XI. LA RELIGION D'iSRAEL
ments les plus intimes d'une âme ; l'emploi du pronom de la première personne du singulier n'est pas toujours la preuve qu'un cantique n'ait pas été fait d'abord pour l'usage public (1) ; mais d'autres indices plus sûrs viennent souvent corroborer celui-là. Dans ce cas, l'adaptation liturgique a pu entraîner certaines modifications de détail (Ps. ix-x, xlii-xliii), dont plusieurs allant à supprimer ce qui avait un caractère trop personnel (Ps. li). Quoi qu'il en soit, un grand nombre de ces psaumes sont d'une facture parfaite et constituent les meilleurs spécimens de la poésie biblique : le parallélisme, le rythme, la proportion du vers et de la strophe n'y laissent rien à désirer ; certains autres, il est vrai, ceux-là surtout dont les auteurs se sont astreints au procédé de l'alphabétisme (Ps. ix, x, xxv, xxxiv, xxxvn, cxi, cxn, cxix, cxlv), sont plus ternes et parfois deviennent monotones.
130. Au point de vue du fond, ces Psaumes mettaient à la portée du peuple qui les chantait les plus beaux sentiments que pût inspirer la doctrine des prophètes. Les hymnographes ont su trouver des accents exquis pour célébrer la gloire du Dieu créateur (Ps. vin, xix, 1-7 ; civ), ses manifestations dans les grands phénomènes de la nature (Ps. xvm, 1-20 ; xxix), ses attributs (Ps. xciii, xcvi, cxxvn), sa science universelle (Ps. cxxxix), sa bonté et sa miséricorde (Ps. xxm, xci, cvn, 1-32 ; cxiii). Ils ont fait écho aux prophètes et à la Loi pour célébrer les faveurs que Dieu a prodiguées à son peuple (Ps. lxviii, cv, cxiv, cxx, cxxi, cxxiv). Ils ont exprimé avec délicatesse l'impression que pouvaient faire sur les âmes la sévérité des châtiments divins (Ps. lxxx, lxxxix, en), les douleurs de l'exil par exemple (Ps. cxxxvn) et les joies du retour (Ps. cxxvi). Mais, en même temps, ils ont annoncé la bonne nouvelle du salut. Les psaumes messianiques comptent parmi les plus importants et les plus élevés du recueil. La personne du
(1) Nombre de cantiques populaires font parler le fidèle à la lre pers. du sing. Cf. aussi certaines hymnes liturgiques, v. g. Adoro te dévote.
Messie apparaît avec le titre royal (II Sam., vu, 14 : Ps. lxxxix, 27, 28) « de fils », que Yahweh lui donne en lui assurant l'empire universel et le triomphe sur ses ennemis (Ps. n ; ex) ; il inaugure avec magnificence le règne de la justice et de la paix, cependant que tous les peuples lui apportent leurs tributs (Ps. lxxii, 1-17). Jérusalem devient la métropole des nations appelées à louer Yahweh (Ps. lxxxvii, cxvii). Toutefois, à côté de la conquête glorieuse, il y a place pour celle qui se réalise par la souffrance, et certains psaumes font magnifiquement pendant aux belles pages prophétiques relatives au Serviteur de Yahweh (Ps. xxn). Ce n'est pas tout : ces cantiques expriment aussi les sentiments religieux de l'âme. Le Psalmiste sait, aussi bien qu'Amos ou Isaïe, ce qu'il faut penser d'un culte qui serait purement extérieur (Ps. l). Aussi célèbre-t-il le bonheur du juste (Ps. i, xvi, cxn, cxxviii, cxxxiii) et le malheur qu'entraînent les diverses formes de l'iniquité (Ps. v, xxxvn ; etc.) ; il trouve pour sa prière des sentiments que Jérémie ne désavouerait pas (Ps. iv, xiii, xvn, xxvi, xxxi). Quand une âme chrétienne veut exprimer son repentir et implorer le pardon, elle n'a encore rien de mieux à faire que de redire les vieux psaumes de la pénitence (Ps. VII, XXV, XXVII, XXXII, XXXVIII, li). D'autre part, le Psalmiste a des termes exquis pour célébrer la joie que lui cause la fréquentation du Temple (Ps. xlii, xliii ; lxxxiv ; cxxn). De la prière antique, il est vrai, ces cantiques revêtent parfois les imperfections; on y implore avec rigueur la vengeance divine contre l'ennemi (Ps. xxviii, xxxv, liv), et certaines imprécations (Ps. cix) témoignent d'un état d'âme parfois déconcertant pour un disciple de l'Évangile. Il est un autre point à propos duquel on se rend compte des courtes vues de la religion ancienne ; sur le grave sujet des sanctions divines, les psalmistes n'ont guère dépassé les croyances communes aux Sémites (Ps. xxxvn, xlix). En certaines hymnes toutefois, les problèmes se posent et postulent des solutions nouvelles ; nous y reviendrons bientôt. Il faut le dire d'ailleurs, l'interprétation de certains textes est extrêmement délicate.