‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 82 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

mettrait souvent en évidence, sous des analogies extérieures, la divergence fondamentale des doctrines, on s'attache à des détails parfois bien peu significatifs. C'est ainsi que les mythes d'Attis et d'Adonis n'étaient au fond que des symboles de la résurrection de la nature au printemps, et leur signification était par conséquent fort éloignée du sens purement religieux de la mort et de la résurrection du Christ.

7. Ces considérations, qui s'appliquent dans une certaine mesure à tous les essais d'interprétation du christianisme par l'influence des mythologies orientales, enlèvent toute base positive à la thèse de la non-existence de Jésus. D'ailleurs toute théorie qui tente d'expliquer le christianisme sans le Christ se heurte nécessairement à de véritables impossibilités. On constate en effet dans le christianisme, dès le début, un élément original, qui ne peut venir du milieu ambiant, et qui ne peut avoir sa source que dans la personnalité de Jésus. A supposer même, ce qui n'est pas, que le christianisme soit simplement une synthèse du messianisme juif et des cultes orientaux, une personnalité puissante pouvait seule fournir la force d'attraction et de liaison capable de faire cristalliser autour d'un même noyau tant d'éléments divers, tous ces mythes épars dans le monde gréco-romain, dont l'ensemble chaotique ne pouvait se résoudre de lui-même en unité et harmonie. Si bien que de la seule existence du christianisme on devrait conclure à l'existence personnelle de son fondateur, alors même qu'il n'y aurait pas une solide tradition historique pour l'attester.

8. Mais cette tradition existe, et l'on ne peut nier l'existence de Jésus qu'en rejetant arbitrairement les témoignages les plus indiscutables. Ces témoignages sont presque exclusivement, il est vrai, des témoignages chrétiens. On a même cru pouvoir tirer argument contre l'existence de Jésus du silence que gardent à son sujet les écrivains profanes contemporains. Mais ce silence n'a rien qui puisse étonner, si l'on songe d'une part aux circonstances dans lesquelles est né et s'est propagé le christianisme, et d'autre part au petit nombre des documents profanes du Ier siècle actuellement existants, dans lesquels on devrait s'attendre à trouver quelque allusion à l'histoire de Jésus. Que par exemple Philon, le grand philosophe juif d'Alexandrie,

ne dise rien du Christ, on ne peut en être bien surpris, car il était trop profondément hellénisé pour s'intéresser beaucoup à ce qui se passait à Jérusalem, et il mourut vers 40, avant que le christianisme eût pénétré sérieusement dans le monde grec. Le silence de l'historien juif Flavius Josèphe au sujet de Jésus n'est pas aussi absolu. Le texte actuel de ses Antiquités juives contient même toute une notice sur le Christ, mais il est à peu près certain que ce passage est. au moins en partie, une interpolation chrétienne. Il ne serait pas très surprenant d'ailleurs que Josèphe n'ait rien dit du christianisme. En effet, après la ruine de Jérusalem, les Juifs, qui ne pouvaient plus persécuter les chrétiens, paraissent avoir voulu systématiquement les ignorer. De plus Josèphe, qui se proposait dans son ouvrage de concilier aux Juifs la sympathie des Romains, a pris soin de dissimuler autant que possible les manifestations du messianisme juif : ne serait-ce pas là une des raisons qui ont pu l'engager à ne presque pas parler de Jésus, dont la prédication avait un caractère nettement messianique, si différent d'ailleurs que fût le messianisme chrétien d'un mouvement nationaliste ? — Chez les écrivains latins, ce n'est qu'au commencement du 11e siècle qu'on trouve quelques allusions, et encore assez vagues. au christianisme et à Jésus. C'est Pline le Jeune indiquant,, dans sa lettre célèbre à Trajan, que les chrétiens rendent un culte à Christus comme à un dieu. C'est Suétone attribuant certains troubles dans la juiverie de Rome à l'instigation de Chrestus, déformation sans doute du nom de Christ, pris par l'historien pour celui d'un agitateur juif. C'est enfin Tacite notant, avec précision cette fois, que le nom des chrétiens vient de Christus qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce-Pilate. Ces témoignages sont trop vagues et trop tardifs pour pouvoir être opposés comme des arguments définitifs aux adversaires de l'existence de Jésus. Mais en tous cas la propagation du christianisme à Rome fut assez lente et assez obscure pour qu'on ne puisse s'étonner qu'il y ait été connu si tard et d'une façon si vague. On serait même en droit de faire état du témoignage de Tacite, dont la précision suppose une information sérieuse, et de l'opposer à ceux

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