‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 58 sur 306 · XI. LA RELIGION D ISRAËL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D ISRAËL

jusqu'au soulèvement des Machabées ; mais deux livres deutérocanoniques (I et II Mach.) nous rapportent, en des récits souvent parallèles, les phases principales de cette lutte héroïque. Les renseignements ainsi fournis sont complétés par les Antiquités juives de Flavius Josèphe, dans lesquelles toutefois le départ entre l'histoire et la légende est souvent malaisé. Les écrits prophétiques, abstraction faite peut-être de quelques expansions ou sections additionnelles, ne contiennent que peu de données relatives à cette époque. Il en va autrement des Sapientiaux ou Hagiographes : les éléments les plus anciens de cette série scripturaire exercent à cette date une grande influence sur les âmes; puis de nouveaux volumes viennent enrichir cette partie du Canon. Enfin, depuis le milieu du 111e siècle, la littérature apocalyptique se développe en de nombreuses productions apocryphes.

125. Le premier trait qui caractérise la vie religieuse du judaïsme est le culte de la Loi : ce dernier terme désigne alors d'une façon très concrète le Pentateuque (1). Par culte de la Loi, il faut entendre, avant tout, le respect qui environne le livre saint lui-même. Depuis qu'il est devenu la charte du peuple fidèle, ce texte, entant qu'oracle de Dieu, est entouré d'honneurs exceptionnels : il tient un rang très spécial au milieu des autres productions de la littérature hébraïque. Comme, d'une part, il faut y chercher la règle de la vie quotidienne, de la vie civile aussi bien que de la vie religieuse ; comme, d'autre part, le législateur hébreu est loin d'avoir prévu tous les cas qui peuvent se présenter, il devient nécessaire de faire du

(1) Le mot tôràh du hiph<il hôràk, qui veut dire instruire, peut désigner toute espèce d'instruction, v. g. celle qu'un père ou une mère donnent à leurs enfants (Prov., i, 8 ; ni, 1). Mais il désigne surtout les instructions qui viennent de Dieu (Is., i, 10 ; v, 24 ; vin, 16 ; etc.); par suite, il signifiera un corps d'enseignement prophétique (Is., xlii, 21, 24 ?). Plus proprement, ce terme exprime les instructions sacerdotales relatives au culte (Ose., iv, 6 ; Jer., ii, 8; etc.). Par une transition toute naturelle, ce mot exprimera des codes relatifs aux sacrifices, ou aux fêtes (Ex., xm, 9 ; xvi, 4), puis, d'une manière plus générale, les grands codes de la loi (Ex., xxiv, 12 ; Deut., i, 5 ; iv, 8, 44 ; etc.), enfin, le Code sacerdotal et toute la Loi (Esd., vu, 10; x, 3; Neh., vm, 1, 2; etc.).

Code sacré une étude méthodique et suivie ; il faut, non seulement en connaître le contenu, mais en tirer, par voie de conséquence, un droit, un coutumier, qui résolvent les difficultés au fur et à mesure qu'elles naissent. De là l'importance croissante de l'institution des scribes (1), qui prendra désormais la place du prophétisme. Tout d'abord, l'interprétation de la Loi fut une fonction sacerdotale ; Esdras était prêtre et scribe (Esd., vu, 6, 10). Mais, dans la suite, cette étude suffit à occuper ceux qui s'y livraient ; non seulement les scribes ne furent plus toujours des prêtres; mais on les vit souvent en conflit avec le sacerdoce, lorsque celui-ci se détachait des rigueurs de l'observance. Son rôle même assurait au scribe le respect de la foule, qui lui prodiguait l3s titres de maître, de docteur et de père. L'étude de la Loi prenait le nom de recherche ou midras, et ce dernier terme servit plus tard à désigner les traités dans lesquels furent consignés les enseignements des sôphcrîm. Comme la Loi contenait deux séries d'éléments — des prescriptions et des récits — le midras se poursuivait en deux directions (2) ; la halaka (voie, de hàlak, aller), qui portait sur les textes légaux ; la haggada (récit , de higgîd, rac. nàgad, il a annoncé) qui enrichissait les récits du Pentateuque et des autres livres historiques d'une foule de données traditionnelles, d'une exactitude parfois peu rigide. On a souvent prétendu que certaines des différences que l'on remarquait, en comparant, à propos d'un même fait, les récits des Rois et des Paralipomènes, venaient de ce que le Chroniqueur avait utilisé ou fait lui-même des développements midrasiques (3).

Ce genre de composition pouvait même se développer en de petits récits tenant de l'allégorie ou de la parabole ; beaucoup de critiques, généralement étrangers au catholicisme (4), rattachent à ce genre de composition Jonas,

(1) Cf. Schùrer, Geschichte des jiidischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, tome n, § 25, n.

(2) Ibid.t tome n, § 25, m.

(3) Cf., par exemple, les récits parallèles des règnes d'Asa(I Reg., xv, 9-24, et II Chron., xiv-xvi) et de Josaphat (I Reg., xxn, 1-51, et II Chron., xvn-xx).

