XI. LA RELIGION D'iSRAEL
Tite le plus caractéristique était toujours l'offrande des deux pains levés (Lev., xxm, 17). Les fêtes du septième mois (Num., xxix) étaient nombreuses. En souvenir du temps où ce mois était le premier de Tannée, sa néoménie était particulièrement importante, et Ton signalait au son de la trompette la première apparition du croissant (Lev., xxm, 24, 25; Num., xxix, 1-6). Le dixième jour était marqué par le grand jeûne et la majestueuse solennité ■des Expiations (Lev., xxm, 26-32; xvi ; Num., xxix, 7-11). Cinq jours plus tard, on commençait la fête des Tabernacles ou scénopégie (Lev., xxm, 33-36) : sept jours durant, Israël commémorait les migrations du désert en vivant sous des huttes de feuillages (Lev., xxm, 39-43) et en offrant des sacrifices (Num., xxix, 29-38). L'année sabbatique (Lev., xxv, 2-7) et Tannée jubilaire (Lev., xxv, 8- 17) complétaient la série des observances par lesquelles le judaïsme se flattait d'être un peuple saint (Lev., xix, 2), vivant sur une terre consacrée (Lev. , xix, 23-25 ; cf. Ez., xlvii, xlviii ), n'usant que d'aliments et d'objets purs, (Lev., xi, 44, 45), réservant à Dieu jusqu'à la dîme des jours de son existence (Lev., xxm, 2, 3).
128. L'observation de la Loi donnait à la communauté juive beaucoup de cohésion et d'unité ; elle ne pouvait qu'accentuer, devant le reste du peuple, les tendances séparatistes qu'Esdras avait consacrées. Les rapports ■entre les deux éléments de la nation étaient parfois tout à fait tendus ; comme l'aristocratie religieuse et civile rejetait volontiers le programme des rapatriés, ceux-ci formaient, aux heures de défaveur, le groupe des petits, des humbles, de ces tanàwîm (Ps. xxv, 9; xxxiv, 3 ; xxxvn, 11 ; cxlvii, 6 ; cxlix, 4) qui, dans plus d'un psaume, expriment les sentiments de leurs âmes endolories ; on ne leur épargnait à l'occasion ni l'injure, ni la raillerie, ni la persécution. Leurs tribulations furent extrêmes à l'époque des Séleucides. Alors, en effet, les membres du haut clergé et de la noblesse, désireux de plaire à leurs suzerains, marquèrent beaucoup de sympathies pour les usages grecs (I Mach., i, 12). Le prêtre Josué, qui avait changé son nom en Jason (1), fonda
(1) Josèphe, Antiq., lib. XII, cap. v, 1.
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un gymnase au pied de l'Acropole, après en avoir sollicité la permission d'Antiochus Épiphane (I Mach., i, 14-16 ; II Mach., iv, 8-12) ; on y vit, à côté des enfants les plus nobles (II Mach., iv, 12), les prêtres qui, pour des exercices proscrits par la Loi, négligeaient le service du Temple (II Mach., iv, 13-15). Les relâchés ne surent même pas se ressaisir quand le monarque syrien déclara la guerre à la patrie et à la religion des ancêtres (I Mach., i, 17-67 ; II Mach., v, 11-vii, 42); conformément à ses ordres, beaucoup d'Israélites imitèrent les Gentils et consentirent à sacrifier aux idoles, à profaner les sabbats (I Mach., i, 45); ils réduisirent les fidèles à se cacher dans toutes sortes de refuges (I Mach., i, 55, 56). En revanche, les zélés de la Loi éprouvèrent le besoin de protester, par leur attitude et leur rigorisme, contre ce relâchement si inquiétant; ils constituèrent un véritable parti. Le public, qui jusquelà les désignait par le nom d'Assidéens, hasîdîm, pieux (I Mach.. vu, 13), leur donna celui do Pharisiens, perîsîm ou séparés (1) ; entre eux, ils affirmaient leur caractère de parti en s'appelant compagnons, habèrîm (2). On sait comment peu à peu leur culte pour la Loi (3) et les traditions (4) aboutit à un formalisme desséchant (Matth., xxin ; Marc, ii, 24; vu, 3, 4; etc.); ils étaient connus pour leur croyance à l'immortalité de l'âme (5) et à la résurrection des justes (6). Les scribes appartenaient en grand nombre à la secte des pharisiens (7). Bien que moins étroitement unis, les membres de l'aristocratie (8) et du haut clergé formèrent aussi, depuis cette date, une sorte de parti, celui des Sadducéens. Ceux-ci, qui se réclamaient du prêtre Sadoc, contemporain de Salomon (9), se faisaient
(1) Le nom de Pharisien leur est donné pour la première fois sous Jean Hyrcan (135-105). Cf. Josèphe, Antiq., \ib. XIII, cap. x, 5, 6.
(2) Cf. Mischna, Demai, n, 3; vi, 6, 9, 12; etc.
(3) Josèphe, Guerres des Juifs, lib. II, cap. vin, 14.
(4) Josèphe, Antiq., lib. XIII, cap. x, 6.
(5) Josèphe, Antiq., lib. XVIII, cap. i, 3.
(6) Ibid. et Guerres, lib. II, cap. vin, 14.
(7) Sur les Pharisiens, voir Schùrer, Geschichte... t. n, § 26, i. (S) Josèphe, Antiq., lib. XIII, cap. x, 6 ; lib. XVIII, cap. i, 4. (9) Telle est du moins l'opinion la plus probable ; elle est plus