XI. LA RELIGION D'iSRAEL
fait participer ses créatures (Job, xxviii, 28). Elle trouve ses délices parmi les enfants des hommes (Prov., vin, 31) ; elle s'adresse à eux pour les conjurer de l'écouter, de la recevoir (Prov., vin, 1-21, 32-36), de venir prendre place à son festin (Prov., ix, 1-12). Tous les peuples et toutes les nations ont eu part à ses richesses (Eccli., xxiv, 7). Mais tandis qu'elle ne faisait que passer au sein des étrangers (Eccli., xxiv, 4-7), le Créateur de toutes choses l'a invitée à fixer sa demeure en Israël (Eccli., xxiv, 8; Bar., ni, 37, 38). C'est là qu'en sa présence elle a exercé son ministère et produit ses fruits les plus glorieux (Eccli., xxiv, 10-21) ; la Loi est le principal monument de son activité (Eccli., xxiv, 22-27 ; Bar., iv, 1-4).
136. Le livre de l'Ecclésiaste, qu'un grand nombre d'exégètes attribuent à une date assez tardive (1), ne renferme pas de spéculations sur la Sagesse incréée; mais il contient beaucoup de maximes analogues à celles des Proverbes et de l'Ecclésiastique (Eccl., vu, x, xi). Œuvre d'une âme désabusée parles joies que procurent la sagesse humaine (Eccl., i, 12-18), le plaisir (Eccl., n, 1-11), les richesses, même péniblement acquises (Eccl., n, 18-23 ; vi), par l'impuissance où l'on est de réagir contre les vicissitudes de l'existence (Eccl., ni), son pessimisme devient parfois inquiétant (Eccl., vin, 14-15 ; ix, 1-10). On trouve néanmoins, pour le tempérer, des pensées pénétrées du plus pur esprit religieux (Eccl., n, 24-26; v, 17-19; vin, 12, 13), des maximes empreintes du même sentiment que les plus belles parmi celles des autres livres sapientiaux (Eccl.,v, 1-16; xn, 1-8). D'ailleurs, le dernier mot du livre en donne la clef : il faut craindre Dieu, observer ses commandements, car c'est là tout l'homme (Eccl., xii, 13).
137. Job, dont la date est incertaine, mais qui est peut-être postexilien, constitue une œuvre à part parmi les hagïographes. Le grand sujet qui le domine est la discussion du problème de la souffrance du juste ;
(1) Cf. R. P. Condamin, Études sur VEcclésiaste, dans la Reçue biblique, 1899, p. 493-511; 1900, p. 30-44, 354-377.
c'est donc la question de l'insuffisance des idées antiques touchant la rétribution. Job est juste ; Dieu lui rend dès le début ce témoignage (Job, i, 1,5,8; n, 3; etc.); si Dieu permet à Satan de tourmenter son serviteur, c'est à titre d'épreuve (Job, i, 12; n, 6). De fait, Job est atteint, et sa première parole est un acte de pieuse résignation (Job, i, 20, 21 ; ii, 8-10). Mais l'arrivée de ses amis le provoque à d'autres sentiments. Sous des formes diverses, en effet, les trois visiteurs proclament l'ancienne conception d'après laquelle la douleur est le châtiment du péché (Job, xv, 20-35) : si Job est frappé, c'est qu'il est coupable (Job, xv, 1-16) ; ses prétentions à l'innocence, devant un Dieu qui trouve des taches en ses anges, témoignent d'une naïve illusion (Job, iv, 12-21) ; qu'il se repente, qu'il prie, et Dieu le guérira (Job, v, 8-27). En présence de ces solutions simplistes, l'angoisse de Job, sa détresse (Job, ni), jusqu'aux mouvements de désespoir (Job, xxm; xxx, 16-31; xxxi, 35-37) qui parfois prennent place en son âme, mettent en relief que tel ne saurait être le dernier terme des révélations divines; ils accentuent singulièrement d'ailleurs l'acte de confiance qui domine la plainte du juste (Job, xix, 23-27) et la résignation qui en est le terme (Job, xl, 4, 5; xlii, 2, 3b, 5,6). Défait, la foi juive n'a pour le moment rien de mieux à dire. Le discours de Dieu a pour but de prouver que le problème dépasse la portée de l'intelligence humaine (Job, xxxvin, 2, 3; xl, 2, 7, 8-14; xlii, 3;l), et le dénouement du livre nous montre Job récompensé par des bénédictions terrestres pour le zèle avec lequel il a subi l'épreuve (Job, xlii, 10-17). Les discours d'Éliu insistent sur certaines considérations secondaires, relatives au pouvoir éducateur de la souffrance (Job, xxxin, 19-30 ; xxxvi, 5-15). On était encore loin des solutions définitives; mais on avait trop de foi en la justice divine pour ne pas mériter plus de lumières. Certains Psaumes posaient et discutaient le même problème. Peut-être même approchaient-ils davantage du terme. On peut se demander ce que le psalmiste entrevoyait pour le moment où Dieu le retirerait du se'ôl, lui ferait contempler sa gloire, et trouver des délices éternelles à sa droite (Ps. xvi, 10, 11). Et quelle était la pensée profonde de celui qui pouvait dire à Yahweh :