‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 7 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

que survenait un souverain tiède ou moins zélé pour la bonne cause, les mondains reprenaient le dessus et les bons effets de la réforme étaient compromis. L'histoire des derniers temps du royaume de Juda est remplie de ces vicissitudes. Aux nommes de Dieu eux-mêmes, il devint évident que la masse de la nation opposerait toujours à leur œuvre une résistance invincible. Il leur fallut, en fin de compte, diriger leurs efforts en un autre sens : au sein du peuple à la tête dure, grouper en une sorte d'Eglise ceux qui voulaient obéir à la parole de Dieu. Comment la religion d'Israël, supérieure aux autres religions anciennes, appelait toutefois un achèvement.

6. Tel est le sens de l'histoire que nous avons à exposer; elle se divise en sept périodes :

1° La religion patriarcale ;

2° La révélation du Sinaï et la religion du désert;

3° La vie religieuse d'Israël en Canaan jusqu'à la réforme prophétique ;

4° La réforme prophétique jusqu'à l'exil ;

5° La vie religieuse du temps de l'exil ;

6° Le retour d'Israël en Palestine et les origines du judaïsme ;

7° Le judaïsme:

La religion patriarcale

7. Les données les plus directes concernant les patriarches sont renfermées dans la Genèse. En ce livre inspiré, l'on distingue universellement trois documents. L'élohiste a pour caractéristique la désignation de Dieu par le nom commun d'Élôhîm jusqu'au jour où Moïse reçoit la révélation du nom propre de Yahweh ; le yahwiste donne en quelque sorte à l'apparition de l'Horebun effet rétroactif et, dès le début, il désigne Dieu par le nom sous lequel il s'est spécialement manifesté aux Hébreux; enfin le Code sacerdotal, qui use volontiers du terme Élôhîm, se distingue par son souci des généalogies et de tout ce qui intéresse îe culte.

Ces documents ne sauraient être considérés comme nous fournissant une idée complète de l'histoire patriarcale :

ils se présentent eux-mêmes avec un caractère fragmentaire et épisodique nullement dissimulé. D'autre part, leur rédaction définitive est de beaucoup postérieure à la plupart des événements qu'ils rapportent ; il n'y aurait pas moins de sept cents ans entre les faits contemporains de la vocation d'Abraham et les récits du temps de Moïse ; dès lors, au cours de ces longs siècles, l'histoire des temps primitifs, conservée surtout par la tradition orale, a pu subir certaines déformations et s'enrichir de plusieurs embellissements.

Ce n'est pas une raison pour refuser tout crédit à ces vieux témoins. Ne seraient-ils que l'épopée des origines et des âges héroïques d'Israël, qu'une saine critique devrait s'efforcer d'en contrôler la valeur et d'en extraire les données essentielles. Mais la comparaison des documents génésiaques avec les résultats des plus récentes découvertes faites en Asie et en Egypte a grandement tourné à l'avantage de ces antiques pages : désormais ceux qui ne sont pas dominés dans leurs recherches par des fins de nonrecevoir et des principes a priori, croient pouvoir recueillir avec confiance les principaux renseignements qu'elles fournissent concernant les premiers ancêtres du peuple juif.

8. Longtemps le chap. xiv de la Genèse fut traité par toute une école d'exégètes comme un midras d'époque tardive, fait de souvenirs vagues. Or aujourd'hui, grâce aux données très précises qu'il renferme, ce récit devient un des points de repère les plus sûrs pour la chronologie de cette période. Si l'identification d'Amraphel avec Hammurabi n'est encore que très probable, il est du moins certain que l'épisode dans lequel Abraham tient une place si honorable remonte aux temps de celui qui devait devenir un des plus grands rois de Babylone, se rattache à l'une des expéditions que, à la tête de ses vassaux, Chodorlahomor, roi d'Élam, dirigea contre l'Asie occidentale. Dès lors, le premier mouvement qui fit sortir d'Ur Kasdîm la famille patriarcale trouve son explication dans les troubles qui, à cette date, éloignèrent de la Chaldée nombre d'émigrants qui avaient remonté la côte occidentale du golfe Persique pour venir s'y établir ; il trouve d'ailleurs son contexte tout naturel dans les grandes migrations qui, à partir du xxe siècle, amenèrent toute une série de tribus

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