connaissance de Dieu et de religion (Is., xi, 2). Des titres magnifiques lui sont attribués : il est la Merveille, le conseiller, le Père des âges à venir, le prince de la paix ; on ose l'appeler Dieu fort (Is., ix, 5) ; Jérémie lui donne comme nom propre (Jer., xxm, 6 ; xxxiii, 16) celui de Y ahweh-xidqènû, Yahweh est notre justice (1). Il a pour mission de faire briller la lumière aux parties les plus délaissées de la nation, à ceux qui sont assis dans l'ombre épaisse (Is., vin, 23-ix, 4). Entouré de ses princes (Is., xxxn, 1), il fera plus que qui que ce soit pour assurer le règne de la justice (Is.,ix,6; xi, 3-5; xxxn, 1; Jer., xxm, 5; xxxiii, 15) et de l'éternelle paix (Is., ix, 6 ; xi, 6-8; Jér., xxm, 6 ; xxxiii, 16).

Telles étaient les espérances d'Israël ! De longs siècles devaient s'écouler avant qu'elles ne fussent réalisées.

La religion d'Israël pendant l'exil

103. En dehors de la donnée relative à l'élargissement du roi Jéchonias par Evilmérodach (II Reg., xxv, 27-30 ; cf. Jer., lu, 31-34), les livres historiques ne nous fournissent à peu près aucun renseignement direct concernant la période de l'exil babylonien. Le livre de Jérémie renferme

(1) Ce nom forme antithèse avec celui de Sédécias [sidqi Y ah, Yahweh est ma justice), que le dernier roi de Juda portait si mal.

un bon nombre d'indications précieuses (1). Mais les sources principales d'information sont le livre d'Ëzéchiel et la seconde partie du livre d'Isaïe (2), notamment les chapitres xl-lv.

(1) Cf. : au sujet des Juifs demeurés en Palestine entre 598 et 586, Jer., xxi, xxiv, 8-10; xxvn, xxviii, xxxiv, xxxv, xxxvii-xxxix; — pour les temps qui suivirent le meurtre de Godolias, Jer., xlxlii; — au sujet des Juifs retirés en Egypte, Jer., xliii, xliv; — au sujet des Juifs déportés à Babylone entre 598 et 586, Jer., xxiv, 5-7 ; xxix.

(2) Depuis qu'en 1775, Dôderlein s'est prononcé contre l'authenticité d'Is., xl-lxvi, cette opinion a conquis beaucoup de faveur parmi les critiques et exégètes étrangers à l'Église catholique; on peut dire qu'aujourd'hui ils l'admettent à peu près universellement. On l'a soutenue pendant longtemps en l'appuyant sur des raisons à priori, tirées principalement de l'impossibilité prétendue du miracle intellectuel de la prédiction prophétique. Depuis lors, on a invoqué des arguments plus objectifs, basés sur l'étude de ces oracles, sur les particularités du style et de la doctrine, sur certaines allusions qui semblaient viser, comme des faits contemporains de l'auteur, des événements de l'époque de Cyrus, etc. On place généralement la composition d'Is., xl-lxvi, ou au moins d'Is., xl-lv, aux environs de l'année 540. Un certain nombre d'exégètes catholiques s'étaient montrés favorables à ces conclusions lorsque a paru le décret de la Commission biblique du 27 juin 1908. Il comprend cinq doutes et cinq réponses. En premier lieu, on revendique les droits delà prédiction prophétique contre ceux qui veulent voir, dans les oracles concernant l'avenir, ou bien des récits postérieurs à l'événement, ou bien des prévisions dues à la simple perspicacité de leurs auteurs. Le second doute va plus directement à notre sujet : il condamne l'opinion d'après laquelle Isaïe et les autres prophètes n'auraient prononcé d'oracles que sur les événements qui devaient se réaliser dans un avenir très proche ou du moins peu éloigné ; cette opinion ne saurait se concilier avec la véritable nature des oracles, surtout messianiques et eschatologiques, dans lesquels ces mêmes prophètes ont certainement annoncé un avenir très lointain ; elle ne saurait davantage se concilier avec l'avis commun et unanime des saints Pères affirmant que les prophètes ont pareillement prédit des faits qui ne devaient se réaliser qu'après de longs siècles. La troisième réponse complète la partie théorique des décisions: d'une part, on ne saurait admettre que les prophètes, non seulement en tant qu'ils veulent corriger la méchanceté humaine ou qu'ils prêchent la parole de Dieu pour le bien de leurs auditeurs, mais même en tant qu'ils annoncent l'avenir, aient dû constamment s'adresser, non à des auditeurs futurs, mais à des auditeurs présents ou contemporains, en mesure

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