XI. LA RELIGION D ISRAËL
contraste n'avait été affirmé avec plus de force entre la grandeur de Yahweh et la petitesse de celui qui ne devait plus s'appeler que« fils d'homme» (1). Plus encore qu'Isaïe ou Jérémie, Ezéchiel insistait sur les fins que Dieu donnait à son action. En châtiant son peuple et en le sauvant, Yahweh voulait que celui-ci apprît à le mieux connaître (Ez., vi, 7, 13, 14 ; vu, 4, 9, 27 ; xn, 15, 16 ;etc). Mais il voulait en outre que la leçon atteignît les nations ; il voulait que celles-ci, témoins de la magnifique rédemption qu'il procurerait à Israël, reconnussent, dans les événements de 598 et de 586, non l'impuissance d'un dieu à défendre les intérêts des siens (Ez., xxxvi, 13-15), mais la justice avec laquelle il punissait l'iniquité (Ez., xxxvi, 16-19); il voulait que les nations, se faisant une exacte idée du Dieu de Juda (Ez., xxxvi, 20-23), le reconnussent et le saluassent comme le Dieu très saint (Ez., xx, 41 ; xxxin, 16, 23; xxxix, 27), le seul Dieu de l'univers (2). C'est surtout dans les perspectives de restauration (3) que se manifestent les notes distinctives de la prédication ézéchiélienne. Tout d'abord et en vue de ce royaume dans lequel seuls les justes seront admis, le prophète revient sur la justice individuelle (4). Il réfute à son tour (Ez.,
(1) Le sens que cette expression revêt dans Ezéchiel, où elle se trouve si fréquemment, ne saurait être douteux: elle exprime la petitesse de l'homme comparée à la majesté de Yahweh.
(2) D'ailleurs Yahweh poursuit le même but quand il agit directement sur les peuples étrangers ; il se sanctifie au milieu d'eux (Ez., xxvni, 25) et il s'en fait connaître (Ez., xxv, 5, 7, 11, 14, 17; xxvi, 6 ; xxvm, 22, 23, 24, 26 ; etc).
(3) Après avoir affirmé que le salut viendra des captifs (xi, 14- 21; xxxiii, 23-29), Ezéchiel commence (xxxiv) par décrire le soin que Yahweh prendra de son peuple et de toutes ses brebis (1-22), puis il annonce qu'il choisira pour son représentant un descendant de David (23-31). Pour que les captifs puissent revenir en leur pays, Yahweh en exterminera les Édomites qui l'ont envahi (xxxv); le peuple reviendra alors (xxxvi, 1-12), sauvé par son Dieu (13-32) et comblé de toutes sortes de bénédictions (33-38); Israël et Juda seront réunis (xxxvn, 15-28).
(4) Il le fait en diverses manières: par la manière dont il exprime le rôle de sentinelle qu'il s'attribue au début de son ministère (n, 16-21) et après la prise de Jérusalem (xxxiii, 1-9) ; par la manière dont il décrit les fonctions de pasteur que Yahweh rem-
xvni, 2) le dicton qui avait frappé Jérémie : non seulement le fils n'est pas lié par son père, ni le père par son fils (Ez., xviii, 10-20); non seulement chacun n'est responsable que de ses propres actions (Ez., xvm, 4-9), mais il ne sera jugé que pour les dispositions du moment présent (Ez., xvm, 21-29 ; xxxm, 12-20). Tant il est vrai que Dieu désire, non la mort du pécheur, mais sa conversion (Ez., xvm, 32; xxxm, 11) ! D'autre part, s'occupant surtout des individus, Ézéchiel met en relief plus qu'on ne l'a fait jusque-là le travail intime de Dieu au dedans des âmes. Quand les Israélites seront retirés du milieu des nations, Yahweh les purifiera de leurs souillures (Ez., xxxvi, 25) ; à la place de leur cœur insensible comme la pierre, il mettra un cœur de chair, impressionnable aux touches de la grâce (Ez., xi, 19; xxxvi, 26); il leur donnera un esprit nouveau; bien plus il répandra au dedans d'eux son propre Esprit (Ez., xxxvi, 27). Comment dès lors ne seraient-ils pas dociles à ses lois (Ez., xi, 20 ; xxxvi, 27)? Enfin et surtout, dans sa vision de l'avenir, Ézéchiel contemple des horizons successifs qui n'avaient pas frappé les autres prophètes. Gomme eux sans doute, il voit la restauration nationale sensiblement sur le même plan que l'avènement des temps messianiques (cf. Ez., xxxiii-xxxvii). Mais tandis que jusqu'ici l'œuvre divine semblait devoir se réaliser d'un seul coup et atteindre immédiatement son terme définitif, Ézéchiel y découvre deux degrés. Tout d'abord, Yahweh sauve son peuple de l'exil et lui procure une vie, sainte et prospère, mais ni exempte de défaillances, ni entièrement soustraite aux entreprises des ennemis. Il en va de la sorte jusqu'au jour où ses adversaires s'organisent pour un assaut collectif contre le royaume de Dieu. Naturellement celui qui a triomphé de chaque ennemi en particulier sort victorieux de la lutte finale ; à partir de ce jour seulement, le triomphe de Yahweh est complet et à jamais indiscuté (Ez., xxxviii, xxxix).