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XI. LA RELIGION D'iSRAEL

Mais ce qu'il importe, entre autres choses, de demander aux psalmistes des derniers âges, c'est ce qu'ils pensaient de la vie sous le régime de la Loi. Le premier cantique du recueil dit, en quelques traits concis, le bonheur que l'on éprouvait à observer ce code de la volonté divine. Un autre (Ps. xix, 8-15) célèbre la grandeur de la Loi : elle est parfaite, elle restaure l'âme ; elle donne la sagesse aux simples ; elle réjouit le cœur, elle éclaire les yeux; elle est plus précieuse que l'or et plus douce que le miel. Enfin, de tous les psaumes le plus considérable (Ps. cxix) a pour objet de répéter, en cent soixante-seize formules, cette pensée que ceux-là seuls sont heureux, qui sont irréprochables dans leur voie en marchant selon la Loi de Yahweh. Le Psalmiste exprime cette idée avec un sens religieux si sûr, que l'Église n'a pas hésité à faire de ce cantique l'hymne liturgique en l'honneur de la Loi nouvelle.

131. Tel était le recueil dans lequel le Juif des derniers siècles avant l'ère chrétienne cherchait et trouvait l'expression de ses sentiments religieux. Il y apprenait à connaître son Dieu, à l'adorer, à l'aimer, à pénétrer son culte extérieur des dispositions qui en assuraient l'efficacité (1). Il y apprenait à se repentir de ses fautes, à formuler ses demandes. Aux heures de triomphe, il y trouvait le cantique de l'action de grâces; aux heures de tristesse, quand l'ennemi du dehors devenait menaçant, quand les rivaux du dedans se faisaient méprisants ou persécuteurs, il rencontrait de magnifiques strophes de résignation, en même temps qu'il réconfortait sa foi en chantant les hymnes de l'espérance nationale. Il y avait bien là de quoi tempérer les sécheresses de l'observance légale. Or le pharisaïsme y prenait tellement goût qu'à l'imitation du psautier davidique, il voulut créer un psautier salomonien (2). Dans ce nouveau recueil, tous les

(1) Cf. les Psaumes des Hallels, cxiii-cxvm; les Psaumes des montées, cxx-exxxiv.

(2) Cf. Les Psaumes de Salomon, Introduction, texte grec et traduction, par J. Viteau, docteur es lettres, avec les principales variantes de la version syriaque, par François Martin, professeur de langues sémitiques à l'Institut catholique de Paris.

genres de l'ancien — ou à peu près — sont représentés; on n'en peut que mieux juger de la distance qui sépareces productions de très basse époque des vieilles hymnes inspirées (1). Il faut le noter pourtant : le psaume salomonien (2) qui traite du Messie témoigne à propos, qu'à côté des rêveries des apocalypses apocryphes, il y avait place pour un courant d'espérances qui, non sans quelque mélange, se rattachait à la prophétie authentique.

132. Si les Psaumes peuvent nous donner une idée de la piété populaire, les livres sapientiaux nous font connaître les spéculations des «sages». Ces derniers constituaient une élite qui s'attribuait la mission de tracer ses devoirs au reste du peuple (3). Car parler de spéculation à leur propos n'est qu'exprimer une partie de leur activité ; leurs livres renferment une foule de règles de conduite pratique. On trouve des témoignages certains de l'existence des sages avant l'exil. Sans parler de la renommée de Salomon (I Reg., iv, 29-32), on sait qu'au temps d'Ézéchias il y avait une classe d'hommes qui faisaient profession de recueillir les maximes de la sagesse (Prov.r xxv, 1 ; cf. xxiv, 23) ; à côté des prêtres et des prophètes, Jérémie mentionne des sages auxquels il attribue le rôle de donner des conseils ( Jer., xvm, 18). De ce chef, l'existence, à une époque reculée, de plusieurs éléments de notre livre des Proverbes ne soulève pas d'objection insoluble. Toutefois c'est surtout dans le Judaïsme que le goût de la « Sagesse » alla se développant (4) ; il est même vraisemblable qu'il exista une certaine affinité entre les scribes et les sages. Ceux-ci paraissent avoir constitué des sortes d'écoles, dans lesquelles ils enseignaient à leurs fils spirituels (Prov., i, 8 ; n, 1, m, 1 ; iv, 1 ; etc.) leur

(1) Viteau, Les psaumes de Salomon, Introd., chap. i, Analyse du livre.

(2) Ps. xvii. Cf. Introd., chap. iv, Les doctrines, 5, Eschatologie^

(3) C'est ce qui paraît ressortir des discours de Prov., i-vii.

(4) Les parties les plus récentes des Proverbes, l'Ecclésiastique, peut-être l'Ecclésiaste, certainement la Sagesse, sont postérieurs à l'exil et à la réforme d'Esdras.

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