XI. LA RELIGION D'iSRAEL v
histoire canonique, il y a lieu de ne pas négliger entièrement l'apocryphe, connu dans nos Bibles latines, sous le nom de III Esdras ; il n'est, dans sa plus grande partie, qu'une reproduction de nombreux chapitres des deux écrits ci-dessus mentionnés ; mais Tordre des fragments est assez différent. Les données fournies par les livres historiques ont pour complément celles que l'on peut extraire, très nombreuses, de toute une série de livres prophétiques. Deux d'entre ceux-ci sont datés avec la plus grande précision, à savoir ceux d'Aggée et de Zach., i-viii ; ils se rapportent à la reconstruction du Temple sous Darius (522-516). La seconde partie du livre de Zacharie (ix-xiv) pourrait être contemporaine des premiers essais entrepris en vue de reconstruire les murs de la Ville sainte (1). Quant à Malachie, il n'est pas daté ; mais son contenu permet de l'attribuer avec sûreté à l'époque de Néhémie. Il faut enfin consulter, pour l'histoire de cette période, Is., lvi-lxv, qui renferme beaucoup de renseignements précieux (2).
d'Artaxerxès dont il est question, *Esdr., vu, 7, est la septième année d'Artaxerxès II (398); que, par conséquent, Esdr., vn-x, devait prendre place après Neh., i-xiii, qui rapportent des événements contemporains du règne d'Artaxerxès I. Enfin des exégètes ont prétendu que les textes qui établissaient l'action commune de Néhémie et d'Esdras (Neh., vin, 9; x, 1, d'une part, et, de l'autre, Neh., xn, 35) n'étaient pas très sûrs au point de vue critique; ils ont cru que la Grande Assemblée avait eu pour préliminaire la réforme des mariages et que, par conséquent, Neh., vin-x, devait suivre Esdr., vn-x ; cette opinion est beaucoup moins accréditée que la précédente.
(1) Zach., ix-xiv, se présente avec un titre spécial (ix, 1; on en trouve un pareil, xn, 1 ). De plus, il ressemble assez peu à Zach., i-vm ; il n'y a pas de visions dans Zach., ix-xiv, et, d'autre part, le souci de la datation, si caractéristique dans Zach., i-viii, en est complètement absent. La plupart des critiques traitent Zach., ix-xiv, comme inauthentique ; un grand nombre d'entre eux l'attribuent, en tout ou en partie, à la période machabéenne. M. van Hoonacker (Les douze petits prophètes) en place la composition à la fin du règne de Darius Ier, et y voit l'œuvre du prophète Zacharie. On pourrait peut-être rapprocher Zach., ix-xiv, de la crise qui accompagna, au début du règne de Xerxès, l'échec des travaux entrepris pour la restauration des murailles (Esdr., iv, 6).
(2) Sur la question d'authenticité, cf. supra, p. 96, note 2. Il faut ajouter à ces sources bibliques les Antiquités juives de Josèphe.
117. La ligne générale des faits qui marquent les premiers temps du retour se présente à peu près comme il sait. En 536, une première colonne d'exilés, que Ton ne saurait évaluer avec précision (l),mais qui peut-être ne fut pas très nombreuse (2), quitte Babylone; elle vient à Jérusalem, sous la conduite de Sesbassar, prince de Juda(Esdr., i, 8, 11; v, 16), que Cyrus a établi gouverneur ou péhàh de Palestine (Esdr., v, 15). Le premier souci des arrivants est de pourvoir à la réorganisation du culte de Yahweh (Esdr., i, 3-5); ils rétablissent l'autel des holocaustes (Esdr., m, 2-6), puis commencent les préparatifs de la reconstruction du Temple (Esdr., m, 7-9); la première pierre en est posée au milieu de l'allégresse du grand nombre (Esdr., m, 10-13). Malheureusement les peuples voisins (Esdr., iv, 1-5), surtout les habitants de l'ancien territoire d'Israël (Esdr., iv, 21}), peut-être aussi une partie importante des Juifs demeurés au pays, créent des obstacles aux nouveaux venus ; leurs procédés d'intimidation, leurs dénonciations ont pour conséquence un ralentissement des travaux tel qu'il équivaut à un arrêt complet (Esdr., iv, 4, 5). L'œuvre n'est sérieusement reprise qu'en 520, la deuxième année de Darius, sous l'influence des prophètes Aggée et Zacharie et du grand-prêtre Josué ; grâce à l'activité du nouveau gouverneur Zorobabel (Esdr., v, 1, 2 ; vi, 14 ; Agg., i, 12-15), elle est menée à bonne fin en 515 (Esdr., vi, 15).
La restitution du centre religieux devait avoir pour complément celle de la capitale. Dès le commencement du règne de Xerxès (485), on entreprit, mais sans succès, de rebâtir les murs de Jérusalem (Esdr., iv, 6) ; une nouvelle tentative avorta pareillement dans les premiers
(1) Il n'est pas absolument sûr que les listes d'Esdr., n, et de Neh.t vu, 6-75, se rapportent uniquement au premier retour ; se basant sur divers indices, un assez grand nombre de critiques estiment que ces listes de rapatriés renferment plusieurs caravanes conduites successivement par les chefs dont les noms figurent Esdr., n, 1 ; Neh., vu, 6.
(2) C'est ce que l'on serait tenté de conclure du peu de place que les rapatriés paraissent tenir dans les préoccupations d' Aggée et de Zacharie.