XI. LA RELIGION D'iSRAEL
comme Télu de Dieu (Is., xlii, 1), appelé par lui dès le sein maternel (Is., xlix, 1, 5), pénétré de son esprit, destiné à rendre la justice parmi les nations (Is., xlii, 1). Son apostolat n'aura rien de tumultueux, et sa sollicitude sera sans limite pour tout ce qui est abattu et brisé (Is., xlii, 2, 3a) ; il n'aura d'ailleurs ni trêve ni repos qu'il n'ait établi la justice sur la terre et jusque dans les îles les plus lointaines (Is., xlii, 3b, 4). A certaines heures, il sentira le découragement l'envahir (Is., xlix, 4) ; mais il entendra les déclarations réconfortantes de Yahweh (Is., xlix, 3, 5, 6) : ce ne sera pas assez pour lui de ramener les tribus de Jacob, il est établi lumière des nations, et c'est par lui que le salut arrivera jusqu'aux extrémités de la terre (Is., xlix, 6). Le ministère de la parole toutefois ne suffira pas à procurer ce résultat. C'est en homme de douleurs que le Serviteur consommera son œuvre (Is., l, 6, 7; lui, 2). On le verra méprisé, abandonné, objet d'outrages (Is., lui, 3), brisé par la souffrance (Is., lui, 7), enlevé dans l'oppression (Is., lui, 8a), puis, jusque dans la tombe, confondu avec les méchants (Is., lui, 9). Le vulgaire le traitera comme s'il était frappé pour ses propres fautes (Is., lui, 41'). Mais le prophète, qui connaît sa justice (Is., lu, 9b),voit en lui la victime de nos propres iniquités : il porte nos maladies, il est chargé de nos douleurs, transpercé à cause de nos péchés ; c'est par ses meurtrissures que nous devons être guéris (Is., lui, 4a, 5, 6, 8b). Il s'y résigne et, pareil à l'agneau qu'on mène à la tuerie, il n'ouvre pas la bouche (Is., lui, 7); il consent à être notre victime expiatoire (Is., lui, 10a). C'est ainsi qu'il s'acquiert une existence immortelle, au milieu d'une postérité nombreuse, faite de tous ceux qu'il aura justifiés (Is., lui, 10b-12). La vision si évangélique du Juste souffrant rejoint de la sorte les perspectives que d'autres oracles rattachaient à l'œuvre du Messie triomphant.
115. Telles étaient les idées fécondes qui, sur les bords de l'Euphrate, remplissaient les plus ferventes des âmes juives. Elles furent leur soutien jusqu'au jour où Cyrus anéantit l'œuvre de Nabuchodonosor et libéra tous les captifs que le monarque chaldéen avait ravis à leur patrie.
Le retour d'Israël en Palestine et les origines du judaïsme.
116. La période de l'histoire religieuse du peuple de Dieu qui commence avec l'édit de Cyrus en 536, s'étend jusqu'à la dernière phase de l'activité d'Esdras, vers 398. De nombreux documents s'y rapportent. Ce sont d'abord les livres historiques d'Esdras-Néhémie. Œuvre, à ce qu'il semble, de l'auteur des Chroniques, ils renferment des éléments d'une autorité universellement reconnue : tels, avec le Mémoire araméen relatif à la reconstruction du Temple (1), les extraits des Mémoires de Néhémie (2) et d'Esdras (3) eux-mêmes. Malheureusement ces livres sont très fragmentaires ; ils gardent un silence complet sur des périodes parfois très longues (4) ; de plus l'ordre dans lequel les fragments sont disposés est assez sujet à discussion (5). A côté de cette
(1) Esdr., iv, 8-vi, 18. Il semble qu'il y ait eu en réalité deux mémoires araméens : l'un, représenté dans v, 1-vi, 18, concernant la reconstruction du Temple ; l'autre, représenté dans iv, 8-24, concernant larestauration des murs. De plus, il est possible que certain s versets (tels iv, 24 ; v, 1, 2 [?] ; vi, 16-18) soient dus au chroniqueur lui-même qui, à la date à laquelle il écrivait, pouvait manier l' araméen aussi bien que l'hébreu.
(2) Le Mémoire de Néhémie est littéralement reproduit dans Neh., i, 1-vii, 5 ; xi, 1, 2 ; xn, 31-41 ; xm, 4-31. Il est possible que la liste de Neh., vu, 6-viii, la, qui se trouve aussi Esdr., n, 1-in, 1, ait d'abord appartenu au mémoire de Néhémie. D'autre part une bonne partie de Neh., xi, 3-36 ; xn, 27-30, 42-46 ; xm, 1-3. est rédigée d'après ce mémoire.
(3) Le Mémoire d'Esdras est littéralement reproduit dans Esdr., vn,27-ix, 15, et probablement Neh. ,x, 30-39. D'autre part, Esdr., vu, 1-26 ; x ; Neh., vin, lb-x, 29, sont rédigés d'après ce Mémoire.
(4) Entre Esdr., vi, et Neh.,i, il y a toute une période de près de soixante-quinze ans.
(5) Il est certain que Esdr., iv, 6-23,n'estpasà sa place; il devrait précéder immédiatement Neh., i. M. van Hoonacker, professeur à l'Université de Louvain, a démontré, dans ses études consacrées à la restauration juive (cf. Bibliographie), que la septième année