‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 52 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

temps d'Artaxerxès (465 ; Esdr., iv, 7, 23); dans les deux cas, l'échec était dû aux dénonciations faites aux rois de Perse par les ennemis des Juifs (Esdr., iv, 6-23). Enfin, la vingtième année d'Artaxerxès (445), Néhémie quitta Suze avec toutes les autorisations voulues (Neh., ii, 1-9) et, malgré l'opposition de tous les adversaires des rapatriés (Neh., n, 10, 19, 20 ; iv ; vi, 1-14, 16-19), il put en très peu de temps (Neh., vi, 15) réparer les brèches que le siège de 586 avait faites aux murs de la Ville sainte et que le temps avait agrandies (Neh., i, 3; n, 11-18). Dans un second voyage, qu'il fit de Suze à Jérusalem peu après 432 (Neh., xm, 6,7), le patriote réforma quelques abus d'ordre civil et d'ordre religieux (Neh., xm, 4-31).

Mais le grand réformateur religieux fut le prêtre-scribe Esdras. L'état actuel des textes suppose qu'Esdras et Néhémie ont d'abord travaillé de concert ; d'autre part, une mission réformatrice du prêtre-scribe (Esdr., vn-x) se place à peu près certainement l'an 7 d'Artaxerxès II, soit en 398. L'acte le plus important de la réforme d'Esdras est la Grande Assemblée que le récit de Neh., vm-x, semblerait placer vers 444 ; c'est là que fut proclamée la charte du Judaïsme.

118. Les vicissitudes de la vie religieuse contribuent à faire de l'époque que nous étudions une période de transition. Certains traits sont particulière mont caractéristiques.

Les prophètes préexiliens et ceux qui avaient exercé leur ministère pendant la captivité avaient présenté à peu près sur un même plan le retour en Palestine, une restauration nationale fort glorieuse et l'avènement de l'ère messianique. Les faits qui se déroulèrent de 536 à 380 parurent donner à ces prédictions un cruel démenti. Durant toute cette période, les Juifs revenus de Chaldée se virent contrariés dans toutes leurs entreprises. Ils se trouvèrent en butte aux attaques des peuples voisins (Ez., xxxv, 10-13 ; xxxvi, 1-12) qui, ayant profité du dépeuplement du territoire de Juda pour s'y installer, voyaient avec peine ces arrivants qui allaient les déposséder. Ils avaient aussi à compter avec les Juifs demeurés en Palestine. Ceux-ci admettaient difficilement que les exilés

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s'attribuassent la part principale dans l'œuvre de la restauration (Ez., xi, 15 ; xxxm, 24) ; ils redoutaient le rigorisme religieux des Juifs de Chaldée ; finalement les bonnes relations qu'ils entretenaient avec les peuples voisins (Esdr., ix, 1, 2 ; Neh., vi, 17-19; xm, 4, 5) les amenaient à partager les préjugés de ces derniers contre les rapatriés. L'effet de toutes ces influences fut, pour ceux qui croyaient à la réalisation immédiate des grandes espérances, un état des plus précaires.

119. Il en résulta plusieurs fois une terrible dépression. On la vit se manifester lorsque, après la reprise des travaux du Temple, une nouvelle dénonciation fut envoyée à Darius par le gouverneur de Transeuphratène (Esdr., v, 3-17; cf. Agg., n,3, 4); elle se renouvela quand, deux fois de suite, les tentatives faites pour reconstruire les murs aboutirent à un échec (1). L'attitude, d'abord si craintive, de Néhémie laisse suffisamment entendre combien à son arrivée la situation était pénible (Neh.,n, 11-15). Toutefois les prophètes ne se laissaient pas abattre. Ils jugeaient trop facile l'explication des délais divins. Sans doute l'oeuvre du salut était différée ; mais, si le péché national et séculaire pesait encore sur la race, c'est qu'elle ne s'était pas suffisamment attachée à son Dieu. Il fallait revenir à Yahweh, disait Zacharie, pour queYahweh revienne à Israël (Zach., i, 3) ; il ne fallait pas imiter l'endurcissement des pères qui avaient résisté aux prophètes anciens (Zach., i, 4) ; il fallait unir aux jeûnes et aux autres pratiques de deuil, la recherche de cette justice que les porte-parole de Yahweh avaient tant de fois réclamée (Zach., vu, 4-14). Aggée insistait sur une faute particulière et reprochait à ses auditeurs la tiédeur qu'ils montraient pour l'œuvre du Temple (Agg., i, 9). Telles étaient les causes des retards que Dieu mettait à réaliser ses desseins (Agg., i, 4-6, 10, 11). Mais ces desseins existaient toujours, et les envoyés de Yahweh reconnaissaient, dans les événements qui se déroulaient autour d'eux, les prodromes de leur prompte réalisation. Aux

(1) L'inîérenee, en soi très légitime, est confirmée par Zach., ix-xiv, si on l'attribue à cette date.

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