‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 66 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

« Je serai à jamais avec toi,... tu me conduiras et me recevras dans ta gloire (Ps. lxxiii, 22-28) ? » Les livres sapientiaux de Palestine ne devaient pas aller plus avant.

138. C'était d'une autre source que devaient jaillir les lumières capables d'éclairer ce sujet ; la littérature apocalyptique était appelée à avoir beaucoup d'importance à cet égard. Il existe des points de contact entre la prophétie et l'apocalypse. L'une et l'autre se rapportent à la grande question du salut d'Israël ; ainsi qu'il arrive en beaucoup de cas pour la prophétie, après l'exil en particulier, l'apocalypse a le plus souvent pour objet de répondre aux préoccupations du peuple de Dieu malheureux. Toutefois, il y a entre les deux de sensibles différences. L'auteur d'apocalypse, écrivant généralement à des époques très troublées, est bien plus pessimiste que le prophète vis-à-vis de l'état présent des choses. Les bouleversements nationaux ne suffisent plus à procurer l'avènement du royaume de Dieu et le salut du peuple. Le monde actuel tout entier est voué à la destruction, et c'est sur une terre nouvelle et sous des cieux nouveaux que l'œuvre de Yahweh doit se réaliser ; la note proprement eschatologique est bien plus accentuée que dans la prophétie. L'apocalypse canonique s'en tiendra, dans ce domaine, à des lignes sobres; mais les productions similaires de la littérature apocryphe renchériront sur ces données; elles aboutiront aux conceptions les plus fantastiques, en prétendant faire connaître les secrets du monde à venir. Au point de vue de la forme, les auteurs d'apocalypses se contenteront rarement de simples descriptions. Ils les voileront d'ordinaire dans un appareil de visions des plus compliquées. Non seulement ils auront, comme Zacharie, besoin d'un ange interprète, mais leurs visions seront censées inaccessibles à leurs auditeurs immédiats. C'est, en effet, tout un plan de l'histoire, partielle ou totale, du monde qu'elles exposent; on n'en pourra comprendre le sens qu'à l'heure où se produiront les faits qui en doivent être le couronnement ; alors seulement aura lieu la découverte, à7uox.aXu^cç, de tout ce qui était représenté par les symboles. Pour rendre plus sensibles

leurs idées sur le gouvernement divin, pour mieux faire percevoir la manière dont Dieu a préparé les événements qui se déroulent et jettent Israël dans l'angoisse, pour donner ainsi plus de solidité aux annonces réconfortantes qu'ils formulent, les auteurs d'apocalypses apocryphes ont recours au pseudonymat : ils mettent leurs rêveries au compte d'un grand personnage du passé, prophète ou ancêtre du peuple de Dieu, voire d'un patriarche antédiluvien (1).

139. La Bible renferme trois apocalypses: celle d'Is., xxiv-xxvii, celle de Joël et celle de Daniel. La première (2) ne contient pas de vision ; au point de départ est l'annonce d'une conflagration universelle ; le monde tout entier chancelle et s'écroule (Is., xxiv, 1-4,7-20) sous le poids de l'iniquité de ses habitants (Is., xxiv, 5,6). Vient alors le jugement. Les princes de la terre et l'armée d'en-haut — il s'agit des anges — sont punis (Is., xxiv, 21), mais non d'une manière définitive ; ils sont jetés dans la prison, enfermés dans l'abîme pour une période intermédiaire à laquelle mettra fin un nouveau châtiment (Is., xxiv, 22, 23). Quant aux justes, admis à contempler la gloire de Yahweh, ils prennent part à un grand festin que Dieu leur prépare sur sa montagne sainte (Is., xxv, 6). Le voile de tristesse qui assombrissait les nations est à jamais détruit ainsi que la mort (Is., xxv, 7, 8). C'est l'issue du triomphe définitif de Yahweh sur les puissances ennemies (Is., xxvi, 20-xxvn, 1). Les traits sont encore rudimentaires ; mais l'individualisme que nous avions signalé à propos d'Ézéchiel, revêt un caractère beaucoup plus universel. Le prophète ne prend plus seulement en considération ceux qui auront place dans la restauration nationale; les méchants et les justes, ce sont ceux de tous les peuples (Is., xxv, 6) ; ce sont aussi ceux

(1) Non seulement on a la grande apocalypse d'Hénoeh, mais il y a aussi des apocalypses de Noé.

(2) Elle se compose de deux séries d'éléments ; la partie descriptive (xxiv ; xxv, 6-8 ; xxvi, 20-xxvn, 1 ; xxvn, 6-13) est coupée par toute une série de cantiques d'actions de grâces (xxv, 1-5, 9-12 ; xxvi, 1-19 ; xxvii, 2-5).

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