‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 83 sur 306 · XH. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XH. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

qui affirment à la légère le caractère mythique du récit évangélique de la mort de Jésus.

9. Restent les témoignages chrétiens. Et d'abord celui de saint Paul : on ne peut l'éluder qu'en soutenant (A. Drews) contre toute évidence que l'Apôtre n'a pas connu de Jésus historique et que le Jésus dont il parle est ce Dieu- Jésus qu'on suppose avoir été honoré avant l'ère chrétienne par certaines sectes juives, ou en niant (Van Manen et l'école hollandaise) l'authenticité de toutes les épîtres attribuées à saint Paul, fantaisie critique qui n'a rencontré de succès auprès d'aucun savant sérieux. Quant aux évangiles, leur valeur historique reste sans doute discutée : qu'on en réduise cependant autant qu'on voudra le fond solide en leur appliquant la critique la plus radicale, il n'en reste pas moins que de leur ensemble se dégage une figure trop personnelle pour être la création du travail collectif de l'imagination populaire. Il y a des traits, il y a des paroles qu'on n'invente pas. Attribuer aux évangiles un caractère purement mythique, c'est donc ébranler le fondement de toute certitude historique, et quiconque nie l'existence de Jésus devrait logiquement renoncera savoir quoi que ce soit sur un personnage quelconque de l'antiquité.

10. Pour préciser maintenant dans quelle mesure nous pouvons connaître Jésus et le christianisme primitif, il est nécessaire d'examiner de plus près la valeur historique des documents chrétiens qui nous renseignent sur la vie du Christ et sur l'âge apostolique.

Il n'y a presque rien à tirer des écrits apocryphes : évangiles ou Actes d'apôtres, dont la rédaction est généralement beaucoup postérieure au Ier siècle, qui ont été composés le plus souvent en vue de propager des doctrines hérétiques et qui ne paraissent contenir à peu près aucune tradition proprement historique. Nous possédons encore quelques fragments, de date incertaine mais sans doute très ancienne, ayant fait partie d'évangiles dont le texte complet est actuellement perdu, et aussi un nombre assez considérable de Logia, c'est-à-dire de maximes isolées, attribuées au Christ, qui nous sont parvenues, soit sous forme de citations dans les anciens auteurs ecclésiastiques (on les a réunies sous le nom d'Agrapha), soit dans des

recueils dont on a retrouvé des fragments (Logia découverts à Benhesa, en Egypte ; (1) ) mais ces fragments et ces sentences sont d'authenticité très douteuse, et n'ajoutent à peu près rien d'ailleurs aux données fournies par le Nouveau Testament. La littérature chrétienne du Ier siècle ne compte donc, en dehors du Nouveau Testament, que deux écrits d'une certaine étendue : l'épître de saint Clément de Rome aux Corinthiens, qui se place entre 90 et 100 et qui appartient plutôt à la période post-apostolique, et la Didachè ou Doctrine des Apôtres, sorte de catéchisme très ancien qui fournit des renseignements précieux sur la vie des premières communautés chrétiennes (2). 11. On n'a pas à dire ici comment s'est constituée la collection des livres du Nouveau Testament et d'après quels principes a été fixé le Canon ecclésiastique, c'est-àdire le catalogue des Livres saints. Il suffît de noter que, si la liste des livres canoniques a été déterminée par l'usage longtemps avant toute décision officielle, s'il y a eu quelques hésitations dans certaines Églises au sujet de l'admission de tel ou tel écrit, l'ensemble du Canon du Nouveau Testament fut arrêté à une date très ancienne : la collection des évangiles en particulier avait pris, semble t-il, sa forme définitive dès le milieu du ne siècle. Le principe qui guida les diverses Églises dans la constitution de leur Canon fut sans doute l'autorité exceptionnelle attribuée à tout ce qui émanait des apôtres, témoins de la vie du Christ et dépositaires de son enseignement : on admettait comme livres officiels ceux qui se présentaient comme écrits par les apôtres ou du moins garantis par eux, et c'est ainsi que s'est formé le Nouveau Testament. Le caractère canonique de ces livres en garantit donc la valeur théologique comme sources de la croyance chrétienne. Il

(1) On trouvera le texte et un commentaire de ces Logia par Mgv1S&i\fto\àQn.s\& Revue biblique, 1897, p. 501-515 ; 1904;p. 481-493.

(2) On y pourrait ajouter le très ancien recueil de cantiques récemment découvert, qui porte le nom d'Odes de Salomon, s'il était prouvé qu'on eût affaire non à un recueil juif avec des interpolations chrétiennes (hypothèse de Harnack), mais à une œuvre intégralement chrétienne. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, ce document est très précieux pour la connaissance du christianisme primitif.

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