XI. LA RELIGION D'iSRAEL
Dieu peut départir (Hen., xlviii, 4, 5, 7; xlix, 1, 2, 3; lu, 2-8). Il les manifestera dans les assises solennelles du jugement (Hen., xlvi, 3; xlix, 4 ; lxix, 27). Aux yeux des justes (Hen., xxvn, 3,4; xxxviii, 1-3; lxii, 11, 12), les méchants seront condamnés à des châtiments éternels, auxquels rien ne pourra les soustraire (Hen., xlvi, 5, 6; lu, 7, 8; lxii, 9, 10; etc.). Leur rendez-vous sera l'enfer, séjour du malheur et de l'affliction (Hen., cm, 7), où les anges du châtiment exécuteront les arrêts divins (Hen., lui, 3; lvi, 1-3; cf. x, 13, 14). Le feu, depuis longtemps allumé, constituera le principal tourment de ces damnés (Hen., x, 6, 13 ; xxi, 7 ; liv, 6 ; xcviii, 3), pour lesquels leurs bourreaux s'ingénieront à trouver sans cesse des supplices nouveaux (Hen., lui, 3 ; liv, 3 ; lxii, 11 ; cm, 8).
144. Quant aux élus, ils seront comblés des félicités du royaume messianique (Hen., cm, 2, 3 ; civ, 1,2). Sur ce sujet, les divers documents de l'apocryphe ne tiennent pas tous le même langage. Ici (Hen., vi-xxxvi), le royaume est sans Messie ; il se réalise en Palestine et ressemble par beaucoup de traits au paradis terrestre (Hen., xxv, 5, 6); la vie, qui n'est pas éternelle (Hen., v, 9; x, 17), est entretenue par les fruits d'un arbre sacré. Là (Hen., xxxvii-lxxi), il prend place en un monde nouveau et transformé (Hen., xlv, 4-6; li, 5). Le Messie en est le personnage essentiel (Hen., xlv, 4), et sa société est le principal bonheur des justes (Hen., lxii, 14). Les autres joies ont un caractère nettement spirituel; elles consistent dans la paix, la lumière, la justice, sous la protection du Seigneur des esprits (Hen., xlv, 6; li, 5; lviii, 4, 5; lxii, 15). En un autre fragment (Hen., Lxxxm-xc),le royaume est établi dans la Jérusalem nouvelle et consiste spécialement dans la glorification d'Israël et sa domination sur les Gentils (Hen., xc, 28-38); le Messie y viendra sous la forme d'un taureau blanc (Hen., xc, 37). Ailleurs enfin (Hen., xci-cv), le royaume est au ciel (Hen., xcvi, 3) : comblés des dons du Grand et du Saint (Hen., xci, 10; xcn, 3, 4 ; xcvi, 8 ; cm, 3), les Élus partageront à jamais le sort des anges de l'armée céleste (Hen., civ, 4). Si l'on excepte cette dernière section, la conversion des païens à la fin des temps fait partie de toutes les esquisses du
royaume messianique (Hen., x, 21 ; l, 2-4 ; xc, 37; xci,. 13-17). Tous ces documents, d'ailleurs, ont ceci de commun qu'ils font avant tout consister le bonheur des élus dans la compagnie de Dieu.
145. Ainsi la solution des problèmes qui se posaient au sujet de la société israélite a eu pour conséquence de résoudre la grande question des destinées individuelles. Désormais le monde présent ne suffira plus aux sanctions divines. C'est môme de l'autre côté de la tombe que la justice s'exercera avec plus d'exactitude. Dès après la mort, les diverses catégories de défunts auront comme un avant -goût du sort qui leur sera fait, lorsque, au jour de la résurrection, ils paraîtront devant le tribunal de Dieu.
146. Les espérances qui se faisaient jour dans la littérature apocryphe devaient, pour une certaine part, contribuer à la préparation de la venue du Christ. Il n'en est pas moins vrai que cette littérature couvrait de l'étiquette de parole de Dieu et de révélation beaucoup d'élémentsde mauvais aloi. Il était urgent de préserver le bon grain d'un mélange qui pouvait lui être funeste. Depuis longtemps déjà, l'on entourait d'un respect très particulier le verbe authentique de Yahweh. Sans remonter plus haut, on peut remarquer avec quels égards un Zacharie traite les prophètes préexiliens (Zach., i, 2-6 ; vu, 7, 4); ce sont pour lui les «prophètes anciens » (Zach., i, 4; vu, 7, 12), et l'on dirait qu'il ose à peine s'élever à leur rang. Non seulement il les cite comme des autorités (Zach., vu, 9, 10, 13, 14), mais il pénètre ses propres oracles de leurs pensées (i). On peut voir là le reflet du culte quer sur la terre d'exil, on professait pour l'ancienne littérature. Toutefois il n'y avait pas encore à cette date de Canon proprement dit. Il faut arriver jusqu'à Esdras.. Lorsque, dans la Grande Assemblée (Neh.,vm-x),il présenta le livre de la Loi comme la charte donnée par Dieu au judaïsme, il proclama, en même temps que son excep-
(1) L'étude minutieuse de Zach., i-viii, conduit à une foule de* rapprochements entre son texte et les écrits des prophètes qui l'ont précédé, d'Ézéchiel en particulier.