‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 8 sur 306 · XI. LA RELIGION d'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION d'iSRAEL

aramaïques vers l'Asie méditerranéenne. Elles y rencontraient, déjà fixées, d'autres peuplades riches en éléments sémitiques et parties, elles aussi, des mêmes régions : les Cananéens. Aux yeux de ces derniers, les nouveaux venus furent ceux qui arrivaient d'au delà Çêbér) du fleuve de l'Euphrate; c'est pourquoi ils les appelèrent Hébreux.

9. Ce n'est pas seulement pour ces grandes lignes, c'est pour un très grand nombre de détails que les données générales de l'histoire fournissent aux récits de la Genèse de très suffisantes justifications : « Le contact entre Cananéens et Hébreux ou Araméens se produit d'abord sous forme assez pacifique. A la faveur du morcellement politique de Canaan qui fait de chaque groupe de cités voisines autant de petits États sans cohésion, souvent rivaux, le clan dont Abraham est le chef peut traverser toute la contrée, cherchant les plus fertiles vallées pour y dresser ses tentes et les plus gras pâturages pour ses troupeaux. Une famine pousse la tribu en Egypte. Elle y trouve une large hospitalité. De retour en Canaan, ses migrations recommencent jusqu'au jour où l'on choisit enfin pour ordinaire habitat le Négéb qui offre en particulière abondance les ressources préférées : l'eau et les pâturages. A la suite de quelques contestations avec les tribus avoisinantes, en possession jusqu'alors exclusive de tout ce domaine, les nouveaux arrivants s'installent autour des puits de Bersabée et de Gérar. Malgré le soin qu'ils prennent de conserver pur le sang de la race, ils font cependant assez cause commune avec les peuplades cananéennes ouïes débris des antiques races indigènes pour éviter tout conflit (1). »

10. Le milieu d'Ur Kasdîm et la famille de Tharé étaient idolâtres (Jos., xxiv, 2). Mais tous les documents qui nous parlent d'Abraham et des autres patriarches nous les montrent comme n'adorant qu'un seul Dieu. Les mêmes circonstances, — disons tout simplement, avec la Bible (Gen., xii, 1-3), la même intervention divine — qui détachèrent le père des croyants du groupe thérachique, l'amenèrent à renouveler d'une façon exclusive au sein de

(1) H. Vincent, Canaan d'après l'exploration récente, Paris, 1907, p. 435, 436.

sa tribu le culte du vrai Dieu. Toutefois, de ce que les ancêtres d'Israël n'aient alors reconnu que lui, il ne s'ensuit pas que ce fût en fonction d'une théorie monothéiste très précise : la révélation divine fut peut-être plus explicite dans ce qu'elle affirmait que dans ce qu'elle pouvait exclure ; Dieu se révéla à Abraham dans une lumière et sous des traits capables de le séduire et de le gagner, aptes en même temps à poser, en des commencements peut-être assez humbles, le point de départ des plus glorieux développements. Abraham crut et Yahweh le lui imputa à justice (Gen., xv, 6).

11. La forme initiale du nom divin était 'êl (1), dont le mot '';lôhah (2) n'est peut-être plus qu'un développement secondaire. Quant à la forme 'cïôhîm, on a généralement cessé d'y voir le témoin d'une période au cours de laquelle les ancêtres d'Israël auraient été polythéistes. Ce pluriel pourrait bien être une forme abstraite, ayant exprimé d'abord l'idée de divinité, appliquée ensuite à l'objet précis vers lequel se dirigeaient les hommages des patriarches. On pourrait aussi y voir un pluriel d'intensité ; les anciens parlaient assez justement de pluriel de majesté. Quoi qu'il en soit, l'idée dominante attachée aux racines de 'êl ou >élôhah paraît être celle de force ; et, devant le Dieu qui les domine comme inéluctablement, la religion des patriarches revêtirait les caractères d'une soumission toute pénétrée de crainte : Dieu est la terreur d'Isaac (Gen., xxxi, 42).

12. Même dans ses plus hautes manifestations, le Dieu des patriarches s'occupe surtout des intérêts de la tribu, de son avenir, de sa prospérité et de son accroissement (Gen., xii, 1-3; xiii, 14-17; xvn, 1-2 ; xxn, 15-18 ; xxvi, 24-25 ; xxvin, 13-15 etc.). Il lui arrive souvent, il est vrai, de s'affirmer comme maître d'un domaine plus vaste ; son regard franchit les limites du groupe nomade campé en Canaan, soit pour se porter sur des voisins immédiats, comme Sodome (Gen., xvm, 16-xix, 28), soit encore pour signaler le rôle unique qui sera attribué à Israël

(1) Quoique plus rare que le moVélôhim, ce terme ne se rencontre guère moins de deux cent cinquante fois dans la Bible.