(4) Dans la réponse à un doute en rapport avec ces sortes d'opi-

XL LA RELIGION D'iSRAEL 125

Esther, Judith, Tobie et, parmi les fragments deutérocanoniques de Daniel, l'histoire de Suzanne et celle de Bel et du dragon.

126. La Loi n'était pas seulement l'objet d'un culte ; elle était la règle de la vie. Les Juifs y trouvaient d'abord l'exposé de leur foi ; c'est là qu'ils apprenaient l'histoire des origines du monde, de la déchéance, des privilèges de leur race, des prodiges accomplis pour faire sortir leurs pères de l'Egypte et les amener dans la Terre Promise ; c'est là qu'il leur était donné d'apprécier à sa juste valeur cette législation elle-même qui était venue du ciel, ce culte que Dieu avait pris soin de déterminer avec tant de précision. Dans la Loi, les Juifs pouvaient chercher aussi la direction de leur conduite. Le Gode sacerdotal complétait encore les prescriptions des autres législations concernant le mariage et ses empêchements (Lev., xvin), le respect des bonnes mœurs (Lev., xix, 20-22, 29 ; xx, 10-18), etc. Mais les prescriptions qui étaient les plus chères au fidèle étaient celles qui le devaient maintenir dans un état de sainteté agréable à Dieu. Il s'instruisait à fond de la distinction « entre le pur et l'impur» (Ez., xxn, 26); il mettait grand zèle à observer les ordonnances qui réglaient son alimentation (Lev., xi) ; il tenait grand compte des souillures que certaines maladies, la lèpre en particulier (Lev., xiii; xiv), certains contacts, certains états (Lev., xn, xv) pouvaient faire contracter à l'homme et à la femme : s'il en était atteint, il se purifiait avec une exactitude rigoureuse (Num. , xix, 11, 21).

nions, la Commission biblique (23 juin 1905) reconnaît la possibilité de certains cas dans lesquels on établirait, par des preuves solides, qu'un auteur sacré a voulu, non pas raconter une histoire vraie et proprement dite, mais sous forme d'histoire, proposer une parabole, une allégorie ou un sens différent de la signification proprement littérale et historique des paroles. Le décret insiste beaucoup toutefois pour qu'on n'admette ni facilement ni témérairement de pareilles hypothèses, pour qu'on respecte le sens de l'Église et que l'on sauvegarde l'autorité de ses jugements. On sait que M. Vigouroux s'était montré favorable à une hypothèse de M. E. Gosquin qui aboutissait à mettre en relief le caractère purement moral du livre de Tobie (cf. E. Cosquin, Le Livre de Tobie et VHistoire du sage Ahikar, dans Rev. bibl., 1899, p. 50-82).

Il pouvait alors prendre part aux cérémonies saintes. Elles n'avaient lieu qu'au Temple. En y revenant après l'exil, Yahweh n'avait-il pas marqué sa prédilection pour la sainte montagne (Zach., i, 16 ; n, 11, 12) ? Le grand-prêtre Jonathan ne semble pas, d'après les papyrus d'Éléphantine, avoir témoigné de beaucoup de zèle pour le sanctuaire de la colonie égyptienne (1). Sur la terre de Palestine en tout cas, l'érection d'un lieu de culte, en face de celui de Jérusalem, était la suprême abomination. A raison de leur religion impure et syncrétiste, les Samaritains avaient été exclus, par les rapatriés de 536, des travaux de la reconstruction du Temple (Esd., iv, 1-3). Mais ils devinrent surtout odieux à partir de 430. C'est à cette date, en effet, qu'ils s'organisèrent en une secte schismatique. Sanaballat, gouverneur de Samarie, partageait la haine qui, depuis l'édit de Cyrus, animait ses compatriotes contre le rigorisme des rapatriés ; il ne rêvait de rien moins que de renouveler l'entreprise de Jéroboam et d'élever sanctuaire contre sanctuaire. A une époque où l'on ne pouvait confier le culte de Yahweh qu'à des descendants de la race de Lévi, il profita, pour s'en procurer, d'une occasion tout à fait propice. Grâce aux bonnes relations qu'il entretenait avec l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem, il avait marié sa fille au petitfils du grand-prêtre Eliasib (Neh., xm, 28). Les réformes de la seconde mission de Néhémie eurent pour conséquence l'expulsion du prêtre apostat. Sanaballat l'accueillit et lui bâtit un temple sur le mont Garizim (2). Le culte samaritain était ainsi organisé en une religion rivale de celle du mont Sion ; à partir de cette date, « le peuple insensé qui habite Sichem » devient l'une des trois nations que tout bon Juif doit haïr (Eccli., l, 25, 26).

(1 ) D'après la première lettre, lignes 18, 19, ni Johanan, ni les prêtres , ni les chefs des Juifs, n'ont répondu à une lettre qui leur avait été envoyée antérieurement et qui, elle aussi, avait trait aux attaques dirigées par les prêtres de Knoub contre le temple d'Éléphantine.

(2) Cf. Josèphe, Antiq.t\ib. XI, cap. vin. Les données générales de ce chapitre sont à retenir; mais il y a beaucoup de confusions de personnes et de dates. Il faut rectifier en particulier les attaches chronologiques de l'épisode, à l'aide de Neh., xm, 28.

Page 1