XI. LA RELIGION D'iSRAEL
104. A partir de 586, les Judéens se trouvent distribués en trois centres distincts. Il en demeure d'abord en Palestine ; leur nombre, qu'il est impossible d'estimer avec quelque précision, est assez considérable pour que Nabuchodonosor n'ait pas jugé à propos de leur adjoindre des' colons étrangers. Au lendemain de la catastrophe, leur misère est profonde ; pour longtemps encore, ils sont, selon le mot d'Ézéchiel, « les habitants de ces ruines là » (Ez., xxxiii, 24) ; les Lamentations expriment les sentiments que pouvait causer à un Juif fidèle le spectacle du Temple démoli, de la capitale dévastée, du pays ravagé ; toutefois les paroles que le gouverneur Godolias (Jer., xl, 9, 10; II Reg., xxv, 24) et Jérémie (Jer., xlii, 9-12 sq.) adresseront au peuple permettent de croire que le mal n'était pas sans remède, et qu'avec un peu de confiance et de persévérance, on pouvait améliorer la situation. De fait, au bout d'un certain temps,, les Juifs de Palestine s'étaient accoutumés à leur état, sans désirer le moins du monde que du dehors on s'occupât d'y porter remède (Ez., xi, 15 ; xxxiii, 24). Les conditions précaires des premiers temps n'étaient pas faites pour favoriser le progrès de la vie religieuse. La ruine du temple n'enlevait pas à
de les parfaitement comprendre; d'autre part et par voie de conséquence, on ne saurait dire que la seconde partie du livre d'Isaïe, danslaquelle le prophète s'adresse, non aux Juifs contemporains d'Isaïe, mais aux Juifs qui pleurent dans l'exil babylonien, leur parlant et les consolant comme s'il vivait au milieu d'eux, ne puisse avoir pour auteur Isaïe, mort depuis longtemps à cette date, mais doive être attribuée à un prophète inconnu, vivant au milieu des captifs. Dans cette partie théorique du décret, il faut surtout noter cette déclaration de laquelle il résulte qu'en toute vérité l'auteur d'Is., xl-lv, parle comme s'il vivait au milieu des exilés ; cela suffît pour que nous devions nous servir de ces chapitres en vue de retracer l'histoire du mouvement des idées religieuses à cette époque. — La quatrième réponse nie que l'argument philologique, tiré de la langue et du style, doive être considéré comme capable de forcer un homme grave, au courant de la méthode critique et de la langue hébraïque, à reconnaître dans le livre d'Isaïe la pluralité des auteurs. Enfin la cinquième réponse nie qu'il existe des arguments assez solides, même considérés dans leur ensemble, cumulative sumpta, pour établir que le livre d'Isaïe ne doive pas être attribué au seul Isaïe, mais à deux ou à plusieurs auteurs.
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la montagne de Yahweh son caractère sacré; on continuait d'y venir en pèlerinage, jusque du territoire de l'ancien royaume du Nord (Jer., xli, 4, 5); mais, en même temps, on levait les yeux vers les idoles, on répandait le sang, on commettait des abominations (Ez., xxxiii, 25, 26). 105. Lorsque, après le meurtre de Godolias, les Juifs de l'entourage de Jérémie, craignant les représailles de Nabuchodonosor, se décidèrent à passer en Egypte (Jer., xliii), ils y trouvèrent un bon nombre de représentants de leur race. Dès le temps de Sargon d'Assyrie, des Israélites s'y étaient réfugiés (1) et étaient peut-être descendus aussi bas qu'Éléphantine ; plus tard, des Judéens semblent avoir pris place parmi les mercenaires des Pharaons (2). Enfin les relations amicales que les politiciens de Jérusalem entretenaient avec la vallée du Nil désignaient celle-ci, comme un refuge tout naturel, aux Judéens que devaient effrayer les invasions chaldéennes de 598 et 588. Des compagnons de Jérémie, les uns se fixèrent dans des localités qui, telles Migdol et Taphnés, étaient proches de la frontière; les autres pénétrèrent jusqu'à Memphis, et peutêtre jusque dans la Haute-Egypte (Jer., xliv, 1). Ils apportèrent en ces divers lieux la mentalité religieuse qu'ils avaient en Palestine; on ne voit pas qu'ils se soient laissés séduire parles rites égyptiens ; mais Jérémie censure, avec une extrême vigueur, le prestige qu'exercent sur eux les cultes assyriens, celui d'Istar en particulier (Jer., xliv). Ils n'oubliaient point pour cela leur dieu national ; les papyrus d'Éléphantine nous montrent la colonie juive, qui s'était fixée en cette ville, objet des mauvais procédés des prêtres de Knoub (dieu bélier), parce que, dans le Temple qu'elle a élevé à Yahweh, elle lui immole des béliers (3).
(1) On peut du moins le conclure assez vraisemblablement des alliances formées par le roi Osée avec l'Egypte (II Reg., xvn, 4) et de la facilité avec laquelle on pouvait se réfugier dans la vallée du Ml.
(2) Le Pseudo-Aristée place la première colonie militaire juive en Egypte sous un Psammétique qui doit être Psammétique II, successeur de Néchao, vers 608. Cf. Swete, An Introduction to the Old Testament in Greek, with an Appendix containing the letter of Aristeas, edited by H. S* J. Thackeray, M. A., p. 521, lig. 13, 14.
(3) Il s'agit des papyrus découverts à Éléphantine en 1907 par