XI. LA RELIGION D'iSRAEL
Mais il leur est loisible de s'attacher à d'autres pratiques avec d'autant plus d'ardeur. La circoncision demeure, sur les terres de la dispersion, l'une des marques les plus sacrées de l'appartenance à la race privilégiée. Plus que jamais aussi, le sabbat est le signe de l'alliance entre Dieu et Israël ; comme la vie proprement liturgique en est exclue, le repos en devient l'observance fondamentale et de plus en plus rigoureuse (cf. Neh., xm, 15-22). Peut-être que déjà l'on se groupe pour lire la Loi et s'entretenir de la parole de Dieu ; de telles réunions, d'abord dépourvues de tout caractère officiel, seraient le point de départ de l'institution des synagogues. Enfin, pour nous restreindre aux points les plus essentiels, la douleur de l'exil et la pénitence qui en doit hâter la fin trouvent leur expression dans une observance qui prend alors une importance considérable :1e jeûne. Quatre jours de jeûne rappelaient, chaque année, les principaux épisodes de la catastrophe de 586 : le 9 du quatrième mois, on jeûnait en souvenir du jour où Jérusalem avait été prise (Zach., vin, 19 ; II Reg., xxv, 3 ; Jer., xxxix, 2 ; lu, 6) ; le 7 du cinquième mois, on commémorait l'incendie et la destruction du Temple (Zach., vu, 3, 5; vin, 19 ; II Reg., xxv, 8 ; Jer., lu, 12) ; le jeûne qui se célébrait au septième mois (le 7 ouïe 24) rappelait le meurtre de Godolias (Zach., vu, 5 ; vin, 19 ; Jer., xli, 1-3); enfin le 10 du dixième mois on se rappelait le jour où Nabuchodonosor avait commencé le siège de la capitale (Zach., vin, 19 ; II Reg., xxv, 1 ; Jer., xxxix, 1 ; lu, 4).
111. Cependant le temps avançait, et les soixante-dix années prédites par Jérémie touchaientà leur fin. Le moment était venu pour les exilés de faire écho aux voix de salut (Is., xl, 6) qui retentissaient dans la seconde partie du livre d'Isaïe. Les paroles de consolation n'annonçaient-elles point que la servitude d'Israël était finie, que son iniquité était expiée, qu'il avait reçu de Yahweh le double pour ses péchés (Is., xl, 1, 2) ? L'heure n'était-elle pas arrivée où, par le chemin frayé à Yahweh dans le désert, Israël — tel un troupeau conduit par le meilleur des bergers — allait être ramené à Jérusalem par son Dieu lui-même (Is., xl, 3-5, 9-11) ? Certes la bonne nouvelle était consolante ; mais, aux heures de découragement qui n'étaient
pas rares chez les exilés (Is,, x.t .., 27 ; xli. 8-10, 13; xlix, 14), ils n'osaient pas y croire. C'est alors qu'il leur faisait bon lire ce que le prophète disait de la toute-puissance de Yahweh qui voulait les sauver. Jamais homme de Dieu n'en avait parlé avec tant de splendeur. Cette toute-puissance éclate dans la création : c'est Yahweh quia posé les fondements du monde (Is., xl, 21, 28; xlv, 12), qui a étendu les cieux comme un voile (Is., xl, 22 ; xlv, 12), qui a établi la terre et ses productions (Is., xlh, 5), qui l'a formée pour être habitée (Is., xlv, 18), qui donne la respiration au peuple qui y demeure et le souffle à ceux qui y marchent (Is., xlii, 5). Mais de cette toute-puissance, la manifestation qui intéresse davantage le prophète est celle qui a pour objet le gouvernement des nations. Sans doute, Israël est captif de peuples vaillants et redoutables. Mais devant Yahweh les nations sont comme rien, il les compte pour néant et vanité (Is., xl, 15, 17) ; il peut anéantir les puissants, exterminer les juges de la terre (Is., xl, 23). Aussi dirige-t-il à son gré les mouvements des peuples. L'une des preuves de son irrésistible autorité est la sûreté avec laquelle il prédit ce qui doit arriver et le réalise à date fîxe(Is., xli, 21-24; xliii, 8-13); déjà les exilés ont pu voir avec quelle exactitude se sont accomplies les premières prédictions ; celles dont l'heure n'est pas encore venue se réaliseront tout aussi parfaitement (Is., xlii,9; xlviii, 1-11). Que surtout Israël prenne attention à celui dont le nom remplit déjà toute l'Asie : Yahweh n'a-t-il pas prédit Cyrus (Is., xli, 26-29)? Il le conduit maintenant, il soumet les peuples à son autorité conquérante (Is., xli, 1-5, 25), il l'appelle à vaincre les ennemis d'Israël, à publier l'édit delà réédification de Jérusalem et du Temple (Is., xliv, 24-xlv, 8). Ces affirmations magnifiques de la souveraineté de Yahweh aboutissent à de puissantes proclamations de son unité : il est vraiment le seul Dieu, et il n'y en a pas d'autre que lui (Is., xliii, 11, 12 ; xliv, 6, 8; xlv, 5, 6 ; etc.). Aussi bien entre-t-il en conflit avec les faux dieux. Ce n'est pas sans raison ; par delà les Chaldéens, Israël captif ne redoute-t-il pas la puissance des vieilles divinités babyloniennes ? Que les dieux fassent donc leurs preuves ! Qu'ils créent quelque chose s'ils en sont