‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 85 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

raine semble devenir plus favorable à ce livre. L'authenticité •et la valeur historique en ont été très contestées depuis Baur qui y voyait un écrit tendancieux, composé au ne siècle en vue de concilier les tendances opposées qui, d'après lui, se seraient heurtées dans l'Église à l'âge apostolique. Mais on a noté d'abord qu'une partie au moins du livre a dû être écrite par un témoin oculaire des événements : ce sont les passages où le narrateur parle à la première personne du pluriel ; leur ensemble forme pour ainsi dire le journal de voyage d'un compagnon de saint Paul, qui, suivant toutes probabilités, est saint Luc. On peut supposer, il est vrai, et c'est l'opinion encore la plus commune parmi les critiques, que le rédacteur des Actes, écrivant à la fin du Ier siècle, a simplement inséré dans son récit ces fragments authentiques de saint Luc. Mais d'autres (M. Harnack en particulier), frappés de l'unité de plan et de style du livre, sont revenus à l'attribution traditionnelle qui assure à toute la seconde partie des Actes la valeur d'un témoignage direct, émanant d'un écrivain contemporain des faits qu'il raconte, et particulièrement bien placé pour les connaître en raison de ses relations avec saint Paul. Quant à la première partie, qui raconte les commencements de l'Église à Jérusalem, il est facile de reconnaître que l'auteur a utilisé des documents plus anciens, d'origine palestinienne. Il en résulte que les Actes dans leur ensemble se présentent avec de sérieuses garanties d'historicité. Ce n'est point, si l'on veut, une histoire, au sens strict et moderne du mot, car l'auteur écrivait en vue de l'édification et avec une intention apologétique ; on ne doit pas s'attendre par conséquent à y trouver un récit complet et rigoureusement ordonné des événements, bien qu'on y remarque un réel souci de la composition littéraire, ni dans les discours qu'il rapporte la reproduction littérale des paroles des apôtres, encore que, entre les discours de saint Paul et ceux de saint Pierre, il y ait des différences significatives de fond et de forme qui témoignent en faveur de leur authenticité et ne permettent pas d'y voir de simples fictions littéraires. Quoi qu'il en soit, ce livre constitue une source précieuse d'informations pour l'histoire du christianisme primitif. 14. Les évangiles canoniques forment deux groupes :

les trois premiers, qui portent respectivement les noms de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, sont désignés sous le nom général d'évangiles synoptiques, tandis que le quatrième, attribué parla tradition à l'apôtre saint Jean, présente un caractère spécial et doit être étudié à part.

Il est probable que l'Évangile demeura à l'état oral pendant assez longtemps : les apôtres prêchaient, disant ce qu'ils avaient vu et entendu au temps où Jésus était au milieu d'eux, et on se transmettait de bouche en bouche leurs souvenirs. Plus tard on sentit le besoin de fixer par écrit ce témoignage des apôtres, et il dut se former ainsi divers recueils de paroles de Jésus et d'épisodes de sa vie : saint Luc y fait allusion au début du troisième évangile. D'après la tradition ecclésiastique, le plus ancien de ces recueils évangéliques qui nous soit parvenu, est celui que saint Matthieu écrivit en araméen, et dont notre premier évangile grec est une traduction identique, quant à la substance, à l'oeuvre originale de l'apôtre. Saint Marc composa ensuite son évangile en s'appuyant principalement sur les souvenirs de saint Pierre. Les évangiles de saint Matthieu et de saint Marc furent enfin utilisés par saint Luc, qui les compléta au moyen de traditions particulières.

Les critiques contemporains donnent en général au problème de l'origine et des rapports mutuels des Synoptiques des solutions plus compliquées. Ils admettent pour la plupart que nos trois premiers évangiles sont le résultat d'une assez longue élaboration, qu'ils reposent non seulement sur la tradition orale, mais sur des documents écrits, reproduits et combinés plus ou moins librement par chacun des évangélistes selon son but particulier. Sur le nombre et la nature de ces documents, sur la façon dont les rédacteurs des évangiles les auraient utilisés, il y a entre les critiques de nombreuses divergences. La théorie la plus répandue est la théorie dite des deux sources. D'après les tenants de cette hypothèse, l'évangile de saint Marc, ou un écrit assez analogue, serait le plus ancien des Synoptiques. Cet évangile et un recueil araméen composé surtout de paroles de Jésus (Logia) auraient été les deux documents principaux qu'auraient utilisés séparément saint Luc et le rédacteur grec de notre premier évangile.

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