‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 64 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

discipline, mûsàr (Prov., i, 2, 3,8; iv, 1; etc.); elle s'exprimait en des collections que l'on appelait « paroles des sages » (Prov., i,6; n, 2; iv, 10, 20; etc.) et qui étaient composées de proverbes et de maximes. De même que la poésie lyrique se réclamait de David, la poésie gnomique se rattachait à Salomon (1).

133. La notion la plus universelle de la Sagesse ou hokmàk paraît être une conception d'ordre pratique. Sans doute, elle désigne un ensemble de principes ; mais, outre que ceux-ci n'ont rien de métaphysique ni d'abstrait, la Sagesseconsistera surtout dans l'art de les utiliser. La religion ou crainte de Yahweh tient une grande place dans ces préoccupations (Prov., i, 7, 29-31 ; n, 5 ; ni, 7 ; xi, 1) ; elle apparaît moins comme le début que comme le couronnement de la Sagesse (Prov., i, 7). D'autre part, le motif religieux intervient souvent pour justifier et appuyer des conseils d'ordre moral (Prov., x, 2, 3, 6, 8). Mais, en beaucoup de cas aussi, les maximes ont un caractère purement profane (Prov., x, 4,5,15,26). Même alors toutefois, l'on ne saurait parler de sagesse «. laïque ». En effet, quel que soit le terrain sur lequel elle le conduit, c'est la Sagesse divine elle-même qui dirige l'homme , ou mieux qui se communique à lui pour le guider (Prov., vin, 1-21, 32-36). Et telle est la raison d'être des spéculationsrelatives à la Sagesse incréée.

Les règles de la vie pratique sont parfois développées, même dans les Proverbes, en des discours assez étendus (Prov., v, vi, 20-25; vu); plus souvent toutefois, elles sont exprimées en des maximes très courtes, ne comprenant souvent qu'un seul distique (Prov., x-xxn, 16), en des portraits habilement burinés (Prov., vi, 6-11, 12-15), en des sentences d'une finesse incisive (Prov., vi, 16-19; xxx). Dans l'Ecclésiastique, tout est dit bien plus longuement (Eccli., ii, 1-6, 7-11,12-15, 16-18; etc.). Quant aux aperçus sur la

(1) Non seulement les Proverbes et l'Ecclésiaste sont attribués à Salomon (Prov., i, 1 ; Eccl., i, 1) ; mais l'auteur du livre grec de la Sagesse se réclame, lui aussi, du grand roi (Sap., vu, ix); de plus,, des anciens lui ont aussi attribué l'Ecclésiastique, bien qu'il fût muni d'un nom d'auteur.

sagesse divine, ils font partout l'objet de grands discours (Prov., vm ; Eccli., xxiv).

134. Les deux principaux documents de la Sagesse palestinienne sont les Proverbes et l'Ecclésiastique de Ben Sirach ; ce dernier livre fut probablement rédigé vers 180. La doctrine de la Sagesse incréée est surtout renfermée dans deux chapitres de ces livres (Prov., vin; Eccli., xxiv) et dans quelques passages plus secondaires de Job (Job, xxvn, 12-28) et du livre deutérocanonique de Baruch (Bar., ni, 9-iv, 4). La Sagesse ne se trouve pas sur la terre (Job, xxvin, 12-14 ; Bar., in, 15-28); on a beau la chercher dans les endroits les plus secrets, elle n'y est pas (Job, xxvin, 1-11); on a beau disposer pour l'acquérir des trésors les plus précieux, personne ici-bas ne la saurait procurer (Job, xxvin, 15-19); personne ici-bas ne l'a jamais possédée, si Dieu ne la lui a donnée (Job, xxvin, 20- 22 ; Bar., in, 29-31). Car lui seul connaît son séjour (Job, xxvin, 23, 24). Elle est tout près de lui (Bar., ni, 32a) ; quand il accomplissait son œuvre créatrice, il l'a vue et l'a décrite (Job, xxvin, 25-27; Bar., ni, 32b-37a). Alors, en effet, elle était là, avec lui, joyeuse et lui prêtant son concours (Prov., vin, 30, 31). Mais il y a plus ; elle est antérieure aux œuvres les plus anciennes ; Yahweh l'a possédée au début de ses voies (Prov., vin, 24-29) ; elle a été fondée, elle a été formée, elle a été enfantée dès le commencement (Prov., vin, 22, 23). L'Ecclésiastique ajoute quelques précisions au langage des Proverbes ; la Sagesse est sortie de la bouche du Très Haut (Eccli., xxiv, 3) ; créée dès l'origine et avant tous les siècles, elle ne cessera point d'être à jamais (Eccli., xxiv, 9). Ainsi donc, à côté de Dieu et en lui, sans d'ailleurs que son unité, si sacrée aux Juifs, en soit atteinte, la Sagesse se dresse ; œuvre de Dieu, sortie de sa bouche comme la parole qui manifeste l'intelligence, elle l'accompagne dans la création, elle y préside à côté de Lui. Faisons la part de la personnification poétique ; mais reconnaissons aussi que l'idée de la Sagesse divine dépasse de beaucoup celle d'un simple attribut.

135. La Sagesse d'ailleurs, tout en demeurant en Dieu, ne demande qu'à se communiquer : Dieu lui-même y

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