XI. LA RELIGION D'iSRAEL
les principales. Ce qui distingue le plus complètement Ézéchiel des prophètes qui sont venus avant lui, ce sont les nombreuses affinités de son livre avec divers codes de la Loi. Nous n'irons pas jusqu'à dire, comme quelques-uns de ses commentateurs, qu'en revendiquant les droits de la morale outragée ou de la religion de Yahweh méconnue en ses points les plus fondamentaux, il a surtout pour but de réclamer l'observation de préceptes imposés par la Loi; au moins faut-il constater qu'il met volontiers sur le même rang les exigences les plus sacrées de la loi naturelle et les prescriptions du droit positif (Ez., xvm, 5-9, etc.; xxxm, 25, 26). D'ailleurs, on a la sensation, en lisant ses écrits, qu'il a vécu dans un contact très étroit avec divers codes duPentateuque. Non seulement les spécialistes ont noté les ressemblances très caractéristiques de son style avec celui du Deutéronome et de certains éléments du Gode sacerdotal; mais plusieurs de ses protestations sont nettement inspirées par l'un ou l'autre de ces documents. L'insistance avec laquelle il montre dans les hauts-lieux (Ez., vi,l-7; 11-14; xvi, 16 ; xx, 27-29) la prévarication qui a davantage contribué à provoquer la colère divine est en rapport étroit avec l'impression que la découverte du Deutéronome produisit sur Josias et ceux qui l'entouraient. Ailleurs, il parle des sabbats (Ez., xx, 12, 13, 16, 20, 21, 24), que les enfants d'Israël ont profanés, dans les mêmes termes que le Code sacerdotal (cf. Ez., xx, 12, 20, et Ex., xxxi, 13-17). Mais c'est surtout dans son programme de restauration liturgique que ces points de contact apparaissent plus nombreux. Son livre se termine par une grande vision — la vision de la Jérusalem messianique et de la Terre-Sainte renouvelée (Ez., xl-xlviii) — qui doit être comme le complément de ses prophéties relatives au royaume de Dieu (1). Le prophète y donne une place très grande à la reconstruction du Temple futur (Ez., xl-xlii) et au culte qui devra s'y exercer (Ez., xliii-xlvi) ; or il le fait en des termes tels que l'on a pu établir de très nombreux approchements entre ces ordonnances et celles de la Loi
(1) C'est comme un essai inspiré en vue de la réalisation pratique des espérances exposées dans les chap. xxxiii-xxxvi.
de sainteté (Lev., xvii-xxvi), la partie centrale du grand rituel mosaïque.
110. Ces constatations sont des plus précieuses, car elles nous indiquent les préoccupations religieuses de ces exilés qui subissaient l'influence de l'illustre voyant. L'amour de la Loi tenait une grande place dans leur âme. On le verra, lors du retour, au zèle qu'ils déploieront pour en faire prévaloir les exigences (cf. Esdr., ni; vn-x; Neh., vm-x). On le verra aussi au développement d'une institution appelée à exercer une très grande autorité. Ce n'est pas assez de lire la Loi et de la méditer ; il est nécessaire en beaucoup de cas de l'entendre expliquer. De là l'intervention des scribes. Par ses fonctions, le scribe ou sôp hèr était jadis un haut fonctionnaire de la cour royale, évoquant l'idée d'un secrétaire d'État (II Sam., vin, 17 ; II Reg.,xvm, 18, 37). Dès le temps de Jérémie, toutefois, les scribes ont un rôle plus religieux que civil, et en rapport avec la Loi de Yahweh (Jer., vin, 8, 9) ; sur la terre d'exil, ils vont devenir les hommes versés dans la Loi de Moïse, appliqués à l'étudier et à la mettre en pratique, zélés pour en enseigner les préceptes et les ordonnances aux enfants d'Israël (Esdr., vu, 6, 10). Épris de la Loi comme leur maître, les disciples d'Ézéchiel sentent le poids du crime national qui, depuis les origines, est allé s'aggravant du fait même de la violation des saintes ordonnances (Ez., xvi, xx, xxin); ils comprennent à ce point de vue les réflexions que l'histoire d'Israël a inspirées aux rédacteurs deutéronomistes des livres des Juges, de Samuel et des Rois. Deux sentiments surtout remplissent leurs âmes : celui d'une résignation mélancolique qui va parfois jusqu'à leur arracher des paroles de découragement (Ez., xvin, 2 ; xxxin, 10 ; xxxvn, 11) ; celui d'une foi profonde aux destinées d'Israël et à la proximité du salut. Leur désir est de hâter l'heure de Dieu par la ferveur de leur religion. En terre profane et impure, loin de la sainte montagne, ils ne peuvent ni bâtir de Temple (1), ni offrir de sacrifices, ni même chanter les cantiques de Sion (Ps. cxxxvn, 4)«
(1) Ils sont trop pénétrés de l'influence de la Loi pour faire jamais en Chaldée ce que fera la colonie juive d'Éléphantine.