(2) Le mot \lohah, est rare ; on ne le trouve guère qu'en une cinquantaine de passages et le plus souvent en des livres récents.

au milieu de toutes les nations. Déjà par ailleurs se manifeste, au moins d'après le Code sacerdotal, la jalousie de ce Dieu ; il ne veut pas de rivaux et, pour lui rendre de dignes hommages, il faut quela famille de Jacob ôte les dieux étrangers qu'elle aurait en ses bagages (Gen., xxxv, 2-4). 13. C'est par des apparitions sensibles ou en des visions que Dieu se manifeste à ses adorateurs. Elles sont fréquentes dans le Yahwiste ; Abraham en est plusieurs fois favorisé, à Sichem (Gen., xn, 7), aux chênes de Mambré (Gen., xviii, 1) près d'Hébron ; les visions de Jacob, à Béthel (Gen., xxvm, 10, 13-16, 19) notamment, sont encore plus célèbres. L'Élohiste (Gen., xv, 1; xxi, 8-21) et le Code sacerdotal (Gen., xvn) en renferment pareillement des récits. Surtout dans l'Élohiste, les visions revêtent souvent la forme de songes (Gen.,xxvi, 24, 25; xxvm, 11, 12; etc.). Tel est, entre autres, le cas de la vision de l'échelle merveilleuse, et c'est à son réveil que Jacob se rend pleinement compte de la grandeur et de la solennité de la présence divine : Dieu lui a manifesté le choix très spécial qu'il a fait de lui et de sa famille; de son côté, le patriarche promet, au cas où ses espérances se réaliseraient, de se consacrer à Dieu d'une façon très particulière. Personne n'ignore la grande place que les songes occupent dans l'histoire de Joseph (Gen., xxxvn, 5-11; xl, xli).

14. Apparitions et visions paraissent avoir lieu de préférence en certains endroits spécialement favorisés. On sait l'importance de Béthel dans l'histoire d'Abraham et de Jacob : la divinité s'est manifestée d'une façon si unique en ce vieux village de Luz que, selon toute la force du terme, il méritera d'être appelé «maison de Dieu». Parfois ces endroits de vision sont en rapport avec des objets particuliers ; non loin de l'autel de Béthel se trouve le chêne de Bôkîm ou, peut-être, des pleurants (Gen., xxxv, 8) ; Sichem n'est pas loin du chêne du Môréh (Gen., xn, 6), c'est-à-dire, peut-être, de celui qui enseigne ou légifère; à Hébron, Dieu se manifeste près des térébinthes de Mambré (Gen., xin, 18) ; Bersabée possède une source (Gen., xxi, 25 ; xxvi, 32-33) et Abraham y plante un tamarisque (Gen., xxi, 33). Il semble qu'aux yeux des patriarches, comme des autres Sémites, la vue d'une oasis au milieu du désert ou le

spectacle d'une végétation luxuriante témoignait d'une action spéciale de la divinité et les invitait à ce recueillement qui sert de prélude aux communications divines.

15. Lorsque les patriarches étaient favorisés d'apparitions divines en un endroit déterminé, celui-ci devenait un lieu sacré, un centre de pèlerinage pour leurs descendants. Béthel et Bersabée sont déjà saints pour Jacob à cause des visions qu'y ont eues ses ancêtres (Gen., xn,8; xxi, 33,34; xxvi, 25 ; xxxv, 7 ; xl, 1-5). Dès lors, on y établit les divers objets dont, à ces dates et en ces milieux, un sanctuaire suppose la présence: on y bâtit des autels (Gen., xn, 7, 8 ; xxvi, 25; xxxv, 7); on y érige des stèles (Gen., xxviii, 18, 22; xxxi, 13; xxxv, 14) auxquelles l'onction et la libation communiquent un caractère particulièrement sacré (Gen., xxxi, 51, 52). Désormais, les patriarches peuvent invoquer Dieu à chacun de leurs passages en ces lieux saints ; ils peuvent y accomplir les rites religieux, surtout offrir leurs sacrifices. L'Élohiste en mentionne un à propos du serment entre Jacob et Laban à Galaad (Gen., xxxi, 54), un autre lorsque Jacob, se rendant en Egypte, passe à Bersabée (Gen., xlvi, 1); le premier est suivi d'un repas sacré. Ni en l'un ni en l'autre cas, le narrateur ne précise quelles furent les victimes ; ailleurs on voit que, pour le sacrifice de l'alliance, on immole une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un jeune pigeon (Gen., xv, 9). Le récit du sacrifice d'Isaac (Gen., xxn) ne permet pas de douter que les sacrifices humains et spécialement les sacrifices des premiers-nés n'aient, à l'occasion, pris place dans les rites en usage chez certains adorateurs du vrai Dieu ; mais en même temps il révèle que de tels hommages étaient surannés et que dorénavant le sang de l'homme ne devait plus couler en l'honneur du Très-Haut (Gen., xxn, 12-14).

16. En dehors du sacrifice et des cérémonies qui étaient en relation plus ordinaire avec le lieu de culte, l'antique religion comprenait d'autres rites dont quelques-uns occupaient une place très grande dans la vie de la tribu patriarcale. De tous, le principal était la circoncision. Là haute antiquité de ce rite ne saurait être révoquée en doute.

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