LA RELIGION D ISRAËL
prêtres et lévites qui voulurent accepter la réforme (Neh., ix, 38b) et que le reste du peuple fidèle acclama (Neh.,x, 28r 29). Cette fois encore, Esdras avait fait appel à la nation tout entière ; mais la communauté qui, sur la terre d'exilr s'était recrutée parmi les seuls Juifs fidèles, qui avait su garder sa foi ens'isolant du monde païen, était préparée, une fois revenue en Palestine, à vivre à l'écart des Juifs qui ne croyaient pas à l'œuvre de Dieu.
Tel était le résultat final de l'effort des prophètes pour convertir Israël ; le judaïsme était fondé.
Le judaïsme
123. Le judaïsme marque la dernière étape de la religion d'Israël ; c'est en cette manière que la révélation faite à Moïse et aux prophètes est parvenue aux juifs, nos contemporains. Nombreuses toutefois ont été les vicissitudes que cette forme de vie religieuse a subies au cours des siècles. Nous n'avons à l'étudier qu'à ses débuts, jusqu'aux abords de l'ère chrétienne. Cette période est marquée par des événements politiques de première importance. Pendant les dernières années de l'empire persan, Juda a peu à souffrir de son état de vassalité ; il en va de même sous la suzeraineté d'Alexandre le Grand (1). A cette époque toutefois, un changement assez considérable prend place dans la vie intérieure de l'État : le dernier gouverneur civil dont on trouve la trace est Bagoas (2), contemporain du grand-prêtre Jonathan (3) et des souverains persans
(1) Josèphe parle en très bons termes de la manière dont Alexandre traita les Juifs à son passage en Palestine (Antiq., lib. XI, cap. vin, 3-5).
(2) Cf. la première lettre des Juifs d'Éléphantine au gouverneur de Jérusalem, lignes 1 et 18.
(3) Ibid., ligne 18.
Darius II et Artaxerxès II ; à partir de ce moment, les grands-prêtres deviennent les chefs de la nation. Lorsque, après la mort d'Alexandre, son empire est divisé entre les Séleucides et les Ptolémées, les pays syriens, la Palestine en particulier, se retrouvent dans les mêmes conditions qu'au temps des Assyriens et des Égyptiens : ils sont l'enjeu des perpétuelles luttes qui divisent les deux grandes puissances rivales. Jusque vers 198, le pays de Juda est généralement soumis aux Ptolémées (1). A cette date, il est conquis par Antiochus III le Grand, qui le traite avec faveur (2). Mais déjà, sous Séleucus IV (187-175), l'expédition d'Héliodore (II Mach., ni) laisse présager les mauvais jours d' Antiochus Êpiphane (175-164; IMach., i, 11) ; en décembre 168, les entreprises de ce dernier monarque contre la religion des Juifs ont pour terme la profanation du Temple (I Mach., i, 17-67; II Mach.,v, 11-vi, 42). Mais c'est alors que la famille des Asmonéens (3) ou Machabées (4) entreprend la Guerre sainte ; elle a pour résultat immédiat (I Mach., ii-iv; II Mach.. v, 27 ; vin, 1-x, 8), en 165, la délivrance de Jérusalem(5) ; puis, en 142, après diverses péripéties, elle aboutit à la reconnaissance de Simon par Démétrius II (I Mach., v-xm, 42) comme grand-prêtre, chef de l'armée et prince des Juifs (6). L'indépendance durera, au milieu des luttes des partis, jusqu'à la prise de Jérusalem par Pompée (63).
124. Parmi les sources qui permettent de reconstituer l'histoire de cette période, il faut, au premier rang, mentionner le Pentateuque et surtout le Gode sacerdotal, qui seront la grande règle de la vie religieuse dans la communauté juive. On n'a pas de livres canoniques nous retraçant l'histoire de Juda depuis l'époque d'Esdras
(1) Josèphe, Antiq., lib. XII, cap. i, n, ni, 1,2.
(2) Josèphe, ibid., lib. XII, cap. ni, 3, 4.
(3) Mattathias était l'arrière- petit- fils d'Asamoneus, prêtre de Jérusalem, appartenant à la famille de Yoarib (Josèphe, Antiq., lib. XII, cap. vi, 1).
(4) Ce surnom, qui signifie Martel (hébr. aram. Maqqàbàh), fut d'abord donné à Juda, le troisième fils de Mattathias.
(5) Josèphe, Antiq., lib. XII, cap. vi, 2-vn.
(6) Cf. Josèphe, Antiq., lib. XII, cap. vin-lib. XIII, cap. vu. Toutefois le titre de roi ne fut pris que par Aristobule Ier, en 105.